Edmée De Xhavée

Voilà qu’elle s’y met aussi, maintenant. L’autre. Patricia. L’autre. Qu’a-t-elle fait, vous demandez-vous ? Elle a pris la plume que l’amie Edmée lui a prêtée un jour au clair de lune et ne l’a pas rendue. Le temps d’un concours de nouvelles. Et elle a été retenue ! Et la voilà publiée, comme moi. Avec MA plume. MON style. MON nom, puisque Patricia, c’est le nom que ma mère a voulu m’offrir en cadeau de bienvenue. La guerre n’avait pas laissé que des ruines, mais aussi des disques de jazz, le chewing gum, des petites Paméla et Patricia et des secrets que personne ne voulait vraiment découvrir puisqu’il fallait reprendre une vie supportable. Lonhienne, c’est le nom de ma tribu, celui de mon père et de sa lignée masculine. Van Praet, c’est celui qui me sert de laisser-passer dans la famille de mon mari. Edmée, c’était le nom de ma grand-mère maternelle, que l’on m’a donné aussi. Un prénom un peu désuet que j’ai toujours aimé. Un prénom à dentelles, à « Lavallière », à broche en « pierre de lune », en pommeau de canne en argent, en ongles polis à la peau de chamois.
Et voici donc
que j’ai publié sous le nom d’Edmée, et sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne. J’ai participé au concours de la police de Liège (après tout, il y a une rue Lonhienne à Liège, que l’on doit
à un illustre aïeul qui, paraît-il, portait une perruque blonde et était soucieux du bien-être d’autrui) et ai été, avec d’autres, retenue pour être publiée aux Editions Luce Wilquin dans le
receuil collectif Canicule. Un honneur car j’ai commencé la lecture de mon exemplaire encore tout chaud de la
presse, et si j’ai bien souvent l’occasion de m’exclamer « que de talents chez Chloé des Lys ! », je dois étendre ma remarque : ce livre est plein de talents ! Des
histoires courtes, mais passionnantes, originales, captivantes. Celle que j’ai su faire jaillir de cette canicule s’intitule Tremblement de cœur et s’enroule autour d’un amour
usé, d’un autre tout neuf, d’une chaleur jamais connue, et d’un homme que l’on mène à sa mort…
Je peux donc sans honte admettre la parenté de Patricia Van Praet-Lonhienne et d’Edmée De Xhavée, qui se trouvent décidément bien entourées dans leur aventure littéraire.
Après tout, je pense que cette petite erreur sur la personne, même si commise par la police elle-même, est une occasion pour Edmée de présenter Patricia, et cette dernière d’avouer qu’Edmée, c’est celle qu’elle voit dans le miroir le matin.
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