Qui suis-je?

Je suis née à Verviers (Belgique, Province de Liège) d'une famille vagabonde par nécessité. Oncles, tantes, grands-parents avaient soit vu le jour sous d'autres cieux, soit vécu sous ces autres climats, vu ces rivages encore purs de tourisme, chevauché dans les pampas ou bravé les flots sur des voiliers qui tanguaient vers l'Est ou l'Ouest. Les affaires familiales les envoyaient en Australie, Argentine, Uruguay, et une arrière-grand-mère a même vu le jour à Batavia, dans les Indes Néerlandaises. Ça fait beaucoup de choses à imaginer, beaucoup de personnages hauts en couleur à fréquenter, beaucoup d'histoires saupoudrées d'épices lointaines à écouter. Je suis donc partie aussi, moins loin, mais avec le même appétit pour ces "autreparts" que je voulais savourer. J'ai écrit bien des lettres, décrivant mes péripéties, mes sorties, mes coups de foudre culinaires ou pour des lieux pleins de merveilles. J'écrivais, j'écrivais, j'écrivais. Et finalement j'ai entendu ce que ça voulait dire. Ecrire, c'est "ce que je fais dans la vie". Le reste, c'est pour manger et ... écrire!

Editions Chloé des lys à Barry
Editions Librisme (Suisse)

Pour commander (attention: Chloé des lys ferme pour les vacances : deux mois d'été, deux semaines à Noël et Pâques!):
chloe.deslys@scarlet.be
www.chapitre.com

ou dans une des librairies mentionnées sur les sites:
www.editionschloedeslys.be
www.editions-librisme.com/vente.php 



Vendredi 28 août 2009

C’est une mélodie grecque que j’aime tant, to yelasto paidi  – l’enfant rieur. Alors j’ai trouvé que ce titre de chanson était parfait pour cette petite réflexion.

J’ai lu il y a peu que les adultes dont les photos d’enfance montraient des bambins au sourire spontanément gai étaient devenus des adultes heureux. Si on a la capacité d’exprimer et montrer la joie avant l’âge de 5 ou 6 ans il me semble, ce serait le signe qu’on a le secret du bonheur.

Qu’il est amusant de s’entendre dire c’est tout à fait toi, je te reconnais, lorsqu’on montre à un ami une photo surgie de l’enfance, alors que les ans ont recouvert la photo de patine et le corps d’un nouveau volume. Et pourtant, oui, le sourire et la paisible confiance en soi errent encore, l’essence même de ce qu’on était déjà.

Quant aux enfants anxieux, ces enfants dont on voit trop tôt hélàs le visage et le caractère qu’ils auront plus tard … bien vite en eux l’enfant disparaît et livre toute la place à un individu auréolé de tristesse qui s’use sur les vicissitudes et se retourne pour les regarder quand elles sont passées, vivant avec parcimonie les grands bonheurs de la vie pour être mieux préparé aux drames à venir. Garder un cœur d’enfant, comme on le dit, prend des aspects différents pour tous, et certains ne peuvent garder ce qu’ils n’ont jamais eu. Mais le goût des fous-rires, des sottises dites pour le plaisir unique de rire et d’entendre une amie surenchérir avec une autre idée encore plus sotte, c’est ouvrir la cour de récréation à cet enfant de jadis qui eut le même rire que nous, et dont l’expression espiègle flotte devant la nôtre.

Ça n’enlève rien au sérieux que la vie exige de nous le reste du temps, ni à l’indispensable maturité qui permet que la joie d’enfant apporte un sain détachement des choses sans en enlever la conscience. Céder à l’appel d’un vieil air de Bo Didley et danser toute seule en repassant, téléphoner à une amie pour une demi-heure de pure bêtise rajeunissante, ne pas penser à ses vêtements et se coucher dans l’herbe pour regarder courir les nuages – et y reconnaître formes et visages éphémères -, manger une tartine de pain gris au saindoux et sel, abomination de la diététique mais pure extase qui rappelle l’enfance, c’est ne jamais vieillir tout à fait, même si le corps a des ratés et des pièces que l’on aimerait remplacer si on le pouvait.

Agatha Christie disait que ce que nous sommes avant d’avoir huit ans est ce que nous sommes vraiment. Après, l’éducation, la pression pour être conforme et plaire altère la personnalité de base.

Allons donc, les enfants, emplissez-vous des joies qui jalonnent la route, préparez aujourd’hui votre jeunesse de demain. Et oui, écoutez donc vous aussi Theodorakis et l’extraordinaire Maria Farandouri, que j’ai vus à Bruxelles avec le trop trop beau Giorgio Dallaras, chantant to yelasto paidi… Ah ! Comment vieillir, après cette pluie de beauté descendue de l'Olympe ?

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Monologue
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Vendredi 21 août 2009

Il s’appelait Ricard Guino, et des images de femmes bondissaient de ses mains, pétries ou arrachées à la matière. Des femmes belles et pulsantes de vie, de sensualité, d’érotisme aussi. Des femmes sur les courbes desquelles se lovait le soleil. Des femmes pour le regard et le toucher de l’homme, pour le confort de leurs enfants, pour leur propre triomphe. Il était un tel magicien que le grand Maillol, alors déjà un maître de la sculpture qui n’avait plus à faire ses preuves, l’a voulu pour assistant.

 

Et c’est ainsi que Ricard a quitté sa Catalogne natale, son quartier, le goût fabuleux de son quotidien sous le soleil pour Montparnasse. Il a posé sa valise et son coeur, et amené ses espoirs rue Daguerre, cette rue Daguerre qui encore aujourd’hui a gardé des relents de peuple, avec l’odeur du bon café, les gens qui se hèlent, rient, ou s’engueulent, les moineaux intrépides pépiant sur le trottoir malmené, les artistes des ateliers avec leurs routines et leur itinéraire immuable. Il devint Richard Guino. Et il se mit au travail avec la passion fourmillant au bout des doigts, une chanson de chez lui bien au chaud dans les souvenirs, et un avenir où se bousculaient les promesses. Sculptures et croquis magnifiques sortaient de son atelier comme un cantique céleste, splendides et puissants.

 

Ailleurs, bien ailleurs, il y avait un génie de la toile vieillissant, ses mains s’éteignant sous l’emprise de l’arthrite rhumatoïde. Recroquevillées comme des serres, enveloppées de bandages pour qu’elles ne lui lacèrent pas les paumes, objet de chagrin et d’impuissance. Car Auguste Renoir avait encore des choses à dire, mais ses mains le faisaient taire. Il avait réalisé autrefois une sculpture, un médaillon représentant son fils Coco (Claude) à six ans. Pourquoi ne pas sculpter, maintenant, avait-il songé. Et il chercha des mains, comme un aveugle cherche un guide. Maillol et lui avaient le même marchand d’Art, Ambroise Vollard, et c’est par lui que le miracle Renoir et Guino eut lieu.


J’ai trouvé vos mains, annonça-t-il à Renoir. Je ferai votre fortune, promit-il au jeune Guino.

