Péché de gourmandise

Publié le par Edmée De Xhavée

L’été est ma saison de gourmandise. Une gourmandise sans conséquence sur ma silhouette, puisque je ne dévore que des pages. Car avec l’irrésistible envie de profiter du jardin – avec le soleil qui extrait le parfum de toute chose, des fleurs aux pierres en passant par le plumage des oiseaux et les feuillages – arrive le choix entre deux luxes : une voluptueuse somnolence qui m’emporte vite dans ce lieu un peu plus loin, fait de bruits et de l’alternance d’ombre et lumière jouant sur mes paupières scellées ou l’abandon dans la lecture, tout aussi apte à tenir la réalité hors d’état de se faire voir et entendre pour un temps. Les vaisselles, légumes à éplucher, chats à nourrir, coups de fil à donner, tout ça est - et reste - entre parenthèses pendant que je lis ou somnole.

Je viens de terminer, à regret, un livre qui hélàs n’a pas été traduit en français. The Lost Painting, de Jonathan Harr. Je l’ai commencé un peu dubitative, et ai immédiatement été aspirée dans cette incroyable histoire de la découverte d’un tableau perdu du Caravage. Le baiser de Judas, parfois aussi appelé L’arrestation du Christ.

Ce n’est pas un roman, mais la preuve que la fiction ne peut pas toujours égaler la splendeur de la réalité en rebondissements et surprises. Des héros à l’apparence banale déplacent plus d’air et d’espoirs qu’Indiana Jones. Ces étudiants universitaires, spécialistes du Caravage, restaurateurs, journalistes, étudiants en Art, nobles désargentés, prêtres et autres deviennent, sous la plume de l’auteur, des êtres animés de passion, et leur vie passe de l’obscur au clair tout comme dans un des tableaux du grand Maître, amoureux du Chiaroscuro.

On les suit le coeur battant dans les rues et restaurants de Rome, un couvent irlandais, des bibliothèques universitaires en Italie et Angleterre, un vieux château empli de charme et de poussière dans la campagne italienne, les pages moisies de vieux livres de comptes d’un marquis d’un autre siècle. On entrevoit aussi des moments-clé de la vie tumultueuse du Caravage, aussi adroit avec l’épée qu’avec le pinceau, aussi ardent dans ses colères que dans sa piété, vivant si vite et si fort qu’il finira sa course folle à 41 ans.

On apprend à reconnaître les signes qui posent les indices d’un original ou d’une copie (et le Caravage copiait lui-même parfois ses propres tableaux, ce qui nous donne des copies authentiques et des copies simples!), on a le souffle suspendu en lisant les techniques de restauration – qui bien souvent peuvent sauver ou achever l’oeuvre -, on découvre avec fascination les secrets des pigments et de la toile. C’est émerveillé que l’on referme le livre, et encore un peu agité d’avoir suivi le train rapide de ce récit qui est une palpitante “histoire vraie”.

Un peu avant, je m’étais abandonée dans le livre de Mary Dollinger, Au secours Mrs Dalloway. Un livre british avec un zeste de France. Mary est Anglaise, vit en France et écrit … en français avec une aisance déconcertante! Et Dieu que c’est rafraichissant, cet humour anglais en français dans le texte… Et que c’est drôle, avec une sophistication un peu noire tout à fait délectable, d’autant que l’héroine, Clare Fournier, perd les pédales pour ... un Belge! Un Belge haut en couleurs et apparemment auréolé d’un charme tel qu’il est aussi tentant qu’une dizaine de laquemants! (C’est mon étalon-tentation…) 












Et pour terminer avec cet article littéraire, eh bien ma nouvelle “La brodeuse” sort dans le recueil Sur le fil aux éditions librisme en Suisse avec celles de trois autres auteurs. Je donnerai la parole à Bob Boutique qui l’a lue il y a un moment et l’a commentée pour ceux qui attendaient:


***
 

Je viens de lire ‘La brodeuse’ et reste émerveillé… ce texte mérite mille fois de figurer dans le recueil que l’éditeur suisse Librisme publie cet été. Car il est Re-mar-qua-ble. Plus courte que d’habitude (pour moi, c’est un avantage), cette nouvelle reproduit fidèlement le monde nuancé et tout en finesse d’Edmée.

 

Un style à l’ancienne qui me rappelle Marie Gevers ( je crois l’avoir déjà dit ) avec de jolies phrases construites comme des rangs de perles, une histoire simple où la psychologie joue un grand rôle, du suspense même s’il n’a rien à voir avec les thrillers à la mode ( un peu dans le genre de Micheline Boland ) et… comment dire ? Une mélancolie douce, ton sur ton, à la Laura Ashley.

Si je devais comparer avec un peintre, je dirais Vermeer de Delft, en moderne bien sur. Ou Suzanne Valadon, la mère d’Utrillo. C’est confus ? Sans doute, mais c’est ainsi que je le ressens.

L’histoire ?

Anodine, mais d’une grande profondeur humaine. ‘Du peu, mais du bon’ comme écrit Edmée. La qualité avant l’esbroufe et le sentimental facile.

