Coryell's Ferry

Publié le par Edmée De Xhavée

Avant toute chose, je veux remercier Savina de Jamblinne pour m’avoir offert une interview sur son très beau blog littéraire Ce fut une surprise, et … une bonne !

 

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Imaginez une petite ville au bord d’une large rivière aux berges spongieuses habitées par des canards. Dans les taches d’un beau topaze clair on voit passer des truites et des tortues d’eau. Silence et chant mouillé de la Delaware qui respire, ajoncs se ployant sous la douce brise à l’haleine poissonneuse. Un pont sans grâce ni laideur s’élance vers l’autre rive. Voitures et piétons sont séparés, le sol vibre sous les pieds, et si on a de la chance, on peut apercevoir un envol d’hirondelles à front blanc aussi élusives qu’un rêve qui vous fuit le matin. C’est qu’elles nichent sous une arche du pont, les coquines, et il s’agit de la plus grande colonie connue des ces oiseaux en voie de disparition.

 

Lambertville, au New Jersey, et New Hope de l’autre côté de la Delaware, en Pennsylvanie. Unies par un vol d’hirondelles. Autrefois, elles formaient une seule ville : Coryell’s Ferry. Monsieur Coryell y avait un ferry qui reliait les deux parties de « sa » ville.

 

Bien vite pourtant, elles ont pris chacune leur nom, et se sont développées grâce à plusieurs facteurs. La présence de la Delaware, d’une part, fleuve navigable. Puis on a fait creuser deux canaux, l’un alimenté par la Delaware et l’autre par la plus petite rivière Raritan. La sueur, l’espoir et le désespoir ont marqué la naissance de ces canaux, arrachés aux rivières à la pelle et à la pioche par 4.000 Irlandais. Une épidémie de choléra en a laissé plusieurs ensevelis sur les bords. Ils reliaient Lambertville et New Hope à Trenton, la capitale du New Jersey, et une route unnissant New York à Philadelphie faisait également un petit crochet par Lambertville. Et il y avait le train. Tout ce qu’il fallait pour que Lambertville se remplisse d’usines et fabriques diverses. On y travaillait le fer. Les saucisses de porc y étaient renommées, ainsi que la bière. On y fabriquait des roues en bois pour les charrettes, des bottes et chaussures de caoutchouc, des wagons de trains et des locomotives, et les premières épingles à cheveux.

 

CLambertville-porkyard-72.jpgC'est ici qu'on faisait les bonnes saucisses!


Prospérité, bien-être, opulence, et tout le calme de la vie loin de New York ou Philadelphie et les désagréments des grandes villes. Les bois, les champs, les fermes. La pêche le dimanche, la chasse, les pique-niques, les jardins fleuris… Après tout, on fabriquait et on envoyait. Pour le reste, on se laissait vivre. Les audacieuses maisons victoriennes et les plus sévères « brick federal » bordaient la rue principale. Du haut des balcons décorés de délicates ferronneries les belles oisives commentaient le quotidien de leur univers. Les jeunes gens allaient au pub, commentant le leur.

 

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New Hope 72

 

 

Cependant, le temps qui passe et change les choses était en chemin. Par la route. Par l’invention moderne de la voiture et des camions, qui rendirent peu pratiques et obsolètes les transports fluviaux et par train. Dès la moitié du XXème siècle, presque toutes les usines avaient fermé ou s’étaient rapprochées des grandes villes. Les deux petites villes se mouraient d’ennui et d’inutilité, de ne rien faire, de trou perdu, de has been. La Delaware était encrassée et polluée. Ses eaux gluantes évoquaient un cloaque nauséabond. Le fer forgé des balcons rouillait comme sous une lente lèpre. Des herbes folles et des ronciers se disputaient les rails du chemin de fer, des marmottes y creusaient leur galerie. On y était vieux, désabusés. Sans travail.

 

Et pourtant, dirent un jour les jeunes qui avaient fui et revenaient parfois vers la quiétude de la vie des grands-parents, oncles et tantes, que c’est beau. Quelle paix. Dans quelle cohue nous vivons, nous, alors que c’est si paisible ici.

 

Et vers 1970  ils ont nettoyé la Delaware, repeint les balcons, rendu aux maisons victoriennes leurs couleurs vives, taillé les buissons fous dans les jardins. Mis de l’huile et des coussins neufs aux balancelles sous les porches. Enlevé la rouille des grilles de fer forgé, arraché le chiendent d’entre les dalles. Et rempli la rue principale de magasins d’antiquités, de galeries, de Bed & Breakfasts, de magasins d’art – oui, l’ancien Porkyard est devenu une galerie - , de restaurants. La vieille gare a connu son second souffle en devenant un restaurant célèbre, dont le quai fleuri est la terrasse. Le vieux moulin de New Hope est devenu un théâtre où l’on joue les mêmes musicals qu’à New York. On mange bien partout, et les antiquaires de Lambertville sont réputés, participant aux émissions de télévision. On peut maintenant se griser de brise en vélo sur les pistes cyclables le long des canaux, et faire une promenade en barge tirée par des mules. Y  savourer les bières à la micro-brasserie « River-Horse ».

 

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La gare dans sa nouvelle splendeur

 

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Passer une journée à Lambertville, c’est l’excursion que nous offrons toujours à nos invités. Et ce sont des oh et des ah, des photos, un pur émerveillement. Oh que ça me manquera, ma journée à Lambertville, quand un océan m’en séparera.

