Première en lecture

Publié le par Edmée De Xhavée

Dès que j’ai su lire, on ne m’a plus arrêtée. Les petits livres d’or ont vite été remplacés, faute de textes assez longs pour ma passion précoce, par des livres « sans images ». Le premier fut Mickey et Minnie, de Magdeleine du Genestoux, que ma tante Didi m’avait offert. C’était une première édition, un joli petit livre de la bibliothèque rose, avec 23 images sur 247 pages ! Malgré la peur que j’éprouvais en lisant ces aventures assez sinistres pour la plupart, je ne pouvais m’arrêter et, de cauchemar en cauchemar, je suis arrivée au bout : le mariage de Mickey et Minnie !

Les contes d’Andersen et Le sphinx des glaces de Jules Vernes, premières versions somptueuses en cuir, reliques des enfances de mon grand-père maternel et de ma tante Françoise, furent dévorés avec autant d’émotion et de nuits blanches. Et, insatiable comme une nuée de sauterelles, je me suis ensuite attaquée à la bibliothèque de mes parents. J’ai abandonné beaucoup de ces lectures un peu indigestes pour mon jeune âge : Pierre Loti, Eric Maria Remarque, Anatole France, tous ces beaux livres étaient parfois dédicacés (Pierre Loti, dont mon grand-père partageait l’amour de l’Afrique du nord, et Roland d’Orgelès : « À A.L*** parce que nous avons porté nos croix de bois ensemble »), et presque toujours reliés d’un beau cuir blond un peu griffé, dorés sur tranche et portant au dos le titre, l’auteur et le nom de mon grand-père en lettres d’or. Parfois, entre les pages jaunies, un trèfle à quatre feuilles trouvé par ma grand-mère, la jolie Suzanne qui a laissé le souvenir de ses chansons pleines de gaieté dans la mémoire de mon père.

Ma mère n’avait remarqué ni ma précocité ni mes choix de lecture, et se contentait de marmonner un oui distrait quand je demandais si je pouvais prendre un certain livre. J’ai donc été assez déconcertée par la lecture des romans de la table ronde, et notamment les aventures de Merlin l’enchanteur, car ça n’avait vraiment rien de commun avec la version que Sœur Eve-Marie nous lisait en classe. Et ma mère a eu un petit sursaut de stupeur quand je le lui ai signalé : dans le livre sans images (heureusement, sans doute…) que je lisais, une servante avait envie de s’asseoir toute nue sur les genoux de Merlin… Pourquoi donc ? En voilà une idée ! J’avais déjà du mal à me déshabiller pour notre bon docteur de famille ! Et pourquoi, tant qu’on y était, la reine demandait-elle à ses damoiseaux de se laver le visage avec de l’urine pour freiner leur pilosité naissante, leur permettant ainsi de passer pour des damoiselles ?

Mais au fond, ma perplexité et mon ignorance ont rassuré ma mère : je n’y comprenais rien ! Elle me demanda donc juste de ne pas dire à l’école que je lisais des livres pour grandes personnes, et jucha tous les livres du genre sur les plus hautes étagères. La garçonne de Victor Marguerite, Mariages de Charles Plisnier, Les chansons de Bilitis de Pierre Louys et le Decameron de Bocaccio – ces deux derniers illustrés ! – ont donc fait un saut en hauteur.

