Touriste chez moi

Publié le par Edmée De Xhavée

J’ai passé des années à Verviers sans rien regarder, comme on le fait quand on ne trouve rien à remarquer dans sa ville parce qu’elle est si banalement familière qu’on y habite, on ne la visite pas.

Qui va à l’école en admirant la découpe hardie d’un balcon de ferronnerie ou la frise art-déco courant sous une rangée de fenêtres? Qui va en ville retrouver ses amies chez le glacier et s’émeut de façades à colombages, de frontons armoriés, de fontaines coulant de joie?

Cette année pourtant, comptant sur ma santé et mon amour de la marche – je devrais dire du petit trot, car je marche vite ! -, c’est à pied que j’ai fait Heusy-Verviers et puis le retour deux jours en suivant, avec deux destinations différentes, et donc des itinéraires bien distincts. Avec un détour vers la Tourelle, là où s’érige encore la grande maison de mes arrière-grands-parents, divisée à présent en deux habitations, et mutilée de la tour dont mon père, petit, gravissait en courant l’escalier en colimaçon. Qu’il se sentait donc intrépide, alors! Et depuis le sommet de cette tour la vue sur le parc et son petit restaurant remplissait son jeune être de fraîche beauté. Pour lui, né en Uruguay, ces cîmes houleuses qui parlaient avec le vent et la pluie étaient la Belgique, là où habitaient ses grands-parents, et l’immense maison était éternelle.

Que de jolies choses j’ai vues, puisque je regardais, enfin!

Hélàs les graffiti d’imbéciles désoeuvrés ne manquent pas.

Mais comment ne pas vibrer de plaisir devant notre belle place du marché, avec cet hôtel de ville d’une élégance équilibrée qui n’a rien à envier à aucun autre, et le ravissant perron-fontaine. Et à deux pas, la rue Bouxhate avec ses maisons figées dans un autre temps, gardant jalousement dans le souvenir de leurs façades des visions de carrosses, de messieurs en perruques, de charettes de marchandes de lait et oeufs tirées par un chien laineux et fatigué. Derrière elles, le clocher de l’église Saint Remacle fait de son mieux pour se faire voir, et c’est vrai que ce qu’il laisse deviner se confirme quand on a le recul pour s’accorder le plaisir de se dire … mais c’est chez nous, ça? Je me suis promenée, le nez en l’air parfois. Et ai aussi salué le nouveau Verviers : le marchand de ploquettes, le canal des usines au Pont au lion . La fontaine secrète qui s’élève ou disparaît, mouillant puis révélant, endiamantées d’une dentelle aquatique, les stèles au sol.

Bien des choses ont changé ou disparu, et d’autres ont surgi, nées de la vision de ceux qui ont laissé à la ville un pied dans le passé tout en avançant l’autre vers l’avenir. Le splendide manège où j’accompagnais ma mère pour son heure d’équitation – avant qu’elle n’ait ses chevaux – est plus beau que je ne l’avais jamais remarqué. Ce n’est plus un manège : le bruit des sabots bien goudronnés n’y rythme plus le temps, on n’y sent plus cette merveilleuse odeur de sciure foulée par le pied souple d’un cheval ; l’écho de la voix d’Olivier Laviolette – En arrière! En arrière! – s’est caché sous de nouvelles cloisons, de nouveaux lambris. Mais on l’a classé, on l’a sauvé, ce beau manège, et on y a laissé bien au chaud les visions de ces cavaliers et cavalières d’autrefois. Une nouvelle vie commence pour lui sous le nom de l’ancien manège

La gare … ah la gare! Je la détestais, cette gare majestueuse, cette belle fille alors grise et terne, surtout quand nous revenions d’Italie. Bronzés, nourris de chants, plage et capuccini, on débarquait avec nos valises sur le quai détrempé, et une voix sonore annonçait avec un accent qui assassinait nos souvenirs d’évasion Verviers Centrahl, Verviers Centrahl ! Le quotidien pluvieux nous accueillait là sur le quai, pour nous reprendre dans ses serres. Nous frissonnions, et la gare était le symbole de la fin du soleil, de la bonne humeur, des vacances. Et pourtant … elle est magnifique, aussi bien dehors que dedans!



