Ces petits riens qui parlent fort

Publié le par Edmée De Xhavée

Mon père a fait faire ces timbres il y a quelques années pour ceux de ses enfants et petits-enfants qui vivaient loin de lui et à qui il écrivait. C’est anodin et pourtant… que de mots affectueux s’y trouvent ! Il a choisi les photos qui lui plaisaient et qui, pensait-il, seraient un jour un heureux souvenir. Et puis il s’est réjoui de l’élément de surprise. Car ils nous sont arrivés, ces timbres, sur des lettres ou des colis (ah les tablettes de chocolat Côte d’Or que nous aimons tous, les blagues du Chat ou de Kroll, les Soir-Illustré…), comptant sur un peu d’attention de notre part, tiens quel dôle de timbre, mais… c’est moi ? C’est nous ? Ça alors !

 

Lors du coup de fil hebdomadaire on lui a dit un joyeux merci et le fait de nous avoir ainsi réjouis a mis du soleil dans sa voix et dans sa journée, heureux d’avoir eu une bonne idée. A l’âge de la pension, celui où on « met de l’ordre dans ses affaires », classe les souvenirs, assiste à tous les cours et conférences imaginables pour continuer de découvrir l’immensité du savoir humain, va à la gymnastique, aux expositions, s’occupe des comptes des « enfants » qui vivent à l’étranger etc…, il a trouvé le temps de nous faire un gentil clin d’œil. Et non, ça ne va pas de soi. Ce n’est pas bien normal. C’est de l’amour, et l’amour est un bonus aux attentions normales que les parents doivent avoir pour leurs enfants.

 

Je t’aime, Papounet joli, merci !

 

Lorsque petite fille je me suis cassé le poignet, ma mère a réagi en femme angoissée qu’elle était. Elle s’est fâchée parce que j’avais été imprudente, a crié, s’est plainte de ce que ma sottise allait lui coûter de l’argent qu’elle n’avait pas. Pas un mot pour mon poignet déjà bleu et gonflé, m’abrutissant de mal. Il faut dire qu’il y avait un os cassé et trois pliés... J’avais d’ailleurs traîné aussi longtemps que je le pouvais avant de rentrer, sachant ce qui m’attendait. Elle, elle avait mal à sa vie en permanence et s’abandonnait à son émotion majeure : la panique. Une fois épuisée par sa litanie et sa colère, elle a appelé mon oncle Jean, chirurgien, qui lui a promis de rendre sa forme à mon bras sans aucun frais, ce qui a eu le mérite de la calmer. Il ne restait alors que son souci pour moi, qu’elle n’exprima pas.

 

A mon réveil à l’hôpital elle était au chevet du lit, tendue et sans doute pleine de remords pour son incapacité à agir comme elle l’aurait dû. Et encore aujourd’hui je me souviens du soulagement que j’ai éprouvé à la voir quand j'ai émergé du sommeil ouateux où on m’avait plongée, inhabituellement patiente et empressée. Car je m’étais endormie encore agitée d’une hostile confusion après notre dispute. Jamais elle ne s’est excusée ou expliquée, et sans doute n’aurais-je pas compris. Que savent les enfants de la douloureuse difficulté d’être adultes ? Cependant, le jour où on m’a enlevé le plâtre elle m’a apporté, avec une joie timide qui voulait dire pardon ma petite Puce, un bracelet d’argent décoré d’un bas-relief égyptien, et l’a mis à mon poignet blafard mais remis à neuf. C’était un mot d’amour, un baiser qu’elle n’osait donner.

 

Je t’aime, Mammy chérie, merci !

 

Thanksgiving se fête le dernier jeudi du mois, et est l’occasion de « compter nos bienfaits » : Count your blessings, Name them one by one, See what God hath done dit un chant composé par un pasteur du New Jersey en 1856, le révérend Johnson Oatman Junior. Alors … un, deux, trois !

