Heusy - Verviers ... fin!

Publié le par Edmée De Xhavée

Mais nous, si nous devions « descendre en ville », nous allions à pied, abrégeant le trajet par les escaliers : l’escalier de la paix dont la sereine déesse au sein dénudé et couvert d’une belle patine grise bénissait la vallée de son rameau, et puis ceux de la rue de Rome, ou encore ceux de la Chic-Chac.

On arrivait alors dans la cohue bien propre aux villes, avec du trafic, des trams, des voitures, des passants, et tant de magasins. Le Sarma qui avait un petit escalator étroit et lent mais qui paraissait futuriste en ces temps-là. À la devanture du Sarma une dame nous intéressait beaucoup, mon frère et moi : elle tapait avec force un poulet plumé sur le comptoir en braillant : allons messieurs mesdames, il n’en reste plus que pour quelques clients ! et bam ! le pauvre poulet prenait un coup de plus… L’Innovation, le Grand Bazar - où on rencontrait Saint-Nicolas et ses anges -, peut-être le Priba. La pâtisserie Delcour, le disquaire « Au roi du disque », les chaussures Verlaine… 

La place verte était bien verte, avec un ravissant kiosque à musique, des pelouses et des fleurs pimpantes. Une aubette à journaux, une fontaine. Et c’est sur la place du martyr juste à côté que se tenait la fête à Verviers chaque année, que nous attendions avec une impatience languissante pour les laquemants Wyma dont on n’était jamais repus. Et toutes les salles de cinéma, avant la ruine complète de la ville et les années noires : le Parc, le Sélect, le Pathé, le Coliséum, le Galerie, Le Louvre, le Marivaux. Ma mère adorait le cinéma, mais ne se souciait pas des horaires. On partait quand on était prêts, et arrivait immanquablement au milieu du film dont on regardait le début après. Ça ne nous a jamais dérangés.

Il y avait aussi encore le manège où ma mère, avant d’avoir un cheval à elle, faisait un peu d’équitation pendant que je remuais le nez pour savourer les effluves piquantes de cheval et de sciure de la piste. Le cours de danse où elle me déposait avec tutu et chaussons pendant qu’elle allait à l’institut de beauté juste à côté et d’où elle revenait … laide, lui disions-nous. Cette grosse bouche rouge en cœur, ce n’était pas notre mammy !

Plus tard, quand on a compris que les latines aux Saints-Anges me donnaient mauvais caractère – il était plus facile d’accuser les latines que mes charitables et chères sœurs aux cœurs et lèvres serrés -, on m’a inscrite à Sainte-Claire, en pleine ville. Là, après une courte période pendant laquelle les autres recrues de Heusy et moi-même avons subi avec patience et consternation les quolibets de grandes péteuses de Heusy, j’ai enfin aimé l’école ... et même les religieuses ! Elles y étaient gentilles, et on pouvait rire en cour de récréation. Un peu aussi pendant les cours. Les repas au réfectoire étaient infâmes, mais pris dans la bonne humeur et une constatation unanime : c’était infect ! Je leur dois de ne plus avoir su manger de poisson pendant au moins 25 ans !

J’ai eu des amies, et pour la première fois des professeurs masculins, dont monsieur Dechamps qui avait épousé la sœur aînée d’une de mes compagnes de classe. Toute la classe soupirait « comme elle a de la chaaaance ! » car il était le seul homme, à part ceux de nos familles ou le docteur, que nous approchions, et ça créait un émoi un peu imbécile mais dont je chéris l’innocent souvenir. Il nous donnait cours de néerlandais et de mathématiques, et l’amour faisant bel et bien des miracles, j’étais première en néerlandais et savais résoudre des problèmes insupportables avec des trains qui partaient de deux points opposés et pas à la même heure, ne roulaient pas à la même vitesse mais devaient se rencontrer …à quelle heure exactement ? Ah! les fous-rires au cours de couture en prenant les mensurations des amies, donc les « tours de poitrine », à 13 ans, variaient beaucoup entre l’extra-plat et le déjà tout ça ? Les imitations peu charitables de l’accent prononcé de notre professeur de cuisine, une vieille fille un peu boulotte que nous accompagnions en chœur lors de ses dictées de recettes : du thym, du lauuurieeeer, de la mèrjolaiiiiiine ! Mon amie Bernadette et moi dessinions avec entrain de très improbables histoires romantiques dont nous étions les ravissantes héroïnes dans nos cahiers de brouillon, et nous avons eu un examen de passage en géométrie qui nous a donné encore plus de fous-rires : avec une belle inconscience nous nous regardions hilares en disant « on ira travailler à la chocolaterie Jacques ! ».

J’ai alors connu les timides sorties entre adolescentes chez le glacier de la place du Martyr : Di Palma rebaptisé Di Pa’. L’abandon de mes petites chaussettes au profit des bas « Du Parc ». Mon premier achat de rimmel au Sarma, le moins cher naturellement, dont j’avais naïvement demandé à la vendeuse si c’était bon. « Je n’emploie que ça » m’avait-elle répondu, battant coquettement de ses cils collants et granuleux. Je n’avais pas osé afficher ce que j’en pensais, et m’étais sentie obligée de m’offrir la même masse de grumeaux noirs.