Bien sûr, ma ville n’est plus tout à fait celle de mon enfance. Mais elle est reconnaissable. Les trottoirs à gros pavés bleutés un peu déchaussés ont la même odeur quand il a plu, et épousent mon pas de l’habituelle caresse saccadée. Les maisons de mon quartier d’autrefois restent, même si habitées par d’autres familles, voire des commerces, la maison de tante Monique, la maison des Gaye, des Leidgens, de la rue de l’Union … même le petit restaurant de la Tourelle est toujours là, avec semble-t'il le soleil attaché au-dessus de son jardin.

Et je n’ai pas manqué de reprendre, dans les deux sens, les escaliers de la Paix, immuables si ce n’est pour les graffiti – pourquoi ces “artistes” saccageurs ne s’expriment-ils pas ainsi dans la cuisine de leurs mères, ce qui leur assurerait une bonne râclée ? – avec la statue qui nous toise d’en haut, son beau bras levé vers la vallée et les étendues vallonées qui l’entourent, que l’on peut embrasser du regard comme depuis un balcon fabuleux une fois au sommet des marches. C’était bon de revenir, et de sentir enfin que c’était ma ville…


 

Publié dans Verviers

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gyet julien 24/09/2010 18:16


Bonjour Madame,
Vous écrivez et détaillé très bien la vile de Verviers ,tout les endroits que vous citez je les connais, j'ai été à l'orphelinat pendant 11 ans rue Ste Anne donc je connais énormément d'endroit,
d'école,nous faisions nos déplacement a piéd . Quand au manège je l'ai connu dans les années 70 nous l'avions loués pour la poste pour faire un garage pour les camionnettes. Cela devait être bien
beau du temps ou il y avait des chevaux.....
Cela m'a fait du bien de vous lire car je vous dis tout les noms bourdonnent dans ma tête comme une férie car c'est une bien belle ville et lorsque j'en parle c'est avec fierté même si j'en suis
parti . Un exemple la plaine de Rouheid j'y ai été des années par le chemin qui donne sur la bouquette, mangombroux , la Louveterie, le bois de Jalhay et bien d'autre encore dont la promenade des
récollets et le chemin des tailles le long de la vesdre.
Et Wyma dont je mange au moins un laquement chaque année.

Encore merci pour votre ouvrage

gyet J


Edmée De Xhavée 24/09/2010 23:33



Quelle jolie surprise de vous lire! Je suis si contente de vous avoir un peu restitué de "notre" vieux Verviers et toutes ces belles promenades. La plaine de Rouheid, ah oui!


 


Je suis bien triste que vous ayez eu à connaître l'orphelinat, par contre!


 


Merci de votre visite si charmante!



christina 07/04/2010 11:38


Une ville que je ne connais pas et dont tu parles si bien.
Merci.


Edmée De Xhavée 07/04/2010 23:42



Merci de ta visite, Christina!!!



chalixanora 06/04/2010 23:24


Bonsoir Edmée
Je viens de chez notre ami < le petit belge >
Un très beau reportage sur cette ville qui a bien changé , je n'y suis plus venue depuis les années 1970.....
Une bonne nuit et merci pour ce partage !
Amicalement
Christiane


Edmée De Xhavée 06/04/2010 23:29



Merci de ta visite, Christiane. Oui, tout change, hélàs ... Ou tant mieux peut-être pour d'autres!



Mimi du Sud 18/06/2009 14:35

Bonjour ma belle,
Je viens en ce début d'aprem,te souhaiter
de passer une agréable journée,ici,il fait trop
chaud déja,il fait 32° sur ma terrasse,et pas d'air du tout! pas trop sur les blogs de mes amis,depuis quelques jours,car dans trois jours
nous partons pour Djerba,et j'ai beaucoup de choses à préparer avant de partir,surtout pour les fistons qui restent à la maison ..Gros bisous à toi,Edmée,(je t'enverrais
une carte de là bas..)
Mimi.

Edmée De Xhavée 18/06/2009 23:51


Bonnes vacances, alors, Mimi! Et merci d'avance pour ta carte, je parie que tu feras plein de magnifiques photos pour ton blog...


Philippe D 17/06/2009 21:32

J'habite la région de Mons depuis 20 ans et je connais peu la ville. L'an dernier, je m'y suis perdu, marchant au hasard et découvrant des choses peu ordinaires. Un parcours plein de découvertes.
PS Aujourd'hui, sur mon blog, un petit article sur "les Romanichels".

Edmée De Xhavée 17/06/2009 23:38


C'est vrai qu'on croit qu'on connait parce qu'on y vit, et comme on ne regarde rien... on connait bien peu! Oh, merci, je cours lire cet article!