J’ai lu tout ce qui était à ma portée, ne gardant hélàs que de vagues impressions de tous ces grands textes qui étaient trop grands pour ma toute jeune maturité. Mais je n’ai jamais oublié Les dieux rouges de Jean d’Esme, Antinea de Pierre Benoit, Salammbô de Gustave Flaubert (« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar… »), Le chapelier et son château de Cronin ou encore Agathe, ou la femme aime à être battue (exemplaire dédicacé) de Maurice Fronville, auquel je n’ai rien compris mais dont le titre m’intriguait. Y-avait-il vraiment des femmes qui aimaient ça, et pourquoi donc? Nous avions aussi des livres de Carlo Bronne, un parent de mon père, ou d’auteurs locaux, comme Les cendres chaudes de Marthe De Moll, une poétesse verviétoise, que je possède : un bien joli livre, le numéro 24 d’une édition de 47 exemplaires imprimés sur papier Featherweight plus 3 exemplaires sur papier Art hors commerce. Ou un livre de contes pour enfants d’une dame nommée Jacquie Wallère, de Verviers elle aussi, dont j’avais surtout aimé la légende de Boutons d’Or, une petite fille qui utilisait des renoncules pour attacher sa robe.

Ah oui, la lecture, quelle extase merveilleuse …

Publié dans Personnel

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Universel 04/01/2009 13:45

Edmée tu te souviens de tout les noms ?
Tu en as de la chance, car malgré que ma mémoire fonctionne encore relativement bien, moi je n'y arrive pas.
J'ai lu la plupart des livres dont tu parle, sauf "le sphinx des glaces" de Jules Vernes.
Il m'intrigue, je vais essayer de le retrouver pour le lire.
Plus jeune, je les dévorais littéralement, maintenant je prend plus de temps, par manque de temps justement.
La lecture permet d'ouvrir son esprit, son imagination, dommage que les jeunes d'aujourd'hui on perdu un peu de ce goùt.
Je te souhaite un excellent dimanche, amitié.

Edmée De Xhavée 04/01/2009 14:37


Je me souvenais en fait surtout des titres des livres, parfois seulement de l'auteur, comme pour Les dieux rouges et Agathe ou la femme aime à être battue! Je ne me souviens pas toujours non plus
de toute la trame, juste de passages, ou d'atmosphères, comme une main coupée jetée par dessus un mur dans Les dieux rouges, un personnage odieux qui rappelait un des mes oncles dans Le chapelier
et son château, etc...

Amitiés!!!


belgeetfierdeletre 04/01/2009 11:49

Bonjour,
Je n'ai pas trouvé d'autre moyen de te (j'essaye,aïe aïe) parler.J'ai vu que tu étais une fidèle lectrice du blog du petit belge,avec de nombreux commentaires.J'aimerais juste connaître un peu la "biographie" de ton attachement à la Belgique.
Amitiés.

Cathy 04/01/2009 10:46

Si nous sommes tous ici réunis sur ton blog, c'est parce que nous aimons tous les belles lectures et que tu nous en offres à chaque fois. Continue de nous éblouir, chère Edmée.
Et bonne année à toi, avec, cette fois-ci c'est sûr, la sortie de ton premier roman que nous attendons tous avec une impatience grandissante !

Edmée De Xhavée 04/01/2009 14:31


Merci merci, chère auteure qui m'a précédée et à qui je me suis adressée, humblement, il y a plus d'un an maintenant! Et nous voilà amies, n'est ce pas un beau cadeau de la vie????


Micheline et Louis 04/01/2009 08:11

Comme toujours de ta part, un texte parfait, coulant de source et laissant entrevoir la poésie des belles phrases...

Avec de tels exemples, cela pourrait-il en être autrement ?

Bonne année 2009 !

Edmée De Xhavée 04/01/2009 14:30


Merci de votre visite, et oui, c'est vrai qu'avec de tels maîtres, on ne peut que bien démarrer (en toute modestie....)

Bonne année aussi!


alain 03/01/2009 19:13

Ah!Les contes d'Andersen,comme il était lourd ce bouquin qui ressemblait à un énorme dictionnaire et que l'on refermait le soir en se cachant sous les couvertures tant certaines histoires vous avaient fait peur.

Edmée De Xhavée 03/01/2009 20:37


Oui, c'était bien ce gros machin splendide et lourd, j'avais une frousse bleue des molosses avec leurs énormes yeux, et l'histoire de la fée des glaces....