Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 08:43

Le-saint-bonhomme.JPGMon dernier post semblait avoir lancé la mode d’une nouvelle expression… vous m’avez demandé mais qu’est-ce que c’est, cirer le Saint Bonhomme ? Ce n’est que ce vénérable personnage en habit monacal qui tient un crâne dans la main. Il se trouvait dans notre vestibule et mon oncle Yves, avec un irrespect fréquent car il venait manger une fois par semaine, se faisait une joie de déposer sa cigarette dans un des orbites du crâne.

 

Et le Saint Bonhomme appartenait à ma mère mais lui venait de sa grand-mère, Justine, la dame à l’hermine.

 

 

 

 

 

 

 

Bobonne.JPG

 

Cette jeune fille dont les yeux s’ouvrent avec malice sur l’avenir, c’est elle, Justine, mon arrière-arrière-grand-mère. Et je l’ai connue. Et je m’en souviens. Ce qui n’est pas « normal » puisque j’avais 2 ans quand elle est morte. Alors elle était « Bobonne », Bonne pour ma mère dont elle était la petite chérie. Mais si pourtant, je me souviens. J’étais sur ses genoux, elle était vêtue de noir comme toutes les vieilles dames d’alors, et elle chantait quelque chose en me faisant sauter sur sa cuisse. Et je l’aimais bien, elle m’était familière. Je pensais l’amuser beaucoup à la laisser me secouer ainsi, et elle devait penser la même chose. Elle habitait tout près de chez moi et j’étais la fille de sa petite-fille chérie. Elle devait beaucoup m’aimer et voir sur mes traits ceux qu’elle avait vus sur ma mère au même âge.

 

Sur ce portrait, elle a une certaine pétulance, une joie qui a envie d’éclater dans un fou-rire espiègle. Et pourtant, sans avoir eu une vie de misère et de turpitudes, elle a dû subir le sort des jeunes filles de son temps, à savoir accepter le fait qu’une femme n’existait qu’au travers d’un mari. Je sais qu’elle avait eu un amour malheureux (était-il trop pauvre pour être un gendre envisageable ? ou d’une famille qui avait trop de squelettes dans les placards ? avait-il renversé son verre de vin sur la nappe damassée   un pompeux dimanche ? était-il mort de consomption ou dans un duel ?). Puis mon arrière-grand-père, industriel tonitruant et haut en couleurs demanda sa petite main gantée. Parce qu’on n’envisageait pas ne pas se marier si on voulait réussir, et qu’une entrée dans les bonnes vieilles familles un peu désargentées restait une bonne affaire pour les relations.

 

Elle venait d’une famille de 12 enfants, 10 filles et deux garçons ! Ses sœurs aînées l’appelaient Justinien l’Empereur Romain, mais sa sœur Blanche l’appelait Fré Henri car elle adorait chanter – en wallon s’il-vous-plaît ! – Les crâmignons Liégeois. Elle-même surnommait sa sœur Blanche du mystérieux nom de Blum.  Emma, c’était Chère Emma. Lottie, une autre sœur, fumait comme un Turc et a eu une succession de foxes à poils durs qui s’appelaient toujours Pupuche (nom que ma mère me donnait parfois… erreur ou ironie ????). Il y avait aussi Berthe, Lore, Emilie. Cette dernière devait avoir un mari très ronchon car son sobriquet  dans l’intimité de ses sœurs était Jupiter tonnant.

 

Mariées et grands-mères, les sœurs se réunissaient volontiers pour alléger le joug de l’autorité des époux, jouaient au piano et chantaient en s’esclaffant « Les mains des femmes, je le proclame, sont des bijoux, dont je suis fou » ou « Ce n’est que votre main, Madame… ». Ma mère, petite, adorait ces après quatre heures de détente avec sa chère Bonne chez tante Blanche, qui avait le piano.  Et se délectait de cette phrase que Bonne osait parfois dire à son époux sentencieux lorsqu’il prenait la parole trop longtemps pour son goût : T’as bien parlé, Ponce Pilate ! T’auras une waffle (gauffre). Un soupçon d’impertinence, chère Justine…

 

De Bobonne me restent ce lointain souvenir dilué d’une vieille dame en noir et aux cheveux blancs un peu laineux, Le saint bonhomme – qui se trouvait au début de la rampe d’escalier de sa grande – , cette photo et l’hermine. Et peut-être quelques gènes espiègles, mais je ne sais pas chanter les Crâmignons liégeois en wallon !!!

 

L-hermine-de-Justine.JPG

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : C'est tout moi, ça
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2010: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Les lunes bleues de Pocahontas. Thème: Ceci n'est pas un crime.

 

2009: 3ème prix ex-aequo pour le Prix Pierre Nothomb avec Vous souvenez-vous? Thème: Sous le feuillage de mes chênes, je vous écris

2009: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Tremblement de coeur. Thème: Canicule (Publié sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne)

2008: 1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine avec Tchoupy et les stiloboutchgo dgies. Thème: Par monts et par vaux


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