 

Une communion étrange fondit les deux hommes en une seule vibration de l’esprit, un même sens des formes, de la femme, du passage de la vie dans la matière. Ils se comprenaient d’un mot, d’un regard, et Guino ne fut pas que les mains, il fut la force, l’inspiration, la passion créative de Renoir. Il plongea entièrement dans l’âme du vieillard passionné. De 1913 à 1918 ils firent ensemble 37 sculptures dans la propriété de Renoir, Les Collettes à Cagnes-sur-mer. Dans le bel atelier vitré du fond du jardin habité par des oliviers centenaires, au chant des cigales ou dans le silence de la saison froide, le jeune Catalan habité par la vision artistique de ce vieil homme que très vite il ressentit comme un ami, faisait, seul, les croquis et les sculptures. Au premier étage de la grande maison le peintre qui désormais marchait à peine continuait de peindre comme il le pouvait, les pinceaux attachés aux mains, et regardait par la fenêtre ses vieux arbres tordus et forts, et la belle ferme ancienne de la propriété. Rassuré. Là en bas, ce jeune homme dont les doigts parlaient d’amour et de vie ne trahirait pas son idée. Lorsqu’une sculpture était terminée, il le savait : il y découperait un morceau d’argile pour le lui apporter, et lui y  inscrirait alors son nom. Que Richard retournerait insérer sur la sculpture. Leur osmose était totale, miraculeuse, au point que Renoir pleura en voyant « Maternité », représentant sa femme Aline morte depuis peu.

 

Vollard pourtant, loin de lui apporter la fortune, veilla à la sienne : sachant que Renoir se vendrait mieux si on pensait que Guino n’était qu’un assistant parmi d’autres, c’est la rumeur qu’il laissa errer. Il ne parla même pas de ce mystérieux épisode dans sa biographie.

 

Renoir mourut en 1919 et Guino, très amer, chercha la reconnaissance avec son nom seul. Ivoires, céramiques, majoliques, verres, bronzes, terres cuites, dessins et peintures disent encore aujourd’hui quel artiste exceptionnel il fut. Et les sculptures qu’il a faites pour Renoir se trouvent dans les plus grands musées : Le Tate, l’institut Courtauld, le musée d’Orsay, le Louvre. Ces mêmes sculptures qui, dans les années ’60, permettaient aux enfants et petits-enfants d’Auguste Renoir de contrôler de nouvelles éditions de bronze et d’en recevoir les profits des ventes. Poussé par son fils Michel – sculpteur de renommée lui aussi -, il attaqua en 1969 la famille Renoir pour être reconnu comme co-auteur. Rien d’agressif, juste une mise au point. Il était personnellement ami avec l’acteur Pierre Renoir et son frère Jean, le cinéaste, qui lui dit alors : « Faites comme vous voulez, je le sais que vous avez travaillé avec mon père, et je vous souhaite bonne chance ». Il voulait simplement que son nom et son travail soient reconnus, le travail de ses vingt ans, quatre ans de sa vie passés à donner le soleil de ses mains aux formes que le vieil artiste voulait encore donner à l’Art.

 

En 1971 sa qualité de co-auteur fut reconnue  après une longue enquête : témoignages, lecture de lettres, analyses de documents etc… et ce n’est que 9 mois après sa mort, en 1973, qu’elle a été définitivement établie par la cour de Cassation.

 

C’est peu après que j’ai eu le bonheur de rencontrer Michel et sa famille dans l’atelier de Richard, et d’être enveloppée de toute la simplicité et la générosité qui survivait là. Des artistes par amour, et pas par glamour. Des artistes parce que c’est ce qu’ils font : de l’Art, de la vie, et ses drames et joies. Merci cher Michel pour avoir dit au monde que ce beau garçon de Catalogne a donné à Monsieur Renoir ses dernières mains, et toute sa confiance, pour lui permettre de sortir cette ode ultime à la femme.

 

Oui vraiment, merci Michel Guino. C'est un honneur de te connaître et d'avoir mangé à votre table !

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Hommages
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Samedi 15 août 2009

Seize ans et le pensionnat: la période la plus propice pour savourer à l’avance un “amour pour la vie” qui n’aura jamais ce goût-là! Car pour nous à l’époque, l’amour c’était le résumé de François Deguelt: Il y a le ciel, le soleil et la mer… Qu’on se rassure, j’aimais beaucoup Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine de Nougaro, mais c’était un aspect de l’amour que je ne pouvais pas percevoir convenablement à 16 ans!

Notre idée d’une passion éternelle n’allait pas au-delà des baisers et peut-être d’une exploration polie du soutien-gorge. Mon amie F*** et moi passions des soirées entières à revivre notre premier baiser, son odeur et son bruit, et ce qu’il avait dit avant et après, et comme nos joues étaient pudiquement chaudes ce jour-là. Monique, une grande fille longiligne et angulaire aux cheveux de Marie-Madeleine nous avait dit d’emblée qu’elle, elle n’embrasserait que son futur mari, et encore, quand elle serait fiancée! F*** et moi nous sentions une âme de gourgandines en face d’elle, si pure et idéaliste. F*** avait un tout petit peu de ventre, et était ravissante avec ses teintes de porcelaine: peau blanche et rose, yeux myosotis et une chevelure de soie d’or. Baignée de “ce que pensent les hommes” depuis l’enfance, elle m’assurait que cette petite protubérance attendrissait les garçons, leur faisant imaginer quelle jolie maman elle ferait plus tard. Lorsque nous nous promenions en ville avec nos tristes lodens et nos chaussures plates, elle me conseillait de me retenir de tousser si le besoin s’en présentait car les candidats au mariage – qui sans nul doute nous suivaient avec le plus haut intérêt – pourraient penser que j’étais affligée d’une maladie incurable, ce qui me condamnerait au célibat, sort abominable entre tous. Toute son adolescence l’avait préparée à la chasse au mari, et elle la faisait avec naturel et toute la douceur d’une jolie et naïve jeune fille de bonne famille. J’étais dépassée et n’osais avouer mon hideux secret: je n’avais aucune envie de me marier. Oui, je voulais inspirer des vers à François Deguelt et Alain Barrière, et m’en repaître, et passer des heures sur la plage à embrasser un garcon, mais mon rêve stoppait net sur cette plage sous ces baisers sans visage d’ailleurs, car je me contentais alors d’un amour par correspondance qui menaçait bien peu mon rêve éveillé. Dans lequel je me vautrais avec F***.

Au bout d’un an, nos vies se sont séparées car j’ai été renvoyée du pensionnat. La directrice – une carmélite terrifiante que ma mère et moi avions tout de suite surnommée “Soeur Zeke” en référence à Zeke le loup - m’avait pourtant bien prévenue: si je disais que mes parents étaient divorcés, dehors! Et j’avais abusé de sa grande charité puisque la rumeur atroce du péché mortel de mes géniteurs circulait dans ce lieu saint. Et Zeke m’a donc montré la porte d’un doigt pointu et acéré comme un clou de cercueil.