Géraldine (la petite soixantaine ?) brode et tricote pour deux boutiques de mode. Un travail qu’elle accomplit avec joie et humilité depuis 25 ans, à la fenêtre d’un petit appartement qui domine une rue dont elle connaît tout. Le bruit d’une porte qui se referme au 19, le bac à sable d’un jardinet où il y a deux enfants, le petit chien qui aboie et court derrière les vitres d’une maison de rangée… Elle observe, tout en tirant le fil et en palpant des tissus soyeux aux motifs délicats : ‘ … une nappe a thé, déjà terminée, a des géraniums grimpant à l’assaut de replis aux quatre angles, et des paons du jour et coccinelles le long de l’ourlet ajouré…’

Au numéro 15, en face, il y a une jeune femme, jolie, qui chantonne toute la journée et reçoit chaque matin, après le départ d’un époux plutôt terne, un amant un peu canaille qui s’en va au bout d’une heure en sifflotant. Du tout venant en quelque sorte.

Puis un jour, Géraldine est en train de broder les serviettes d’un trousseau, voila qu’elle aperçoit le mari qui rentre plus tôt que prévu…

Je vous laisse découvrir la suite. J’ai adoré. Car elle est bien dans le ton du récit, simple, élégante et… mais oui, pourquoi pas… tendre.
C’est tout ? Oui, c’est tout, mais avec quelle virtuosité ! Quelle bonté. Lisez et vous comprendrez.

L’écriture ? Brillante comme à l’accoutumée..

‘Encore une matinée merveilleuse, malgré la pluie d’hier. Les trottoirs sont encore mouillés, des flaques brillent là où les pavés sont trop enfoncés. des gouttes captives dans les feuilles et les géraniums ressemblent à de petites loupes.’

‘Bien que concentrée avec une joie tranquille sur des plumages écarlates au point de tige, et sur son fil de soie perlée qui tend parfois à boucler, elle lève de temps à autre les yeux de son travail aux rumeurs de la rue…’

Et ainsi de suite…

J’ignore s’il est déjà possible de lire ce conte quelque part, car je suppose qu’Edmée De Xhavée en réserve la primeur à son éditeur. Disons, que j’ai eu la chance et le privilège d’une avant-avant-première, une espèce de cadeau personnel, que vous découvrirez bientôt dans le recueil de Librisme que je vous recommande même s’il n’est pas encore publié.

***

Je reprends la parole prêtée à Bob, et vous dis ... à la semaine prochaine!

Publié dans Romans

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zabou 25/07/2009 20:42

Je ne sais pas si ce que j'écris, fait de la lumière ...ce que je sais, c'est que recevoir ce compliment dans le milieu littéraire, est très encourageant:)

Edmée De Xhavée 25/07/2009 20:46


J'étais sincère, ce texte était lumineux!


Philippe D 24/07/2009 22:16

Eh oui! S'abandonner à des moments de lecture, quel bonheur!
Je viens de lire 4 bouquins en moins de 2 semaines. Du temps à rattraper, des bouquins qui m'attendaient depuis longtemps, une autre dimension, un voyage littéraire en même temps que touristique.
Je vois que l'aventure continue avec la publication d'une nouvelle. Bravo et bonne chance pour la suite.

Edmée De Xhavée 24/07/2009 23:45


Merci, la suite est en préparation ! En ce moment je lis - relis - Légendes d'automne, j'adore Jim Harrison, et j'avais lu le recueil de nouvelles avant que ça ne finisse sur l'écran avec Brad Pitt
- que je n'aime pas! Mais de tous les Harrison transposés à l'écran, c'est le meilleur je pense, le pire étant Dalva (avec Farrah Fawcett, pas du tout taillée pour ce rôle merveilleux!)...


Delphine 24/07/2009 17:33

Très sympa l'anecdote de la couverture et félicitation pour l'heureuse nouvelle!

Edmée De Xhavée 24/07/2009 23:42


Merci! J'ai trouvé ce hasard assez mignon aussi, et je suis certaine que ça fera de lui un bon petit Belge!


Delphine 24/07/2009 17:32

Bien reçu ton message dont je te remercie. Il se peut que mon blog soit assez lourd (en cause, les importations de Youtube et les photos). Je pense que je vais devoir me résigner à mettre des liens plutôt que l'extrait en tant que tel, malheureusement. Autre solution: mes lecteurs s'achètent tous un nouvel ordinateur super-puissant ;-)
Et, oui, j'étais déjà venue sur la pointe des pieds, incognito, via via via un blog et puis un autre...
A bientôt et merci pour la tasse de thé; la prochaine fois je pense accepter.

Un petit Belge 23/07/2009 21:00

Et oui, Delphine, je suis ravi de t'avoir fait découvrir ce blog de notre compatriote qui aime autant la Belgique que nous! Il y a de très beaux textes à lire dans les archives.Bienvenue au fan-club d'Edmée...

Edmée De Xhavée 23/07/2009 23:37


Mais que c'est agréable, mon blog qui devient un petit salon littéraire! Merci à tous les deux!

Une tasse de thé?