A l'ombre du grand homme...

Publié le par Edmée De Xhavée

Elle est jeune, amoureuse, modeste. On la remarque à peine, même si elle est modèle – c’est la courbe de son genou, la maigreur de son buste, la façon dont son ventre se creuse en position assise qu’il trouve plaisir à reproduire – ou poétesse passionnée qui croit trouver en lui l’essence même de ce qu’elle ressent mais exprime sans le tact de la maturité. Lui, il est déjà lui. Peintre, auteur, sculpteur, acteur… et le hasard l’a mise sur sa route.

 


Un peu de naïveté  le séduit, tout comme le pouvoir que ses mains ont sur ces jeunes chairs et sa pensée sur cet esprit tendre.  Il ne sait trop comment elle, elle toute seule, elle finit par l’encercler. Se rendre indispensable, si prévenante et humble qu’il sourit quand on lui souligne la chance qu’il a. Il s’abandonne au confort de ne plus devoir penser qu’à être lui, elle s’occupe du reste. L’intendance, c’est pour elle. Avec discrétion. Avec la vigilance d’une bête de proie. Car s’il ne le sait pas, elle le sait, qu’il est sa proie.

 


Souriante et anodine elle fera, de deux ou trois mots parfaitement choisis, tomber la tête de tous ceux qui, elle le sait, lui prendraient un peu de la lumière de son homme, cette lumière qui est à elle, qu’elle se mérite dans sa vie de l’invisible au sourire fermé.

 


Et quand il meurt, elle devient la veuve. Celle qui fut la plus proche. Qui l’a suivi pendant ses dernières années. Qui a recueilli de lui le suc même de son art et de son quotidien. Elle se décrète vestale de son souvenir – souvenir dont elle éradique tout ce qui n’est pas elle, qu’elle agrémente de moments intimes, de confidences jamais vraiment faites. Il est enfin à elle, sa chose, son souvenir, son cher défunt. Les autres femmes aimées sont des erreurs, les maîtresses des légendes, les bons amis des profiteurs, la famille des incultes.

 


Elle peut enfin porter le manteau de pourpre et rayonner de l’amour du grand homme qui n’est plus.

 

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Publié dans C'est tout moi - ça

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gazou 16/12/2011 21:13

Que d'êtres humains s'imaginent aimer alors qu'ils ne savent que prendre possession de l'autre

Edmée De Xhavée 17/12/2011 12:07



Tu l'as dit... c'est si triste quand on se retrouve en face de ces couples toxiques qui auront vécu une vie sans lumière....



micha 11/12/2011 00:18

Chère Edmée, je suis très convaincue de ta foi d'artiste!!!!!!!! ............(et telle l'artiste, "je joue"}...............

Edmée De Xhavée 11/12/2011 11:01







micha 08/12/2011 23:19

....une belle femme est désespérée
car son amant a disparu
et elle se retrouve esseulée,
elle est bien grande, sa tristesse
mais elle se fait caresse
pour avoir survécu
à des cauchemars
blafards et hagards
de belle-famille
du plus beau cru
bourgeois
mais si peu adroit!

Edmée De Xhavée 10/12/2011 20:34



Mais cette belle femme désespérée n'a rien à voir avec mon liseron vénéneux ici décrit . Car celle dont tu parles a
touché l'amour et encore l'amour... D'où son désespoir...


Bisousè



Verdinha 07/12/2011 22:31

Elle ressemble à une veuve noire, non agressive mais dangereuse par la toxicité de son vénin.
Fais quand même attention...!
bisous
Verdinha

Edmée De Xhavée 08/12/2011 13:05



C'est l'heureux époux qui doit se méfier car il est le futur cher disparu


Bisous!



micha 05/12/2011 21:24

superbe!

Edmée De Xhavée 06/12/2011 08:27



Merci, et gros bisous!!!!