Un autre pensionnat – de religieuses plus amènes, enfin! – m’a vue arriver, sans exiger de moi de cacher les crimes familiaux. Et là, comme au fond je n’avais toujours que dix-sept ans, les confidences murmurées entre filles ont repris leur air de violons. Je me suis liée avec trois Sud Américaines venues étudier le français. Lupita, Eugenia et je ne sais plus qui. Fiancées tout les trois, elles m’affirmaient avec sagesse que le temps le plus beau de la vie était celui des fiançailles, qu’elles feraient durer plusieurs années, et que le mariage était une toute autre histoire. Et, dans la salle d’étude, nous passions des heures à écrire des lettres d’amour sans fin – et certainement jamais lues jusqu’au bout! – que nous terminions avec une signature écrite avec notre sang et décorées sur les bords d’encoches faites à la brûlure de cigarette. Nous comparions nos résultats et étions très fières de tout ce temps perdu à faire une lettre tout compte fait vraiment écoeurante. Au son de petits 45 tours rayés, nous dansions des slows très tendres avec … les lampes, dont on pouvait ajuster la hauteur depuis le plafond. C’était pour mieux éclairer nos devoirs, mon enfant, et non pas pour tenir lieu de partenaires de danse, mais il est un fait que nous passions pas mal de temps à la salle d’étude. Une pensionnaire blonde et coiffée comme Sylvie Vartan nous arrachait des oh et des oooooh sirupeux: à dix-sept ans elle allait se marier et partir à la Martinique, où la famille de son fiancé avait des plantations de cannes à sucre. Du pur Victoria Holt – celle qui précéda Barbara Cartland. L’amour, la plage, les tropiques, les palmiers, un lointain ailleurs où s’oublier, se perdre et renaître en “celle qui a épousé le petit machin-chose”. L’amour dans un emballage cadeau!

Un jour j’ai revu F*** dans le tram, enfin fiancée après un an de chasse à l’homme. Ouf! M’a-t-elle dit, je suis casée! Elle avait eu chaud. Je n’ai toujours pas osé lui dire que je préférais continuer de rêver, fermer les yeux.

Il est vrai qu’alors, j’avais vu la photo de François Deguelt et n’avais aucune envie de m’allonger sur le sable avec lui. Les illusions étaient tellement plus attrayantes….

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Personnel
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Vendredi 7 août 2009

Tu n’es plus assez jeune pour prendre un chien de cet âge, avait déconseillé ma cousine à ma mère. Elle va tout t’abîmer dans la maison. Mais devant cette cage de la SPA … l’amour y allait d'un petit concerto instantané ! La dame de 70 ans et la jeune chienne abandonnée d’un an à peine se souriaient, se reconnaissaient, comptaient déjà l’une sur l’autre. Mais elle a l’air si douce, insistait ma mère, bien décidée mais sachant qu’il fallait mériter son choix, lui donner un air de raison, et ne pas avoir l’air d’une pauvre vieille qui ne se rend plus compte. Et en douceur elle a argumenté. Elle aurait d’ailleurs su lutter avec toutes ses armes de dame âgée s’il l’avait fallu: le chantage, la bouderie, pour finir par un je fais ce que je veux après tout entêté qui aurait mis fin aux discussions. Mais ça n’avait pas été nécessaire. Tu fais comme tu veux, avait en effet conclu ma cousine, c’est toi qui t’en occupera.

 

Et elles sont donc rentrées à la maison. La jolie chienne au pelage d’un bel or soyeux et la dame aux cheveux blancs, trop lente déjà, mais trop seule pour en rester à sa résolution de ne plus avoir de chien lorsque le dernier était mort. Et oui, elle était douce, Tara. Elle a appris à ne pas être trop fofolle pour s’adapter au rythme de son amie. Elle a fait quelques dégats, avec sa joie de petite fille de la maison qu’on pardonnera quand même. Elle a appris à monter regarder la TV à 20 heures et faire sa dernière sortie à 22 heures. Elle a aimé son fauteuil ancien au point de tapisserie, luxe dont elle n’avait aucune idée. Et, plaisir suprême, dormir sur le grand lit, flanc à flanc. S’endormir contre la timide houle de la respiration de l’autre, se retourner ensemble et replonger dans le sommeil, tout va bien, on est ensemble. Sa biscotte de quatre heures. Les visiteurs, auxquels elle faisait une fête délirante, car plus jeunes ils la sortaient plus loin et plus longtemps dans le parc de Séroule ou l’avenue du Tilleul où elle avait un ennemi mortel sur lequel elle adorait déverser des flots d’injures. Tu la reprendras s’il m’arrive quelque chose, tu promets? avait supplié ma mère à mon frère. Il avait promis.

 

Et elles ont vieilli ensemble, année après année. Leur routine se rapetissait, ralentissait, mais elles se souriaient toujours et se parlaient des yeux. Dormaient ensemble, regardaient la TV, sortaient faire un tour, de plus en plus court, de plus en plus lent.

Jusqu’au moment où ma mère a rappelé sa promesse à mon frère, parce que Tara était son dernier souci, sa dernière responsabilité. Leur existence était à présent réglée par le passage des infirmières et gardes, qui s’indignaient parce que Tara continuait à passer ses nuits sur le petit lit médical, écrasant son amie de son poids, couvrant les couvertures de poils. La belle dame sans merci attendait dans le couloir, sans hâte mais sans merci, juste un subtil parfum de lys et une mélopée qui ressemblait un peu à une vieille berceuse. Le jour où elle se pencha sur le lit en tendant la main, on fit sortir Tara de la pièce. Et alors que ma mère haletait pour trouver son chemin, elle grattait à la porte en hurlant son angoisse, la détresse faisant vibrer sa voix. Et pourtant, c’est ensemble qu’elles ont trouvé la paix. La chienne s’est calmée au moment où ma mère ne fut plus. Et s’est immédiatement mise à suivre mon frère, rassurée sur le bon passage de son amie et sur son avenir à elle. Elle savait, Tara, avec une joyeuse certitude qui lui venait de l’autre côté. Va avec lui, maintenant, il s’occupera de toi.

 

Elle s’est faite tout de suite à sa nouvelle maison, son nouveau régime, ses nouveaux amis. De nouvelles promenades, un autre quartier, des ennemis sur qui aboyer avec arrogance. Rien que du bonheur pour continuer sa vie, et pas de nostalgie. Son amie n’était pas bien loin, et elle, elle savait où. Confiante, elle a ancré son coeur dans celui de ma nièce, qui a renouvellé avec elle le lien d’amour autrefois créé avec ma mère. Tara, la vieille dame de 14 ans, et la jeune fille.

