Heusy - Verviers - 1

Publié le par Edmée De Xhavée

Verviers, un nom qui m’est aussi familier que le mien…

J’y suis née, j’y ai grandi, en suis partie presque en claquant la porte, y reviens aussi souvent que possible ces dernières années avec religiosité, émerveillée de tout ce que je n’y ai pas vu dans mon insouciance d’adolescente : les maisons familiales – qui ne le sont plus sauf dans l’histoire de notre petite tribu et dont jadis nous faisions encore le tour : la maison de Bobonne (devenue un restaurant), devant laquelle ma mère aimait passer et se souvenir de combien elle avait aimé, petite fille, se laisser rouler le long de la pelouse en pente pour s'écraser contre la haie du bas, celle des grands-parents paternels (rasée pour construire un hôtel), celle des grands-parents maternels (devenue une clinique après les agrandissements nécessaires), celle de tante Jeanne à Spa (devenue un restaurant), celle d’un arrière grand-père maternel (devenue une école), et toutes les autres où j’ai passé des Noëls, joué à des anniversaires, rendu des visites un peu ennuyeuses pour mon jeune âge ; la Vesdre, vaisseau de la fierté des habitants aujourd’hui en guerre contre un promoteur qui voudrait la recouvrir de ciment, parkings et magasins ; les rues qui montent de chaque côté de cette rivière qui apporta sa renommée à la ville ; les trouées de campagne à ses orées
, avec les haies de néfliers, noisetiers et aubépines, les prairies, les vaches, hérissons, les renards et ces odeurs terreuses qui font monter le bonheur à l’âme et irradient le visage.

Le passé de Verviers est intimement lié à celui de ma famille et de tant de familles verviétoises : des fabriques et filatures familiales il ne reste que des photos, ruines, images d’un autre temps. Des rues, des monuments des fontaines, des places portent des noms locaux, familiers, amenant le passé dans le décor du présent.

Heusy, c’est là que j’habitais, dans une belle avenue ombragée de tilleuls imperturbables qui déposaient leurs ailettes dans la gouttière.

La vie y avait gardé un cachet et rythme villageois que l’on préservait jalousement, avec de petits magasins alimentaires, mesdames Cornet et Bove, ainsi que madame Sparco -, une droguerie – la très souriante madame Berwette, que je comparais à l’actrice Sophie Desmarets. Madame Dumond vendait les journaux et cartes postales ainsi que des cartes avec des amoureux dans un cœur de fleurs, et ma mère l'avait réprimandée pour avoir vendu un roman-photos western à mon frère : c’est là qu’il a découvert le mot crapule !

Le boucher dont j’ai oublié le nom et que nous délaissions pour celui de Verviers, qui avait un nom trop surprenant pour qu’on ne l’oublie jamais: Romain Rome. Les deux boulangeries – chez Majérus et chez Hansenne, cette dernière ayant mérité un très bel article dans le numéro 100 de la revue Temps Jadis  
– l’église Saint-Hubert et l’école Sainte-Marie, auréolée de la légende du fantôme de la sœur à la jambe de bois que ma grand-mère avait entendue marcher, tout comme elle avait senti le parfum de roses qui accompagnait son toc-toc-toc d’outre-tombe. La pharmacie des demoiselles Sternotte, avec ses rangées de pots de verre bleu ou ambré emplis de mystère. J’y achetais des hosties pour jouer à la messe. Par mon entremise, mes poupées communiaient beaucoup et se méritaient le paradis. Je m’intéressais peu aux poupées, mais j’adorais les hosties.

Le plombier monsieur Briscot, le fleuriste monsieur Coumont, le beau monsieur Kaiser l’électricien, dont le fils avait une banane brillantinée et noire que nous admirions. Il chantait aussi des airs d’opéra, et ça… ça nous laissait vraiment pantois ! Le coiffeur pour hommes, Monsieur Vanderlinden, se trouvait un peu plus haut dans la rue, et c’est là que grimpant sur le gros fauteuil de cuir qui tournait sur lui-même, mon frère et moi avons eu nos premières coupes GI - nuques tondues - pendant que le coiffeur discutait avec les clients qui attendaient leur tour. Ah, le mordillement de la tondeuse argentée dans mon cou, je le sens encore… L’élégant monsieur Lempereur qui habitait plus haut, avec son allure tout à fait impériale, son visage souriant mis entre parenthèses par ses splendides moustaches blanches, la canne dont il se servait avec tant de grâce et d’allant qu’elle semblait une coquetterie… Le café Chez Pol, l’âme du village…

On nous livrait à domicile le petit bois pour le feu, le charbon, l’eau gazeuse et la bière, le lait, le beurre. Le rémouleur passait pour aiguiser les couteaux. Un homme criait un long et modulé cliiiiiquottes ! cliiiiquottes pour récolter les vieux vêtements. Il y avait encore des fermes (Alfred et Hubert) et des prairies, et nous allions acheter du lait battu chez Alfred.

Et puis ce luxe : la campagne tout autour. La campagne et ses parfums, sa vie petite et grande.


A suivre ....

