Ces heures inoubliables dans le noir

Publié le par Edmée De Xhavée

Le mercredi après-midi, ma mère nous emmenait au cinéma.

Une affichette à la fenêtre d’une maison plus haut reprenait les programmes de la ville. Il y avait Pour tous, Enfants admis, Enfants non admis, À proscrire. À proscrire, ma mère s’en fichait tout à fait car il s’agissait d’une classification du clergé, et nous étions des proscrits de toute façon, aussi oui, nous en avons vu aussi. Peut-être un western avec un curé qui se faisait scalper, je ne sais plus…Ou un curé qui buvait au saloon, plus vraisemblablement. Nous avons dû voir tous les westerns et films de guerre de notre époque.

Ma mère était disciplinée et méthodique pour certaines choses, comme l’heure des repas, le fait qu’on n’ouvrait pas la porte ni ne répondait au téléphone pendant cette heure sacrée, etc. Mais elle s’abandonnait volontiers à une tranquille anarchie pour d’autres choses. C’est ainsi que le départ pour le cinéma était un moment flottant dans le temps. On partait quand elle était prête. On l’aidait à la vaisselle, elle mettait son rouge à lèvres, son manteau, nous aidait à enfiler les nôtres, et on s’en allait à pieds, sans hâte. Pour tout dire, on se hâtait lâchement si on entendait un « you-hou !» enjoué de la tante Ger ou de la tante Dédelle car ma mère avait alors le don d’avoir deux voix : elle nous marmonnait entre les dents ah non, pas cette vieille folle maintenant, on n’a pas le temps et répondait clairement d’un ton pressé je n’ai pas le temps, tante Ger – ou Dédelle – nous allons chez le docteur ! Et là, c’est vrai que notre pas devenait un petit trot de fuite, renforçant l’impression qu’en effet, nous étions pressés. Une fois hors de vue cependant, on reprenait haleine et contenance, et nous continuions notre chemin d’une allure décidée certes, mais plus celle du lapin blanc d’Alice.

Nous quittions les hauteurs de notre quartier et allions « en ville », cette ville dont les contours suivaient ceux de la Vesdre. Une marche d’une demi-heure à peine. D’ailleurs, suivant le temps – celui du ciel et non pas de l’horloge - , on raccourcissait le trajet par les escaliers, ou on décidait de suivre les zig-zags de l’itinéraire, car nous aimions marcher.

Une fois dans le centre, nous allions place verte au Sarma pour acheter un petit ballotin de pralines Marignan qui, disait ma mère, était meilleures que ces crasses de choco-glacés, et bien moins chères. Là, l’excitation commençait à nous gagner. On approchait de la salle de cinéma, et pendant que ma mère achetait les billets, nous regardions les photos du film pour nous mettre en appétit – comme si nous avions besoin d’apéritif ! Nous aimions tant le cinéma que nous avons revu plusieurs fois les mêmes films ! Il nous est arrivé de choisir un spectacle en fonction du complément de choix que nous voulions tous revoir… Comme je l’ai dit, l’heure de notre départ de la maison n’avait rien à voir avec le début de la séance, aussi nous arrivions toujours en plein pendant le complément de choix, qui ne nous avait pas attendus pour commencer, et c’est dans un noir qui sentait la moquette et le revêtement des strapontins que nous suivions l’ouvreuse silencieuse et sa lampe de poche, et que nous forcions à se lever une demi-rangée de bons élèves arrivés à temps. Car ma mère avait deux exigences : pas le nez sur l’écran, et pas sur le côté. Nous nous excusions et une fois assis, ne bougions plus d’un millimètre, immédiatement captivés par l’écran, la bouche béante d’attention. On voyait le dernier tiers ou la seconde moitié du film, ce qui nous révélait tous les mystères de l’histoire : qui mourait, qui était le traître, qui épousait qui. 

À l’entracte, on se réjouissait de voir le début, puisque la fin était si belle ! Des gens se levaient pour aller fumer une cigarette ou boire une bière au bar, tandis que des airs de Count Basie ou Benny Goodman descendaient des haut-parleurs, se répandant, invisibles, sur les rideaux de velours sombres et les angelots et guirlandes en ronde-bosse ornant les balcons.