 

Mais la vieille dame arrivait au bout de son séjour. Elle avait des hallucinations. Elle souriait et faisait la fête à quelqu’un… qu’elle seule voyait. Et elle s’est mise en route elle à son tour. Ma nièce, déchirée, est restée avec elle aussi tard dans la nuit qu’elle l’a pu, mais a fini par devoir rentrer à son appartement pour dormir. Et un peu plus tard, elle s’est éveillée : Tara était sur son lit, agitant la queue. Comment était-ce possible?… Et elle la regardée, regardée, pour la voir disparaître. Elle a appelé son père, qu’elle avait laissé auprès de Tara. Tara venait d’avoir un coma, pendant lequel elle était apparue sur le lit de ma nièce. Elle est morte un peu plus tard. Mais pas sans avoir dit “au revoir”.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Animaux
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Vendredi 31 juillet 2009

Cette jeune fille d’un autre temps est ma grand-mère paternelle, Suzanne. Elle se dresse de tout son bonheur de jeune fiancée dans la barque familiale, l’Albert 1. Debout comme elle, son père,  Henri. Elle est si heureuse. Entourée d’amour et de joie, elle a grandi avec sa soeur Yvonne et son frère Paul dans une grande maison remplie de merveilles, et est amoureuse de … son voisin, mon grand-père. Elle était alors une des plus jolies filles de la ville, avec sa peau mate, son long cou élancé, sa joie de vivre, sa simplicité. Elle chantait toujours, me dit mon père, ou elle jouait du piano. Mon grand-père en était fou, et restera très épris toute sa vie.

 

Moi aussi je chante toujours, j’incline la tête comme elle, et ai reçu son long cou. Plus son amour des iris. Et sans doute une ressemblance qui va et vient, plus affirmée lorsque j’étais plus jeune puisqu’aux funérailles de Paul, ma tante Yvonne était si bouleversée qu’elle ma prise pour Suzanne, sa soeur et la première à s’en être allée avant même que mes parents ne se rencontrent, et m’a dit désolée: “Oh Suzanne, il t’a réclamée tout le temps…”

 

Mais à l’époque plus heureuse de cette photo et du temps de leur jeunesse, bien souvent le fiancé – mon futur grand-père – fut-il invité à séjourner à la villa de vacances au bord de l’eau blanche dans le namurois, et il s’éprit des lieux avec l’enthousiasme du jeune-homme qu’il était. Et bien que la photographie fut à l’époque un coûteux passe-temps, nous lui devons de précieux moments de la vie de la famille.


 

Qu’elle se sentait jolie, la petite Suzanne, avec son chemisier neuf et sa longue jupe marron sur l’eau ensoleillée où dansaient, furtives, les truites mouchetées. Non loin de là sur la gauche, il y avait les chutes, que l’on n’approchait pas mais dont on voyait le bouillon rugissant. On passait au contraire sous le petit pont parcouru de taches de lumière, et sous la voûte duquel on s’amusait à faire rebondir l’écho de la voix. Toute la paix simple se trouvait là, je l’ai éprouvée aussi bien des années plus tard, alors que Suzanne reposait depuis trop longtemps dans une tombe auprès de son époux – qui ne lui a survécu qu’un an, amour oblige: même la mort ne les a pas tenus séparés longtemps.

 

Plus loin sur la rivière, il y avait une petite cabine de bain entourée d’herbes hautes, nénuphars, et menthe à l’odeur chantante. Les sauterelles faisaient trembler les herbes, éclairs verts qui s’accrochaient parfois aux jambes nues, cause de rires et de sautillements amusés. Quand Suzanne et sa soeur eurent leurs enfants c’est avec le goût du souvenir de leur propre enfance dans l’onde tiède qu’elles les y emmenèrent, retrouvant leurs parents et les délices d’un été en famille. Quel bonheur que d’êtres filles et mères à la fois, responsables de petites vies mais cajolées par des parents pour qui elles restaient les petites. On prenait la barque au pied de la villa, les hommes ramaient un peu et la baignade était presque à portée de voix, au-delà de la chute, au-delà du pont. S’il y avait des journées de pluie, personne ne s’en souvenait, seul le soleil habite encore la mémoire de mon père, l’unique survivant parmi les gais enfants de cette photo.


 

Le frère de Suzanne, Paul, avait épousé une pétulante jeune fille de Daelhem – un regard délicieux qu’elle a donné à sa fille, le plaisir de faire les confitures, et ce commentaire qu’elle m’a un jour fait dans la cuisine “Ah ! Que la voix de certains hommes peut être troublante!” - , tandis que son cousin avait jeté son dévolu sur la soeur! Deux ravissantes coquettes qui ont eu tant de goût à la vie que l’une d’elle n’est partie qu’à 99 ans et l’autre à 104. On allait donc aussi à Daelhem, où mon grand-père a aimé garder pour toujours le souvenir de cette promenade le long de la Berwinne. Suzanne – qui aimera toujours les chapeaux – lui sourit avec la confiance d’une femme qui est la femme de la vie de quelqu’un, lui donnant dans son sourire quelque chose d’elle que lui seul connait et décèle.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Personnel
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Vendredi 24 juillet 2009

C’était en 1960, ou peut-être 61. Et ma mère avait décidé que cette année nous irions tous les trois en vacances en Italie. Pas de crachin et crèpes sur la digue, pas de colonie de vacances à Middelkerke (camp de concentration pour enfants avec punitions exemplaires: j’ai du rester à genoux une heure dans l’escalier pour avoir joué à la balle avec mes chaussettes roulées dans le dortoir après l’heure du coucher! Il faut dire que les monitrices, soucieuses de s’amuser un peu, nous couchaient à 8 heures …), ni de vacances à Ostende-la-reine-des-plages - une semaine avec elle et la suivante avec la gouvernante. Non, cette année, on partait vers le soleil satisfait ou remboursé, et on confiait l’organisation de cette expédition de rêve à Hôtel-plan.

Jusque là, elle avait voyagé avec mon père et puis, depuis le divorce cinq ou six ans plus tôt, sur les conseils de quelque tante ou amie fortunée, c’était la prestigieuse agence Cook qui lui préparait la voie. En Grèce, Espagne ou au Portugal, elle descendait dans de beaux hôtels où la vertu d’une femme seule ne serait pas mise à mal par les Casanova locaux.

Mais avec ses deux enfants d’âge grincheux – douze et dix ans! – elle se sentait aussi rassurée qu’avec une duègne repoussante, et se laissa dire qu’Hôtel-plan n’était pas mal du tout. Et nous voilà partis vers Rimini en train. Grande émotion … Un taxi qui sentait la cigarette refroidie et avait un chewing gum écrasé sur la portière intérieure est venu nous prendre à la maison pour la gare, et je me souviens que nous avons changé de train à Chênée. Et nous avons fini par nous installer dans notre train de nuit avec d’autres voyageurs Hôtel-plan, sous la tutelle de notre “hôtesse” en pimpant uniforme. Il faisait chaud, très chaud, et deux braves pensionnées ne cessaient de parler et de se passer des tampons d’ouate imbibés d’eau de Cologne dans le cou et sur le front,  “Regardez comme le train est sale” triomphait l’une d’elles, fière de la noirceur de son coton hydrophile qu’elle agitait à notre intention.