J’ai sans doute trop ri à cette école, débordée de joie à la découverte que tout compte fait je n’avais pas de sabots, cornes ni relents de soufre, et mes parents m’ont inscrite dans une école à Bruxelles pour me faire reprendre mon sérieux et sauver mon avenir.

Mes années verviétoises se terminaient. Il est bien resté les week-ends, quelques promenades avec ma mère et notre chien Bari dans les bois de Séroule, les soirées, les dancings, le don Quichotte et le Moulin, mais je sortais surtout à Spa ou Liège, et de plus en plus, Verviers s’est estompée dans mon passé, derrière une page que je croyais tournée, dans un livre que je ne pensais pas avoir envie de relire un jour…

Publié dans Verviers

Commenter cet article

cheera/marie 14/03/2009 17:53

ce serais un plaisir pour moi de vous acceuillir lors de votre prochain passage à verviers. Bizz Marie

Edmée De Xhavée 14/03/2009 18:59


C'est gentil, mais je risque même de revenir habiter la région d'ici deux ans! Quand je rentre, c'est toujours en vitesse - on n'a pas beaucoup de congés aux USA, et il faut voir tant de
monde! Merci, on se verra sans doute un jour ou l'autre!!! Andrimont, j'y allais avec ma mère chez Pauly-Andrianne pour acheter la paille et ce qu'il nous fallait pour le cheval! Bizzzz

NB: j'essaye de rentrer dans ton blog, mais je n'ai que le titre, après rien. Remarque... c'est joli, hein, mais ....


cheera/marie 14/03/2009 06:55

bjr, j'habite à Andrimont, et j'ai donc lu tous vos articles sur Verviers et Heusy, malheureusement les deux villes ont bien changé, mais vous avez une prose bien agréable et j'aurais voulu connaitre Verviers à cette époque là. Mon ex mari habitait Henri-Chapelle et j'ai donc connu cette partie du pays que j'avais 18 ans, eh oui à cette époque Verviers était encore une belle ville et Heusy était , excuser moi l'expression "le quartier des riches, des gens biens" dommage que des quartiers comme celui de Spintay sont devenus des quartiers ou les magasins sont presque inexsistant car avant j'aimais y faire un tour avec mes enfants, tandis que maintenant j'aurais peur de m'y promener, alors votre lecture c'est un plaisir de pour revivre le Verviers d'antan.Merci. Bonne journée Marie

Edmée De Xhavée 14/03/2009 12:33


Merci Marie, de votre visite! Oui, je reviens à Verviers bien souvent, et c'est vrai que ça a changé! Je n'aime pas du tout les magasins de la Place verte, qui sont plutôt des petits bazars
minables, et même si j'aime la fontaine secrète, je regrette le kiosque à musique d'antan, c'était une vraie place verte. Par contre je trouve le petit canal près du C&A bien charmant! C'est
triste aussi que des imbéciles malheureux aient trouvé bon de marquer leur stupide passage sur terre en coupant les cornes des beaux cerfs de bronze du parc de l'Harmonie. Il faut croire que
l'harmonie est un mot trop grand pour leur petits cerveaux...

J'aimais bien aussi aller "en Spintay", il y avait plein de magasins, c'est vrai!

Bonne journée!!!


Universel 27/02/2009 21:13

Bonsoir Edmée et merci pour le renseignement.
Au fait c'est toi sur la photo ???
Tu n'a pas à t'excuser pour ta soeur tu sais, j'étais au courant et quoi de plus normal que de consacrer le peu de temps que tu avais avec elle.
Passe une bonne soirée, bisous.

Edmée De Xhavée 27/02/2009 23:30


Je dirais plutôt que C'ETAIT moi! Quelques années de moins, quelques centimètres de moins aux jupes, et je m'arrêterai ici avec les moins et les plus (surtout les plus ) pour ne pas avoir un bilan trop catastrophique.... Bisous


Universel 20/02/2009 20:45

Bonsoir Edmée, comme je vois tu as une p'tite ménagerie chez toi aussi.
Qui aime les animaux, aime les gens, je sais plus qui ma dit ça, mais dans le fond il à peut être pas tort hein.
Bonne soirée, bisous.

Edmée De Xhavée 21/02/2009 00:06


Mais oui, ma mère disait toujours "qui aime les bêtes aime les gens". Bien vrai!


Universel 14/02/2009 13:48

Bonjour Edmée, je passais te souhaiter une bonne fête de St. Valentin pour vous deux.
Tu continueras la suite de tes souvenirs quand même hein ?
Le "grand bazar", t'en avais un aussi à Verviers ?
Magique ce magasin, j'ai des souvenirs extraordinaire de la St. Nicolas avec son décors grandiose et le grand Saint qui nous attendait tous avec gentillesse (malgré que l'on avait les fesses serrées si fort, que l'on attrapait des crampes dans le postérieur lol).
Passe une bonne journée Edmée et gros bisous.

Edmée De Xhavée 14/02/2009 16:59


C'est vrai que c'était une grande émotion, hein, Saint-Nicolas et ses anges! Le décor était fastueux, et impressionnant...  Bisous