À suivre ...

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J'ajoute, même si je change de sujet, que mes romanichels continuent leur avancée. Je suppose que la musique tsigane y est pour quelque chose. Mimi du Sud l'a acheté et lu, et en parle avec éloquence - et l'accent du midi en prime - sur son blog, dans la section poésie. Je vous conseille son blog de toute façon car Mimi a plus d'une corde à son arc et a toute une série de recettes de cocktails qu'elle vous livre ... en rimes! Merci mille fois, Mimi!

Et puis notre Journal de Verviers, j'ai nommé Le Jour, m'a fait la faveur d'un article d'Albert Moxhet himself, que vous pouvez apprécier ici. Une critique d'Albert Moxhet, ça s'encadre dans de l'argent, et on prend les poussières! Merci Albert ! Et puis il y a notre célébrissime website favori, www.bestofverviers.be qui, lui aussi, m'a réservé un air de fanfare, sous la rubrique livres (sur la colonne de gauche). Un long et grand article... Merci Webmaster de notre web site préféré!

Publié dans Verviers

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Louisette 15/05/2009 20:35

Juste pour vous saluer amicalement de Belgique , beaucoupp à lire, histoire sur votre blog et nombreux souvenirs.

Edmée De Xhavée 24/05/2009 23:09


Ciel, Louisette, un personnage dans mon prochain roman porte votre nom, mais hélàs... elle n'est vraiment pas agréable, cette Louisette-là!  Merci de votre visite, et ne m'en veuillez pas!!!!


Mimi du Sud 27/03/2009 06:57

Bonjour Edmée,et bien voila mon courrier
est partit hier apres-midi,j'espère que tu
l'auras aussi vite que le mien.
Je te souhaite une bonne et agréable journée
ma belle,toujours sous le soleil de mon Midi.
Bisous à toi,Mimi.

Edmée De Xhavée 28/03/2009 21:03


Merci merci, je me réjouis! Soleil ici aussi... mais un peu froid encore!


Universel 27/03/2009 00:07

Merci de ta visite Edmée, oui moi aussi suis content lol.
Après la radio des poumons dont j'aurais les résultats fin de la semaine prochaine, la vie reprendras ces droits ah ah.
Bon wee-kend Edmée, bisous.

Edmée De Xhavée 27/03/2009 11:48


Que tout se passe bien alors! Y a pas à dire, mais quand on ricanait en coin quand les "vieux" nous resassaient "tant qu'on a la santé"... on se doutait bien peu qu'on leur donnerait raison!
Bisous


Universel 25/03/2009 13:30

Juste pour le plaisir de te saluer, passe une bonne journée, bisous.

Edmée De Xhavée 25/03/2009 23:14


Mais que c'est gentil, ça! Bisous aussi...


Mimi du Sud 25/03/2009 08:41

Le cinéma, c'était une sortie en famille
avec mes parents,mes deux soeurs,et ma
grand-mère paternelle,j'aimais cette sortie
un régal de voir un film avec mes parents
qu'en semaine on voyait guère,car ils tenaient
une patisserie boulangerie,et travaillaient
très dure. Alors c'était quelque chose cette
sortie nous cinq et ma grand-mère,nous mangions
une glace à l'entracte et nous ressortions de
cette salle les yeux pleins du film que nous
avions vu,et mon papa était heureux de nous
voir heureuses nous ses filles....
Merci d'avoir parlé de mon blog,c'est gentil
et t'en remercie beaucoup...
Bonne journée à toi,ma jolie
Bisous de Mimi du Sud...

Edmée De Xhavée 25/03/2009 11:42


Mais c'était normal que j'en parle, je le trouve sympa, et au fond les gens sont toujours curieux de ce qu'il y a à lire ailleurs. Je me limite car je ne passe pas trop de temps sur internet, mais
malgré tout ma liste de liens s'allonge, et c'est parfois amusant de se plonger ailleurs, dans un autre univers! Bonne journée, bisous!