Les plateaux-repas apportés dans le compartiment ajoutaient pour mon frère et moi du piquant à l’aventure, mais ma mère fronçait la bouche: elle aimait le wagon-restaurant, les vraies serviettes damassées, les verres cliquetant, les serveurs délicieusement polis et acrobates.

La nuit nous nous sommes endormis sans peine, vaincus par toutes ces nouveautés, bercés par le galop du train, pour nous éveiller en Italie. Encore un ou deux changements de train et vers 16 heures, nous sommes arrivés à Viserbella, à notre hôtel Helvetia, alors tout nouveau.

En traversant la route on arrivait à une longue plage de sable fin divisée en rangées de chaises et parasols. Un haut parleur hurlait à tue-tête la mélodie de l’été Linda le temps passe vite, Linda le printemps nous quitte, déjà tes dix ans s’envolent, là-bas sur un banc d’école … Des marchands de glace et vendeurs de montres volées faisaient la navette plusieurs fois par jour, ainsi que les gigolos du coin qui passaient un été ardent et lucratif. Mon frère et moi clapotions dans l’eau avec nos bouées-tutu, ramassions des coquillages et nous disputions sans relâche. Si on ne se dispute pas à dix et douze ans, quelque chose ne va pas. Ma mère somnolait et papotait avec Miss Ping Pong, une autre cliente de l’hôtel qui adorait jouer au ping pong dans un bikini trop serré. Tout faisait “ping pong”, pour la plus grande joie des serveurs et du maître d’hôtel. Maître d’hôtel qui cependant avait mis tout son empressement au service presqu’exclusif de ma mère. En effet, dès le premier soir elle avait refusé la table qu’on nous avait destinée, trop près de la porte de service, et en avait demandé une près de la fenêtre. Ensuite, elle avait exigé un renfort de beurre, les deux copeaux et demi qui devaient accompagner nos succulents petits pains ne lui suffisant pas. Il venait donc gazouiller à chaque repas vouzzzavezzzassez de bourre?

Naturellement à l’époque, qui parlait de protection solaire? Les crèmes à bronzer finissaient par sentir le rance et donnaient l’aspect d’une otarie. Ma mère nous collait un peu de nivéa sur les épaules et les bras, et hop!, allez vous amuser et vous disputer près de l’eau. Ecoutez Linda le temps passe vite. Au bout de 4 jours d’un soleil ininterrompu, mes bras et épaules ont été décorés de grosses fraises, des cloques géantes et douloureuses. Plus de soleil pour la signorina, a décrété le pharmacien en me tartinant d’une pommade épaisse. Il a donc fallu chercher quelque chose qui protégerait ma peau croustillante, et nous avons fait les magasins de la digue, où on ne vendait pratiquement que des bikinis, shorts et autres très petites choses faites de confetti de tissu reliés entre eux par quelques points. Finalement un vendeur est arrivé avec une vieille boîte de plastique transparent poussiéreuse, dans laquelle se trouvait la seule chemise à manche longue dans un rayon de 4 kilomètres. D’un vert acide étonnant, et parsemée de quelques crottes de mouches. Avec un débit de mitraillette et beaucoup de passion, il nous vantait le splendide article en italien et ma mère, pointant du doigt les crottes de mouches, avec son ironie bien à elle, ajoutait “ si si, et crotti de mouchis !” Cette chemise est donc toujours restée ma chemise crotti de mouchis, et je l’ai portée longtemps puisqu’elle était trop grande lorsque nous l’avons achetée.

Les après-midi nous allions sur la digue et savourions pour la première fois de notre vie des capuccini inoubliables - et inoubliés. Nous observions le manège des jolies filles qui défilaient lentement en chaloupant des hanches, suivies par des jeunes gens en Vespa, peu trompés par l’apparente indifférence des belles capricieuses. Ma mère, jeune et élégante, avec ses cheveux précocement blancs, ne passait pas inaperçue non plus, et je suppose qu’elle s’en réjouissait en secret. Elle n’était plus “rien qu’une divorcée avec ses enfants” mais Bella! Bella! et se méritait ça et là un coup de sifflet rassurant.

Le jour du départ, des grêlons comme des oeufs de pigeon ont canardé le taxi qui nous emmenait à la gare. Mamma mia, hurlait le chauffeur en se tordant les mains, entendant souffrir sa carosserie et ne voyant qu’un rideau de glace. “Allez, chauffeur!” s’impatientait ma mère sans pitié, “roulez, nous allons rater notre train!”

Dans le train, une panne de courant fit que mon frère s’est vu offrir dans le noir une petite bouteille de vin au lieu de l’orangina prévu avec son plateau repas, et qu’il l’a bue sans broncher. C’est quand on est sortis dans le couloir pour que l’employé du train, armé d’une lampe de poche, organise les couchettes qu’on a constaté que son entrain n’était pas naturel. Il ne tenait pas debout et racontait en riant des choses sans queue ni tête. Mais qu’il a bien dormi….

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Italie
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Jeudi 16 juillet 2009

L’été est ma saison de gourmandise. Une gourmandise sans conséquence sur ma silhouette, puisque je ne dévore que des pages. Car avec l’irrésistible envie de profiter du jardin – avec le soleil qui extrait le parfum de toute chose, des fleurs aux pierres en passant par le plumage des oiseaux et les feuillages – arrive le choix entre deux luxes : une voluptueuse somnolence qui m’emporte vite dans ce lieu un peu plus loin, fait de bruits et de l’alternance d’ombre et lumière jouant sur mes paupières scellées ou l’abandon dans la lecture, tout aussi apte à tenir la réalité hors d’état de se faire voir et entendre pour un temps. Les vaisselles, légumes à éplucher, chats à nourrir, coups de fil à donner, tout ça est - et reste - entre parenthèses pendant que je lis ou somnole.

Je viens de terminer, à regret, un livre qui hélàs n’a pas été traduit en français. The Lost Painting, de Jonathan Harr. Je l’ai commencé un peu dubitative, et ai immédiatement été aspirée dans cette incroyable histoire de la découverte d’un tableau perdu du Caravage. Le baiser de Judas, parfois aussi appelé L’arrestation du Christ.

Ce n’est pas un roman, mais la preuve que la fiction ne peut pas toujours égaler la splendeur de la réalité en rebondissements et surprises. Des héros à l’apparence banale déplacent plus d’air et d’espoirs qu’Indiana Jones. Ces étudiants universitaires, spécialistes du Caravage, restaurateurs, journalistes, étudiants en Art, nobles désargentés, prêtres et autres deviennent, sous la plume de l’auteur, des êtres animés de passion, et leur vie passe de l’obscur au clair tout comme dans un des tableaux du grand Maître, amoureux du Chiaroscuro.

On les suit le coeur battant dans les rues et restaurants de Rome, un couvent irlandais, des bibliothèques universitaires en Italie et Angleterre, un vieux château empli de charme et de poussière dans la campagne italienne, les pages moisies de vieux livres de comptes d’un marquis d’un autre siècle. On entrevoit aussi des moments-clé de la vie tumultueuse du Caravage, aussi adroit avec l’épée qu’avec le pinceau, aussi ardent dans ses colères que dans sa piété, vivant si vite et si fort qu’il finira sa course folle à 41 ans.