Publié dans Verviers

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nadine 15/03/2011 10:30


Bonjour,
Je ne vous connais pas,mais j'ai découvert votre site un peu par hasard en cherchant une information sur internet.
Comme vous détailler bien notre enfance dans ce petit village de Heusy, c'est bien vrai que c'était gai de se rendre chez Mme Berwette et sa fille Louise qui vous servait avec tout sourire et le
plaisir était de savoir que quand on désirait quelque chose c'était bien rare d'en ressortir sans qu'elle le possède cela allait de la peinture en passant par des tapis pour la table aux platines à
pâtisserie et casseroles des bonbons pour les enfants en plus de tout ce que l'on peut trouver dans une droguerie de village.
Moi aussi j'ai connu tous ces petits commerces de Heusy.
Que j'aimais bien d'aller à la boulangerie Magerus que préparait spécialement pour moi de la crème Moka et que j'en raffolait.
J'ai en effet habité Rue du Naimeux et après nous avons déménagé avenue de Ningloheid donc toujours à Heusy
On a peut-être fait notre enfance en même temps dans ce beau village dont j'en ai encore la nostalgie, mais qui a bien changé j'y retourne encore très régulièrement mais suis quand même toujours à
la campagne aujourd'hui.


Edmée De Xhavée 15/03/2011 14:29



Que votre mot me fait plaisir! C'est pour les Heusytois que j'ai sauvé ces souvenirs, et je suis donc ravie que vous les ayez découverts et resavourés. Louise Berwette mais oui, avec ce visage
tout doux! Oui, on trouvait tout chez Madame Berwette, y-compris son sourire et sa gentillesse, et les odeurs de savon, de caoutchouc des bottes ...


Le vaution de chez Majerus, ou leurs glaces!


Oui, nous avons dû être parfois dans la même rue ou boutique ... Merci beaucoup pour votre mot!



Sophie Kaiser 19/09/2010 17:58


Que d'émotions en parcourant vos tranches de vie !!! Le fils de Monsieur Kaiser l'électricien, c'est mon Beau-père, Sylvain ...L'opéra, de fait, était sa passion. Il en a d'ailleurs fait son métier
puisqu'il fut régisseur à l'ORW ! C'est avec bonheur et amusement que j'ai dévoré vos articles, merci !


Edmée De Xhavée 19/09/2010 20:51



Splendide! C'est ce que je voulais, faire vibrer d'anciens heusytois avec mes souvenirs, et vous avez la gentillesse de me dire "mission accomplie"... C'est très gentil! Remettez donc mon
meilleur souvenir à Sylvain!!!



Universel 30/01/2009 00:31

Bonjour Edmée (c'est le cas de le dire hein, vu l'heure).
Ca ma fait plaisir ta visite, pour le "coùt" de la vie, ben je crois que c'est pour tout le monde hein, bien que nous soyons un peu "privilègiés" chez nous, on seras quand même augmenter, mais de combien ???
Suis content que tu aille une mémoire d'éléphant (e), car comme ça tu peut nous refaire découvrir les senteurs d'autrefois et ça c'est vraiment chouette tu sais.
Passe une bonne journée, bisous.

Edmée De Xhavée 30/01/2009 12:44


Ben, pour les augmentations... ça ne fait certes pas mon bonheur, mais au fond, ça permet d'éviter les licenciements (on n'a licencié personne, et nous sommes près de 20.000!), et c'est sans doute
plus "juste" comme ça! Même notre big boss a eu sa feuille de paye diminuée de 47% sur l'année! (Bon, ça doit lui laisser plus qu'assez, je ne m'en fais pas pour lui ...). Mais ils ont une bonne
mentalité, dans cette boîte, et au moins on n'entend pas parler de bonus injustifiés!

Merci pour la mémoire d'éléphante! :)


Bob 29/01/2009 13:00

Bon sang, mais c'est bien sur... moi aussi j'ai eu un costume en velours côtelé, vachement à l' avant-garde... mais je n'arrive plus à en voir la couleur ?

Edmée De Xhavée 29/01/2009 23:50


Le sien était noir, je pense que c'était la "couleur" beatles!


Bob 29/01/2009 09:02

Oui, les couteaux des siciliens et les lames de rasoir dans le col des blousons... on en parlait entre nous. mai j'en ai jamais vus.

Nous on était des 'Halbstarken' ( des demi-durs ) et on avait quelque vedettes allemandes dans le style James Dean ou Marlo brando, avec de superbes bananes et un orchestre de fanfare de village.

Mes copains d'alors ne cessaient de me poser des questions car je me vantais d'avoir vu une fille à poil. C'était tout à fait vrai, mais c'était ma petite soeurette que j'aime et que j'adore... et que tu connais.

Au fond, on était des enfants de choeur, comparés aux voyoux qui circulent aujourd'hui à Bruxelles.

Edmée De Xhavée 29/01/2009 12:35


Tout à fait vrai pour les halbstarken! Ma mère était horrifiée de mon nid de poule à la Sheila et mon affreux médaillon twist, et du fait que mon petit ami - très innocent - avait une "coupe
beatles" et une veste de velours noir sans col. Et des boots! Mais je n'étais pas certaine qu'on ne "tombait pas enceinte" en embrassant, aussi j'étais plutôt prudente ... :) Maintenant, ils
en savent plus qu'on n'en a jamais appris, je suppose!