Mes parents n’ont pas tourné le dos à leurs responsabilités et m’ont, chacun à sa façon, montré comment sourire aux beautés du monde ;

mes amis et amies  ont pris la route avec moi les bons et mauvais jours, et sont toujours intéressé(e)s au voyage ;

j’ai, depuis toute petite, l’affection sans prix d’animaux au cœurs simples mais clairvoyants ;

j’ai aussi la chance d’avoir vécu dans une époque bercée par la voix de Charles Trénet, illuminée par le reflet de ces femmes pâles aux gestes médiévaux des tableaux de Delvaux ;

j’apprécie le bonheur de faire partie de cette petite nation querelleuse qui a vu naître Jacques Brel, Toets Tielemans, Jean Ray, et tant, mais tant d’autres Belges illustres ;

mon mari, Marc, est un homme bon et calme, d’une générosité d’âme qui le rend irremplaçable…

 

Que de bienfaits à célébrer… Célébrez les vôtres, et je vous souhaite que la liste soit longue!

Publié dans Personnel

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martine 07/12/2008 18:52

Continue d'écrire, Edmée, surtout, continue.
m.

Edmée De Xhavée 07/12/2008 22:12


J'y compte bien, merci Martine!!!!


Un petit Belge 02/12/2008 13:11

Ton mystérieux nouvel intervenant n'est autre que le sympathique Alain qui laisse souvent des commentaires sur mon blog (je suppose que c'est ainsi qu'il est venu sur le tien) et qui a plusieurs blogs (autrefois Belge250, aujourd'hui Electron Libre et L'amitié). Et il vient de la province de Liège...

Edmée De Xhavée 02/12/2008 23:40


Mais oui, j'ai eu un vague souvenir, et sur ton blog j'ai trouvé, sous son nom, l'adresse du blog universel, où j'ai laissé un message! Ah, ces gens de Liééége, quand même, tous des gentils!


universel 01/12/2008 22:01

Je suis très étonné par ton blog, il est incroyable, j'y reveindrais avec plaisir lire un peu, me détendre.
Beaucoups de personnes dont je fais partie ne savent pas s'exprimer par écrit, oralement ont à la gestuelle, ont peut suivre si l'on est bien compris ou non.
Et puis surtout on fait pas de fautes, avec la parole je suis assez aisé, mais Dieu m'est témoin l'écriture, le pouvoir des mots est quelque chose d'autre, elle transporte le lecteur dans des mondes que l'on n'imaginerais même pas.
C'est tout un art que tu maîtrise, je te félicite et te souhaite de tout coeur une bonne continuation.
Amitié, Alain.
ps. perso, j'aime mieux celui-çi de blog, et toi ?

Edmée De Xhavée 01/12/2008 23:51



??? Qui es-tu donc, en plus d'être un agréable inconnu? Et puis, tu aimes-mieux ce blog-ci, mais en comparaison au quel, ou à quoi? Merci pour ton avis en tout cas!


Perplexe Edmée



Bob 30/11/2008 13:14

Tes textes sont beaux, émouvants et font du bien ! Je serais incapable d'écrire des choses aussi douces et tendres. Mon stylo se bloquerait sur la page ou plutôt, mes doigts resteraient suspendus au desssu du clavier.

See what god (toujours avec un petit g) hath done ? Je suppose qu'il ya une faute de frappe.

Bises

Edmée De Xhavée 30/11/2008 14:04



Meuh non, il mérite bien une majuscule, et en plus, c'est plus élégant! Personnellement d'ailleurs, qu'on l'appelle Dieu, Allah, le Créateur ou autrement ne change rien. J'aime bien le Créateur,
mais le révérend du New Jersey aimait le mot God, alors, c'est sa chanson, et le message est bon quand même!


Quant à ton âme di flibustier qui ne se remettrait pas d'écrire des choses gentilles... j'en doute!



René 29/11/2008 08:58

Le petit poète déambule parmi les manifestations essentielles de chacun (e)… il s’enquiert de toute lumière…et vous convie au partage des émotions…Amicalement.

Edmée De Xhavée 29/11/2008 14:12


Merci petit poète, pour votre visite!