On apprend à reconnaître les signes qui posent les indices d’un original ou d’une copie (et le Caravage copiait lui-même parfois ses propres tableaux, ce qui nous donne des copies authentiques et des copies simples!), on a le souffle suspendu en lisant les techniques de restauration – qui bien souvent peuvent sauver ou achever l’oeuvre -, on découvre avec fascination les secrets des pigments et de la toile. C’est émerveillé que l’on referme le livre, et encore un peu agité d’avoir suivi le train rapide de ce récit qui est une palpitante “histoire vraie”.

Un peu avant, je m’étais abandonée dans le livre de Mary Dollinger, Au secours Mrs Dalloway. Un livre british avec un zeste de France. Mary est Anglaise, vit en France et écrit … en français avec une aisance déconcertante! Et Dieu que c’est rafraichissant, cet humour anglais en français dans le texte… Et que c’est drôle, avec une sophistication un peu noire tout à fait délectable, d’autant que l’héroine, Clare Fournier, perd les pédales pour ... un Belge! Un Belge haut en couleurs et apparemment auréolé d’un charme tel qu’il est aussi tentant qu’une dizaine de laquemants! (C’est mon étalon-tentation…) 












Et pour terminer avec cet article littéraire, eh bien ma nouvelle “La brodeuse” sort dans le recueil Sur le fil aux éditions librisme en Suisse avec celles de trois autres auteurs. Je donnerai la parole à Bob Boutique qui l’a lue il y a un moment et l’a commentée pour ceux qui attendaient:


***
 

Je viens de lire ‘La brodeuse’ et reste émerveillé… ce texte mérite mille fois de figurer dans le recueil que l’éditeur suisse Librisme publie cet été. Car il est Re-mar-qua-ble. Plus courte que d’habitude (pour moi, c’est un avantage), cette nouvelle reproduit fidèlement le monde nuancé et tout en finesse d’Edmée.

 

Un style à l’ancienne qui me rappelle Marie Gevers ( je crois l’avoir déjà dit ) avec de jolies phrases construites comme des rangs de perles, une histoire simple où la psychologie joue un grand rôle, du suspense même s’il n’a rien à voir avec les thrillers à la mode ( un peu dans le genre de Micheline Boland ) et… comment dire ? Une mélancolie douce, ton sur ton, à la Laura Ashley.

Si je devais comparer avec un peintre, je dirais Vermeer de Delft, en moderne bien sur. Ou Suzanne Valadon, la mère d’Utrillo. C’est confus ? Sans doute, mais c’est ainsi que je le ressens.

L’histoire ?

Anodine, mais d’une grande profondeur humaine. ‘Du peu, mais du bon’ comme écrit Edmée. La qualité avant l’esbroufe et le sentimental facile.

Géraldine (la petite soixantaine ?) brode et tricote pour deux boutiques de mode. Un travail qu’elle accomplit avec joie et humilité depuis 25 ans, à la fenêtre d’un petit appartement qui domine une rue dont elle connaît tout. Le bruit d’une porte qui se referme au 19, le bac à sable d’un jardinet où il y a deux enfants, le petit chien qui aboie et court derrière les vitres d’une maison de rangée… Elle observe, tout en tirant le fil et en palpant des tissus soyeux aux motifs délicats : ‘ … une nappe a thé, déjà terminée, a des géraniums grimpant à l’assaut de replis aux quatre angles, et des paons du jour et coccinelles le long de l’ourlet ajouré…’

Au numéro 15, en face, il y a une jeune femme, jolie, qui chantonne toute la journée et reçoit chaque matin, après le départ d’un époux plutôt terne, un amant un peu canaille qui s’en va au bout d’une heure en sifflotant. Du tout venant en quelque sorte.

Puis un jour, Géraldine est en train de broder les serviettes d’un trousseau, voila qu’elle aperçoit le mari qui rentre plus tôt que prévu…

Je vous laisse découvrir la suite. J’ai adoré. Car elle est bien dans le ton du récit, simple, élégante et… mais oui, pourquoi pas… tendre.
C’est tout ? Oui, c’est tout, mais avec quelle virtuosité ! Quelle bonté. Lisez et vous comprendrez.

L’écriture ? Brillante comme à l’accoutumée..

‘Encore une matinée merveilleuse, malgré la pluie d’hier. Les trottoirs sont encore mouillés, des flaques brillent là où les pavés sont trop enfoncés. des gouttes captives dans les feuilles et les géraniums ressemblent à de petites loupes.’

‘Bien que concentrée avec une joie tranquille sur des plumages écarlates au point de tige, et sur son fil de soie perlée qui tend parfois à boucler, elle lève de temps à autre les yeux de son travail aux rumeurs de la rue…’

Et ainsi de suite…

J’ignore s’il est déjà possible de lire ce conte quelque part, car je suppose qu’Edmée De Xhavée en réserve la primeur à son éditeur. Disons, que j’ai eu la chance et le privilège d’une avant-avant-première, une espèce de cadeau personnel, que vous découvrirez bientôt dans le recueil de Librisme que je vous recommande même s’il n’est pas encore publié.

***

Je reprends la parole prêtée à Bob, et vous dis ... à la semaine prochaine!
Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Romans
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Vendredi 10 juillet 2009
Cet article répond à un sympathique défi lancé par Philippe sur son blog http://philippedester.canalblog.com. Le thème m’a accrochée tout de suite, et voilà! Et j’aime aussi beaucoup ce que sa fenêtre lui a inspiré, allez donc voir !…

Je regarde par la fenêtre et je vois le dessin du vent qui plie la pelouse et fait se mouvoir la couronne des chênes blancs au rythme de la respiration de l’univers. Je vois la course fanfaronne d’un lapin soyeux, et l’orgueil bleu de mon hortensia. Si je lève les yeux, ma vue est bercée par la vaporeuse traversée des nuages dans un ciel qui joue à la menace, d’un anthracite argenté d’un côté et nimbé de lumière de l’autre. On ne sait lequel l’emportera d’ici la fin de la journée. Un vol en V d’oies du Canada passe, précédé par une clameur familière qui rend gloire à un monde sans limites.

Je vois aussi, selon les saisons, les êtres nimbés de liberté qui m’entourent : les écureuils gris à la queue légère comme une volute de fumée, creusant la pelouse avec une ardente obsession; les oiseaux locaux ou de passage, me laissant parfois une plume aux couleurs prises sur la palette des dieux; de frémissants tamias aux yeux luisants. Et, depuis quelques années maintenant, des bandes de dindons “sauvages” indiscrets et curieux. J’ai appris à aimer leur silhouette Art Déco et leur plumage semblable à une armure de soie. Il y a aussi les marmottes craintives, si rapides que l’on croit avoir rêvé cette ombre rasant le sol. Et les biches aux jambes fuselées, aux yeux de pharaonnes.



