Beaucoup de personnages

Publié le par Edmée De Xhavée

Oui, il y  en a beaucoup dans mes écrits. Ce n'est pas délibéré, c'est simplement que je constate que dans la vie, c'est en effet cette foule de frères, soeurs, parents, familles, amis et parfois même simples passants éphémères qui vont y créer le décor exact. Bousculés ou aimés par les uns, soutenus ou agressés par les autres, nous forgeons notre caractère, accumulons ou laissons s'atténuer les rancoeurs, oublions ou gardons précieusement les joies. Nous nous teintons de tous ces apports des autres.

Déjà quand j'étais "jeune", (c'est à dire vers 13 ou 14 ans, âge où j'ai brièvement dévoré des romans anglais copiés sur ceux de Daphné du Maurier - vous savez, ceux où une ravissante mais pauvre jeune fille assez nunuche était engagée dans un sombre château pour s'occuper des enfants d'un veuf au caractère macho et paternaliste? Ca ne ratait pas, elle faisait la conquête du monstre malgré des rivales aux décolletés endiamantés et un ou deux squelettes heureusement inodores découverts dans une malle, ainsi qu'une gouvernante sinistre et psychologiquement dérangée qu'aucun châtelain normal n'aurait gardée auprès de sa progéniture!)... quand j'étais jeune au point d'aimer ce genre de lecture, disais-je, je méprisais ce truc facile qui consistait à choisir comme héroïne une orpheline et de limiter la famille du châtelain au profil aquilin et qui savait toujours tout, à en général un frère paillard ou une soeur éternellement vierge, et les deux enfants qui n'avaient que des rôles de figurants. Et juste pour dire qu'il était riche, respecté et convoité, on ne manquait pas de coller la soirée de Noël et d'en décrire les fastes. Et bien sûr l'odieuse rivale scintillante de tous ses diams snobait notre pauvre petite seule au monde. Je ne trouvais pas ça normal, aussi peu d'interventions humaines. 

Mais c'était pratique, je ne le conteste pas, et je n'ai pas manqué d'utiliser ce subterfuge assez lourd dans un de mes romans d'alors - et ma seule lectrice en fut à nouveau mon amie Bernadette! On y faisait la connaissance de mon personnage féminin, balbutiante et humble à souhaits, à bord d'un voilier en direction de je ne sais plus où, et ses parents passaient gentiment par dessus-bord lors d'une tempête. Enfin, elle était seule au monde, prête à être livrée au riche châtelain au nez en bec d'aigle et caractère instable.

A présent pourtant, lorsque j'écris, j'aime la présence d'un vrai groupe de personnes, qui parfois elles-mêmes en approchent d'autres. Ma propre vie n'aurait pas été la même si ma mère n'avait pas rêvé toute sa vie d'horizons lointains que mon père avait vus. Ou si mon père n'avait pas tant aimé écouter ses 33 tours de cire achetés à Buenos Aires, et me prendre dans ses bras pour "danser" le tango. Ou si ma grand-mère n'avait eu la passion du cirque. Ou si ma tante n'avait été si désespérément riche et avare qu'avoir beaucoup d'argent pour moi a l'aura d'une malédiction. Ou si je n'avais jamais su que "Didine", notre vieille voisine en longue robe de satin noir et le cou cerclé d'un ruban avec un camée, avait pendant la guerre caché des messages de la résistance dans une tête de bouledogue en porcelaine dont le chapeau tyrolien se soulevait.

Ou si je n'avais partagé ces folles années avec un compagnon qui savait ce que libre veut dire. Avec lui j'ai dormi à la belle étoile au pied des remparts de Carcassone, ou dans le fenil au-dessus d'une bergerie de la montagne noire près de Mazamet. En plein hiver. Blottis dans notre sac de couchage, nous entendions, trois mètres plus bas, remuer et murmurer les moutons alors qu'une forte odeur de suint nous parlait de présence et de paix. Avec lui j'ai traversé mon époque baba-cool dans un bonheur qui me faisait toucher Dieu du doigt.

Serais-je la même aujourd'hui sans lui, sans ses amis de tous bords, sculpteurs ou peintre parisiens, berger irlandais, photographe de stars écossais, champion d'échecs alcoolique et romantique, un Allemand celui-là, ancienne danseuse espagnole devenue serveuse dans "notre" petit resto, fils de gangster belge ( mais oui, il y en a... des gangsters, et leurs enfants!), et le professeur de philosophie qui nous aimait tant qu'il nous offrait le restaurant sur le Cours Mirabeau chaque fois qu'il nous rencontrait... Tous ces gens ont contribué à affirmer ou atténuer ce qui se trouvait en moi alors, attendant de pouvoir fleurir ou d'être assoupli. Impossible de me retrouver "à la case départ" après tout ça! Le feu avait été allumé dans les collines de romarin, au pied de la Sainte Victoire.

Mon existence a changé de cours bien des fois, mais j'ai gardé la flamme allumée. Et si parfois elle ne fait que respirer en secret sous la cendre, jamais mes paumes ne seront froides, jamais mon coeur ne sera vide. La sarabande de tous ceux qui m'ont appris à épeler les mots bonheur et douleur est longue.

Et je termine en vous mettant un lien vers une courte nouvelle que mon amie Jojane a bien voulu acceuillir sur son web site. Merci Jojane! Le lien vers le site de Jojane se trouve avec les autres liens, visitez-le, vous y trouverez de tout, même des puzzles venus du Québec! Et, sous le petit carré avec la rose, il y a le lien pour aller sur le site magnifique qu'elle m'a réservé, et sur lequel je mettrai de temps à autre une nouvelle! En attendant, la première est celle-ci: Week-end d'un indécis. Bonne lecture à tous!

Publié dans Romans

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Cathy 23/12/2007 18:08

Que j'aime la fin de ta nouvelle ! "Il" ne l'a pas volée !!!