L'automne des Lenni-Lenapes

Publié le par Edmée De Xhavée

Il y a bien des choses que je n'aime pas sur cette partie du continent américain, mais après tout, ce qui m'a fait y venir, c'était l'envie de toucher du doigt la réalité de ce que je savais des Indiens, ou croyais en savoir. Et jamais je n'avais entendu parler des Lenni-Lenapes. Mais voilà que, partant pour le Nouveau-Mexique et la découverte des Pueblos, le destin m'a détournée vers le New Jersey et les Lenni-Lenapes. Oui, il est difficile de rencontrer un charmant mari potentiel dans le New Jersey et de continuer son périple dans le Nouveau Mexique! Et c'est ainsi que je vis sur ce qui fut le territoire des Lenni-Lenapes, et les arbres centenaires qui me font de l'ombre leur en ont sans doute parfois fait aussi. Et la faune qui me ravit la vue est la descendante de celle qui a échappé à leurs flèches et pièges....

La beauté de ce "pays" me transperce. Comment ne pas sentir un chant muet s'élever du plus profond de nous devant le fameux "Arizona sky"? Un ciel sans rien pour l'arrêter. Et la terre rouge de l'Oklahoma, celle-là même vue cent fois dans les westerns? Et la paisible majesté des bisons sauvages, des vaches à longues cornes... les collines émeraudes du New Hampshire ou le mont Washington aussi pelé et venteux que le mont ventoux, parcouru par de gigantesques élans, maîtres des lieux. Et même mon petit New Jersey surpeuplé, surnommé "The Garden State". Nous qui, en Europe, nous languissons après les "espaces verts", ici ils abondent. La Nouvelle Angleterre n'est qu'à un jet de pierre, et les splendeurs de son automne s'étendent jusqu'à nous. L'automne des Lenni-Lenapes. Les feuillages s'embrasent contre le ciel d'un bleu pur et frais, traversés par les rayons d'un soleil bas qui joue déjà à étirer les ombres au sol comme des rubans informes.

Sans habiter dans ce qu'on pourrait appeler la campagne - West Orange se targue d'abriter 70.000 âmes sur près de 20 kms carrés, et se trouve à seulement 31 Kms de Manhattan -, le coin où je vis est très aéré, sur une chaîne de collines boisées et giboyeuses. Les chutes d'arbres ou de branches sont hélàs une chose fréquente, tout comme les accidents avec les biches (white tail deer). Il y a de beaux et grands parcs avec des étangs aux berges ourlées de fleurs sauvages. Du chardon, des verges d'or, des roseaux, quelques ombellifères, des petites plantes d'eau. Les teintes or, pourpre, cuivre et roses d'un automne qui éclate s'y reflètent avec netteté, multipliant le plaisir des yeux. Il y a aussi les réserves. Nous aimons nous promener sur les pistes qui serpentent dans les bois aux multiples essences et couleurs: le majestueux chêne rouge - l'arbre-emblême du New Jersey -, le chêne blanc à la belle couronne symétrique, qui a parfois juqu'à 300 ans et presque 6 mètres de circonférence. Des noyers, des bouleaux, des mélèzes (avec lesquels les Lenni-Lenapes faisaient leurs canoés), des érables sycamores et rouges, des hêtres pourpres, des frênes d'Austin, des cornouillers... C'est un foisonnement des formes, un camaïeu de teintes et, en ces journées d'automne, une pyrotechnie intense et éphémère.

C'est naturellement un cadeau sans prix.

J'ai aussi parlé déjà des nombreux animaux des bois qui partagent, bien malgré eux, leur espace avec nous. Les écureuils gris sont aussi banals que les moineaux ne le sont en Belgique. Il y en a un nid dans le chêne blanc devant chez nous. La bande de dindons sauvages s'agrandit et s'enhardit. A ma grande surprise j'ai réalisé qu'ils me reconnaissent: si je reviens du travail ou d'une promenade avec le chien et qu'ils sont plus loin dans la rue (une rue où les arbres forment une voûte végétale), ils arrivent à toutes jambes en émettant leurs kluc kluc kluuuuc! Bien que mon seul contact avec eux jusqu'à présent soit de les avoir entendus japper, il y a aussi des coyotes. L'un d'eux a d'ailleurs été  photographié sur un deck la semaine dernière dans la ville qui jouxte West Orange, Verona. Ils s'en prennent parfois aux chats ou chiens de petite taille. Jusqu'au couple de faucons à queue rouge qui a fait un piqué pour tenter d'enlever mon Zouzou dans les airs pour en faire un succulent repas. Heureusement, Zouzou a hérissé les poils et s'est fait aussi laid qu'il le pouvait, et a eu la vie sauve!

Mais quel bonheur, quel bonheur!

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Un petit Belge 06/11/2008 16:54

Et quel bonheur pour nous de lire de beaux textes sur les petits bonheurs de la Vie qu'on a parfois tendance à oublier...

Edmée De Xhavée 07/11/2008 00:09


Ce sont pourtant, j'en suis sûre, ceux que nous emporterons avec nous!


Bob 04/11/2008 08:13

Oui, oui j'ai vu ce reportage. Il existe un reportage tout à fait semblable avec les chats du musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg que l'administration nourrit officiellement.

Edmée De Xhavée 04/11/2008 12:45


Les chères petites choses... Och erme!!! :)


Bob 02/11/2008 16:32

Tout à fait normal que les dindons sauvages te reconnaissent... Moi, quand je vais visiter ma soeurette à Sterrebeek, elle accourt aussi vers moi en criant joyheusement kluc kluc kluuuuuc.

Je t'adore et adore autant ton style si riche.

Tiens à propos, as-tu déjà lu du Chantal Adam ? Tu devrais. C'est la seule chez CDL que je pourrais comparer à toi.

Edmée De Xhavée 02/11/2008 18:23


J'ai lu un texte magnifique qu'elle avait mis sur le forum, où elle parlait d'une femme qui s'occupait des chats au Coliseo, j'adorais! Kluc kluc kluuuc, au moins je suis reine ... des dindes, mais
reine quand même!