Où ont-ils disparu?

Publié le par Edmée De Xhavée

Nos chers disparus, où sont-ils ? Pas sous ces froides dalles que nous fleurissons, pas « au ciel » avec les anges et toute l’imagerie religieuse (à l’école on m’avait dit que quand on mourait on allait prier au ciel avec le Petit Jésus, ce qui ne me disait rien du tout…).

Où sont-ils ?

L’expression « il est mort » résonne comme une pierre qui tombe sur le ciment. C’est … lapidaire ! « Parti là-haut » donne une précision géographique à laquelle on ne peut croire.

Trois ans que ma mère s’en est allée, et trois ans qu’elle insiste à me dire qu’elle est pourtant là. Elle s’insinue dans mes pensées alors que je me crois absorbée par autre chose. Hop ! Pas si chaude, ton eau ! As-tu bien fermé ta porte à clé ? Parfois une odeur familière me ramène son souvenir avec un bouillonnement de l’âme, elle est là, je le sais, je le sens ! Mais dès que je cherche à identifier l’odeur en question elle s’évanouit derrière les voiles qui se referment sur mon inconscient. Ou bien elle remplace mon vocabulaire par toutes ces expressions farfelues de ma prime enfance ou de la sienne, et qu’elle utilisait à plaisir. Le factileur-marchand-de-beurre pour le facteur. Une pimaison pour une combinaison. Ces mots surgissent de mes lèvres à l’improviste, et je l’entends presque rire, complice. Sur mon visage, le sien se superpose… Pas de doute, on voit que je suis sa fille. Ça nous fait plaisir, à toutes les deux.

Neptune aussi court à mes côtés parfois, comme ce jour où, marchant dans les bois derrière Millie dont la queue proclamait un bonheur délicieux, sa présence m’a emplie de joie. Le temps que je me demande ce qui m’avait fait penser à lui, la communication était coupée, me laissant un peu émue et contente de sa visite.

Quant aux chers disparus que nous avons moins bien connus parce que nous étions absorbés par nous-mêmes quand ils nous côtoyaient, ou trop jeunes pour bien les apprécier, ils ne cessent de nous expliquer ce que nous ne savions pas d’eux. Par des photos, de vieilles lettres, des témoignages d’anciens amis ou parents. Ils prennent forme, relief, couleur… vie. Et parce que nous affrontons nous aussi les choses de la vie qu’ils ont dû surmonter, nous admirons enfin leur ténacité, compatissons à leurs souffrances, et l’affection fleurit comme un champ de coquelicots.

Ah chers disparus qui en savez plus long que nous, qu’il est bon de vous avoir ! Le 2 novembre est votre fête et je vous ai fêtés : vos portraits encadrés sont sortis du tiroir, amenant le plaisir de vous évoquer. Et sur le petit meuble bizarre que j’ai peint en fiesta mexicaine, vous vous teniez côte à côte sur un tissage hopi, éclairés par des flammes abricot qui dansaient avec tendresse dans le cristal de Suède. C’était votre fête, vous étiez mes invités et j'ai célébré ce grand bonheur de vous avoir eus, et de vous avoir encore. Une action de grâces.

Publié dans Personnel

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Verdinha 15/11/2008 15:10

Bonne idée pour l'année prochaine.

Les personnes qu'on aime et qui sont partis de la terre sont seulement de l'autre coté de la porte qu'ils réussissent, de temps à autre, à franchir pour nous dire comme ils sont heureux oû ils sont !

Bisous verts d'une fille de verviétois qui vit au Portugal

Edmée De Xhavée 15/11/2008 17:48


Merci de ta visite, Verdinha! La fille d'un ami très cher - Verviétois - habite au Brésil. Née à Verviers et la voilà au Brésil! Nos gènes voyageurs doivent nous venir de ce fameux chat, non?


Louis 13/11/2008 21:55

Je me souviens d'un texte intitulé "La porte d'à côté", qui m'avait beaucoup interpellé lors du décès de ma Maman.

En voici un extrait...

Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi et tu es toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
Parle-moi comme tu l’as toujours fait.
N’emploie pas un ton différent.
Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Edmée De Xhavée 14/11/2008 12:27


C'est si juste! Tu peux trouver sur mon blog un texte appelé "au-delà, une île" (sur le côté), qui a cette approche et que j'ai écrit, justement, après la mort de ma mère!


alain 10/11/2008 18:45

"merci pour ce beau "passage" vers l'au delà.

Edmée De Xhavée 10/11/2008 23:48


Au-delà, au-dedans, autour... c'est un "endroit" difficile à décrire, hein!?


Bob 08/11/2008 10:15

Très beau texte Edmée jolie, Edmée tendresse...

Moi, je ne crois pas à l'au-délà et suis d'un rationnalisme affligeant, dur et sans concession. Mais je me pose souvent la question de savoir si à côté de la matière, de l'énergie et du temps, qui constituent les fondements de tout ce qui est, il n'existe pas un quatrième pilier: une sorte d'âme qui baignerait toute réalité avec des concentrations différentes !

Une âme très diluée dans la pierre qui borde le chemin, déjà plus forte dans la fleur qui la jouxte et tellement palpable dans l'être vivant qu'elle y provoquerait de la conscience ?

Et comme en physique, rien en se perd et rien ne se gagne...

Tout ça pour dire plus simplement que lorsqu'on porte une image, un son, une odeur, une impression en soi, on continue sans le savoir à faire "vivre" les choses.

Je porte beaucoup de choses dans ma petite tête grisonnante surmontée du nez rouge.

C'est abscon? Trop théorique? Trop intellectuel dans le sens tordu du terme ?

C'est en tous les cas ma vision du monde et, pour ne rien te cacher, il est très rare que j'en fasse part.

Edmée De Xhavée 08/11/2008 13:37


Merci donc de ta confiance! Je te rejoins sans doute un peu, pour autant que j'aie bien compris ce que tu exprimes. J'ai scandalisé la classe au cours d'une retraite religieuse en disant
paisiblement que j'étais partie de Dieu, qu'Il n'était pas "hors" de nous, que nous étions "dedans" et que c'était inutile de Le craindre, etc... Je me demande s'ils n'avaient pas commencé un
bûcher dans la cour de récré... Un peu cette idée de l'âme dont tu parles sans doute...


nath 08/11/2008 01:11

Je vois qu'on a décidément les mêmes muses et conseillers de l'au-delà...
Mes morts et ceux de mes amis se sont aussi donnés rendez-vous sur un autel mexicain rappelant les traditions celtes avec rituels et musique en direct...
Pour que les vivants se souviennent des défunts en les invitant à une fête très spéciale, la leur...

Edmée De Xhavée 08/11/2008 13:32


Je sais que tu fais ça aussi chaque année, c'est une version plus intime de la visite au cimetière, tristounette sous nos climats, que l'on accompagne toujours de gravité, pas comme dans certains
pays où justement, c'est la fête... Notre version est un heureux compromis il me semble, et oui, moi ça me fait plaisir de revoir tous ces visages et de les évoquer!