Mais si je tourne le dos à ce film d’une nature généreuse, assise dans le matin ensoleillé de mon salon où chuchotent objets et souvenirs, c’est encore par la fenêtre que je regarde, celle que la lumière projette sur le mur. Un écran immobile et muet, qui me dit ne te retourne pas, tout y est, tu peux me croire



Et lorsque c’est dehors que je suis, et que je regarde par la fenêtre, c’est vers la sécurité de ma vie que je plonge. Mon mari, mon compagnon de rêves et de certitudes, d’infortunes et de paix. Et Teeshah, dont c’est la place, comme il l’a décrété. Et la coupe de Bon Papa. Celle dont, en fin de vie, il mimait la forme pour que ma mère aille la chercher chez lui, et qu’elle m’a donnée ensuite. Elle était sa petite chérie, et cette coupe me parle de leur amour à tous les deux, de ce désir de laisser un objet qui parlera de bonheur et d’attachement sans fin.



Une fois à l’intérieur d’ailleurs, c’est le visage de ma mère qui flotte dans la vitre sur le fond bleu-noir de la nuit qui tombe. Mon reflet, puisqu’en plus de la coupe de Bon Papa et d’autres choses, elle m’a aussi donné ses traits. Ferme la porte, et profite de la soirée, me dit-elle. Je veille. Sois en paix.




Et puis, c’est aujourd’hui même que Bob Boutique, auteur des contes bizarres, défenseur passionné de la vie artistique en Belgique et libraire quand il a le temps, a mis sur son site son diagnostic après la lecture des Romanichels.
Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Monologue
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Vendredi 3 juillet 2009
Je l’ai déjà dit, lorsque j’ai décidé de partir vivre aux USA, c’était en pensant au Nouveau Mexique, ou peut-être l’Arizona. Du sable, des cactus, des Indiens, des rochers aux formes étranges, dieux ocres à la force inouïe. De l’eau vénérée, une histoire cent fois mal contée par le cinéma; le fameux Arizona Sky, si bleu et parcouru en silence par des chevaux blancs qui parfois s’emballent, faisant trembler le sol sous le foulement de leurs sabots et illuminant le monde de leur fureur brûlante.

J’avais contacté des galeries d’Art, des Bed & Breakfast et hôtels à Santa Fe et Albuquerque. On m’avait parfois répondu. Venez, on verra ce qu’on peut faire. J’avais brièvement vu ces deux villes en mai '94 avec mon ami Creek, Chester, sa femme et son petit-fils. J’étais sous le charme. Je parle d’un vrai charme de magie, un charme digne de Morgane, de ces charmes qui vous imposent de prendre des décisions, parce que vous pensez que c’est votre destin. Je ne connnaissais personne là-bas, sauf un ami pueblo qui voulait bien m’aider mais sur l’aide duquel je ne voulais pas compter. Mesure à la fois raisonnable et lucide. Les pueblos font partie du décor, mais après tout, ils ne sont considérés “que” comme des Indiens.

Je suis donc partie le premier janvier 1995 pour quelques jours, histoire de me faire une meilleure idée. Le cinq au soir, j’étais invitée à Santo Domingo pueblo – hors de l’enceinte sacrée où les non-Indiens ne peuvent rester après quatre heures – pour loger chez la soeur de cet ami, Angel. Une maison d’adobe avec un living comme un hall de gare où trônait une table de billard ! Un poste de télévision démodé offrait dans une certaine indifférence des images neigeuses et un son étouffé. Marcus, le mari d’Angel, ne cachait pas son hostilité à l’idée de m’avoir dans ses murs, mais la société pueblo est matriarcale et la maison appartenait donc à Angel. Avec sa fille Marchelle il perçait des trous dans des turquoises et coquillages pour faire des colliers, et m’a ensuite pratiquement imposé de lui en acheter un, ce qui a vexé son beau-frère, mon ami. Ils ont d’ailleurs eu un échange de mots qui n’avaient pas une musique très paisible… Et pourtant, son visage sombre sous la coiffure de Prince vaillant savait s’illuminer de gaieté, comme en témoignèrent plus tard les photos qu’Angel et Marchelle sortirent d’une boîte en fer pour me présenter la famille.

Au matin du six, qui est une fête importante dans le village, Angel m’a autorisée à prendre cette photo de la vue de sa fenêtre. Le soleil caressait la neige tombée avec une implacable détermination la veille, la faisant un peu fondre déjà, laissant un glaçage léger sur le four rond juste en face, typique des pueblos. On avait mangé tous ensemble à l’américaine, des crêpes au sirop, du café, des saucisses avec une certaine animation, surtout quand Marcus avait franchi la porte sans me saluer. Marchelle, sa soeur et moi sommes alors sorties et nous sommes rendues chez la mère de mon ami pour y chercher des chaises pliantes. La terre rouge s’était unie à la neige fondante et aspirait mes chaussures, mouchetait le bas de mes jambes. Nous étions dans l’enceinte sacrée et, je le savais, sous haute surveillance des “guerriers de paix”, ces hommes qui sont choisis pour leurs hautes qualités et appelés d’où qu’ils soient pour revenir offrir un an au village. Un an au cours duquel ils ne dormiront que 4 heures par jour, et passeront le plus clair de leur vie sur les toits du village, surveillant ce qui s’y passe. Qui y arrive, qui en part, qui invite des blancs, qui a l’air d’avoir bu... La mère de mon ami habitait une très vieille maison d’adobe, petite et bien isolée du froid. C’était une femme d’une incroyable beauté dans sa cinquantaine. Une tresse noire et large de 4 cm longeait son dos, et je la regardais chausser des bottes pueblo de mouton à la pointe recourbée. Son vêtement était traditionnel, de laine noire avec des rayures mauves et jaunes, et tout son visage – splendide, le visage d’une divinité inca – refusait ma présence. L’hostilité était palpable, au point qu’après avoir échangé quelques mots en keresan avec ses nièces – ah, cette langue qui fait kr kr kr! – nous sommes parties avec les chaises pour regarder les danses sacrées, du moins celles que nous pouvions voir, puisque certaines danses se font loin de la vue des femmes. Peu de touristes, car les Santo Domingos sont réputés pour ne pas y aller avec le dos de la cuiller quand un comportement les agace. Il est interdit de filmer, de photographier, de traverser la plaza par le milieu, et en fait j’ai eu si peur de faire un impair que j’ai à peine osé regarder en m’abandonnant. “Ne regarde pas les gens dans les yeux; ne fixe pas les maisons; n’aie pas l’air curieuse…”. Tant de choses qui hélàs font partie de notre … tourisme, que je ne savais plus que faire.