 

Publié dans USA

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Josiane Lévêque 24/10/2010 21:53


Bonjour Edmée,
Votre visite sur mon blog m'a fait grand plaisir! Merci !!
J'admire les personnes comme vous qui écrivent avec tant de talent! Avec autant d'antécédents familiaux, je comprends votre soif de raconter leurs histoires .Malheureusement, je ne suis pas une
grande lectrice, par manque de temps, on ne peut tout faire!
Bien amicalement,
Josiane Leveque


Edmée De Xhavée 24/10/2010 23:51



Je comprends, on ne peut pas tout faire, c'est normal! Merci de m'avoir fait part de votre plaisir, en tout cas!



Mousse 24/09/2010 10:51


Bonjour Edmée,
Je découvre ton blog,grâce à Alain qui malheureusement à mis fin à ses blogs.
C'est un ami très cher, la semaine dernière, je suis allée chez lui, il m'a longuement parlé de toi.
Il m'a conseillé de faire un tour sur ton blog. Voilà chose faite et je ne suis pas déçue.
J'ai beaucoup de choses à lire, mais je reviendrai avec plaisir.
Tu écris très bien, ton blog est très agréable.
Bonne fin de semaine.


Edmée De Xhavée 24/09/2010 23:26



Oui, Alain est un type super bien et plein d'enthousiasme, de bon sens et de belles qualitâs. Dommage qu'il ait arrêté ses blogs mais on le sentait venir, non? Quand ça devient un devoir ou une
charge, il faut reprendre sa vie en main, il a bien fait!


 


Merci beaucoup de ta gentille visite et de tes commentaires!



Electron libre 19/09/2010 14:02


Bonjour Edmée.
C'est tout a fait splendide cet endroit.
Ma soeur se rend aux states plusieurs fois par an, bien évidement elle visite et moi je vois les photos.
Ce qui me frappe le plus, c'est le gigantisme des choses.
Un exemple, dans un restos, le thème est les voitures de courses, juste à l'entrée de ce "restos" 3 voitures qui ont participé je suppose à des courses sont accrochées au plafond !!!
D'autres décorent par endroits cet endroit magique.
Un autre lui se voit avec une "baleine", d'un côté de l'entrée la queue, de l'autre la tête, un peu comme si elle "cabrait" dans l'eau.
Une photo aussi on on la voit poser à l'intérieur d'une jante de camion ... debout et le bras lever sans toucher le dessus de cette jante, un vrai camion en plus.
Inutile d'insister sur le gigantisme des villes, avec les buildings qui "frôlent" les nuages.
Et voici qu'une facette de l'Amérique est dévoilée nous démontrant que des endroits à notre mesure existent bel et bien.
Des endroits ou l'on peut partager simplement une promenade des endroits ou l'on peut "respirer", ou l'on peut vivre en paix loin de la turbulence, loin du stress.
Je vous souhaite à tous deux une journée de cette catégorie de rêve rien que pour vous deux, afin qu'elle se grave dans votre mémoire pour toujours.
Bisous à tous deux.


Edmée De Xhavée 21/09/2010 13:19



J'ai des amis qui reviennent de Vegas, où ils ont vu cet hôtel dans lequel on a reconstitué la place Saint Marc, un canal, avec un vrai gondolier etc.... C'est "gag" sans doute, mais pourquoi
cette soif de s'emparer de tout, de faire tout en surcharges, trop coloré, de donner aux gens le goût des imitiations, copies, faux, et de leur faire croire que ça vaut bien le vrai?


 


Comme toi j'aime les petites choses de l'Amérique, celles qui ont fait croire qu'on pouvait y vivre heureux...


 


Bisous!



channig 06/09/2010 22:07


Un clic où il ne faut pas ....et mon com s'est envolé !!! et pas vers toi mais vers les oubliettes.
Je disais, à peu près, que je n'ai traversé l'Océan que pour aller dans le Pacifique (Tahiti) et nous n'avons fait un arrêt qu'à L. O. et à l'aéroport. Je connaissais de nom Lambertville
seulement.
Je suis ravie de visiter cette ville en ta compagnie. Ses maisons hautes en couleurs et cette végétation luxuriante est très plaisante et il doit y faire bon vivre... et que dire de la saucisses ??
Je ferai bien une balade en barge tirée par des mules.....
Bonne soirée et bises Edmée


Edmée De Xhavée 08/09/2010 12:35



Moi aussi je fais de ces horribles clics mal placés parfois! Tahiti, dis-donc, pas mal quand même, et bien différent de ta Bretagne...


 


Je pense aussi qu'il fait bon vivre à Lambertiville, c'est l'impression que ça donne en tout cas



Verdinha 01/09/2010 11:54


Chère Edmée,

Tu crois qu'en disant cela, tu ne pourras pas me recevoir ??? Je prends l'avion et j'arrive ! Tiens, écoute, on sonne chez toi : c'est moi, Verdinha !!!
Mais ne t'effraye pas, je ne reste pas longtemps car je prends l'avion pour Venise vendredi et je fais une croisière dans les ìles grecques !
A part les plaisanteries, tu es bien courageuse de faire un déménagement pareil ! Moi je n'aurais même pas le courage de déménager dans une maison à côté de la mienne tellement j'ai du "brol",
comme on dit à Bruxelles...
Bisous
Verdinha


Edmée De Xhavée 01/09/2010 12:57



Ha ha ... nous avions tant espéré des visites depuis les 6 ans que nous vivons ici, et peu sont venus. Maintenant que nous annonçons notre retour en Europe ... tiens, on serait bien
venus Des amis arrivent d'ailleurs dans 15 jours, tu vois ...


 


On n'a pas trop de brol, j'ai tant déménagé que je garde peu de choses.... Bisous!!!