Je me souviens pourtant très bien d’une danse Navajo au cours de laquelle une rangée de jeunes filles en robes de velours sombre formaient une douce vague qui s’agitait comme l’herbe sous le vent au son des tambours. Dans cette boue, sous ce soleil froid, c’était comme un parfum, celui des pêchers dont les Navajos étaient si amoureux et fiers. J’ai encore été invitée un autre jour au village, chez la tante Josefina, qui fêtait la communion de son fils. Là, tout le monde me cajolait … en keresan, et je ne comprenais que la musique de leur gentillesse mais pas les mots. Mon ami m’a ensuite conduite voir la personne qui tenait le Bed & Breakfast (gîte du passant, comme disent les Canadiens!) de Santa Fe, et dans un hôtel. Il me semblait évident qu’avec un peu de patience je devrais trouver quelque chose à faire si je me décidais.

Je logeais à Madrid, entre Albuquerque et Santa Fe, non loin de la réserve Santo Domingo, dans un Bed & Breakfast où on faisait un café merveilleux. Madrid, j’en ai déjà parlé, c’est une ancienne ville fantôme qui avait vécu de l’exploitation de la mine de charbon, sur la piste des turquoises des Indiens. Une rue, et des maisons de chaque côté. Rien d’autre. Uniquement touristique, puisque chaque maison est une boutique, sauf la taverne qui attire du monde de Santa Fe et Albuquerque, ainsi que les pueblos qui veulent s'offrir une bière, puisque l'alcool est interdit sur les réserves.

Et, seule pour la plupart du temps, j’avais pris goût à me promener sur cette route déserte, une heure dans un sens, et le retour. Des voitures s’arrêtaient fréquemment, et des conducteurs inquiets me demandaient s’ils pouvaient m’aider, me conduire quelque part. On ne marche pas beaucoup aux USA, c’est vrai, mais en plus … la région est infestée de couguars. Heureusement, je ne le savais pas!



Je suis donc rentrée en Europe, pour repartir vers le Nouveau Mexique en avril de la même année. Définitivement, pensais-je. J’ai d’abord logé dans un motel qui regorgeait d’Indiens. Il y en avait partout, parce que le plus grand pow wow de l’année avait lieu, et ils arrivaient de tous les coins, même du Canada. Et on ne les entendait pas! Mais qu'il était curieux de voir ces guerriers d'un autre temps s'engouffrer dans des pick-up trucks avec leurs compagnes et enfants. Robes de daims, mocassins, coiffes de plumes ou queue de cerfs, gilets de porc épic, éventails d'aigle ou de dindon sauvage, un passé extraordinaire et grandiose se mouvait dans le parking de mon motel, tandis que je regardais, émerveillée, depuis ma fenêtre où l'air conditionné gonflait les rideaux. 

Ensuite je me suis retrouvée dans un autre motel, d’où j’ai donné quantité de coups de fils un peu partout, notamment dans une école de langue dont le directeur a accepté de me recevoir. Richard. Nous nous sommes vus … 15 minutes. Et nous nous écrivons encore! Richard m’a aidée, m’a donné d’autres contacts. Grâce à lui et le tam-tam arabe (ou Indien?), des francophones m’appelaient dans ma chambre pour bavarder, me donner des idées, me dire d’essayer ceci ou celà.

Je prospectais, prenant le bus sur la route 66 tous les matins, et parfois je me récompensais d’une visite dans Old Town, où mon rêve me retrouvait. James Stewart allait certainement passer sur un cheval, suivi par un troupeau de longues cornes à l’haleine poussiéreuse! Une caravane de colons apeurés et pleins d’espoir allait descendre la vieille piste… Sur la place principale, le chant des oiseaux était si perçant que l’air n’avait pas de poids.

Je mangeais du guacamole ou des burritos à la crème sûre, et me disais, en regardant au loin les montagnes sandia: c’est ici que je vais vivre.

Dans ma solitude sereine, je faisais des photos. Sans savoir que je construisais les souvenirs de mon rêve, puisque ce n’était pas mon destin! J’ai fini par trouver un travail, par une amie de Richard, à l’Alliance française de l’Université d’Albuquerque.

Mais encore une fois ... ce n’était pas mon destin! Mon destin était d'y aller, d'y passer ce temps, d'y comprendre ce que mon inconscient comprenait depuis longemps, mais après, il fallait en repartir.

Des regrets? Non. Pourquoi, puisque les souvenirs ne s’usent pas…


Par Edmée De Xhavée - Publié dans : USA
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Vendredi 26 juin 2009

Un ami très cher m’a donné cette phrase il y a longtemps. Elle avait suspendu la course de son coeur pendant un instant alors qu’il lisait Les mille et une nuits. Et dès lors, elle fit partie de lui. Il la prononçait avec une profondeur solennelle et une surprenante humilité dans la voix.

Il n’est plus. Tout au moins, c’est la formule consacrée pour qui a épuisé son temps de vie avec nous. Son tombeau n’a pas d’angle, pas de pierre; aucune larme ne s’y abîme : il a été incinéré. Mais que cette maxime retentit joyeusement dans mon être. Car oui, de lui il ne me reste que la tendresse et les éclats de rire, que ses amis et moi chérissons avec enthousiasme. Quelle chance nous avons eue de le connaître et de l’avoir laissé planter en nous le germe de cette joie bouillonnante qui resurgit à son évocation.

Ma mère, elle, a son nom sur une stèle. Et d’elle je n’ai gardé que les chansons, les recettes de cuisines, les surnoms ironiques, les souvenirs de bonheur qui luisent comme une bougie dans le noir. Les disputes et les maladresses, je les éloigne d’une chiquenaude quand elles se rappellent à moi. Oh, ça n’a rien laissé, les mots durs, les bouderies. C’était du temps perdu alors, pourquoi le perdre deux fois? Par contre, ce qui se tient dans l’angle du tombeau, c’est le son de sa voix me lisant Les aventures de Plumet – et je me demandais, émerveillée, comment elle connaissait la voix de Plumet, puisqu’elle avait son timbre normal quand elle était le narrateur et une petite voix excitée quand Plumet s’exprimait -, son “c’est bon mais c’est bourrant” amusé après avoir goûté mon premier dessert au moka – une recette de l’Institut Sainte Claire .. des petits beurres cimentés deux à deux avec du sucre et du nescafé pétris dans de la margarine! Bourrant en effet -, les centaines de lettres que nous nous sommes échangées au fil des années, et toutes ses pitreries qui me reviennent aux moments les plus surprenants et me font rire avec elle. Oui, avec elle.

J’ai des souvenirs d’amour en telle quantité que je n’en manquerai jamais. Et lorsqu’on me dit que je lui ressemble de plus en plus, je souris, amusée. Avec elle. Ah, cette lueur heureuse qu’avait eu son regard quand son petit-fils lui avait dit qu’elle et moi avions le même rire. Si on arrive à passer son rire … oui, seul l’amour subsiste dans l’angle du tombeau.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Personnel
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Lauriers

2009: 3ème prix ex-aequo pour le Prix Pierre Nothomb avec Vous souvenez-vous? Thème: Sous le feuillage de mes chênes, je vous écris

2009: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Tremblement de coeur. Thème: Canicule (Publié sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne)

2008: 1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine avec Tchoupy et les stiloboutchgo dgies. Thème: Par monts et par vaux


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