Dimanche

Publié le par Edmée De Xhavée

Mon père n’était pas catholique. Il était athée, en fait. Ma mère l’était mais comme on lui tournait le dos, elle tournait le sien avec un petit mouvement du postérieur assez irrespectueux. Mon frère et moi allions donc à la messe seuls. Agenouillés sur les spartiates chaises paillées nous regardions les poils oubliés par le rasoir sur les mollets de la dame devant nous. J’avais mon missel, objet de fierté et d’amour car il m’avait été offert pour ma communion par une amie de ma mère, l’éternellement bronzée Madeleine. Il avait une odeur de bénédiction et racontait la vie de Saint-Antoine de Padoue. Entre les pages j’avais des souvenirs de communion de mes amies et cousines, ainsi que du Petit Johnny, le neveu adoré de notre gouvernante. Jésus avait toujours le pied nu pointant avec coquetterie de sous la robe et une chevelure fraîchement frisée au fer, torture odorante que j’endurais parfois moi-même sous la main ferme de Mademoiselle, la tante du Petit Johnny. Le visage de ce Jésus publicitaire avait une pâleur suspecte et émettait une lumière sainte restreinte dans un cercle parfait. Parfois des anges agitaient palmes et trompettes, leurs cheveux bouclant dans l’auréole circulaire. Regarder ces images et sentir l’odeur du missel faisait passer le temps.

 

Dans l’église quelqu’un toussait. Les pieds des chaises hurlaient contre le carrelage centenaire et tristounet. Il faisait froid, le froid des pierres, du devoir. J’aimais les cantiques qui flottaient dans l’air et caressaient les statues de saints de plâtre aux pieds de la même couleur que les cochonnets de massepain, dansaient autour de la belle chaire sculptée au bois luisant, s’élançaient vers les vitraux aux teintes de pierres précieuses, s’enroulaient autour des austères colonnes de la nef, rasant le goupillon, tournoyant dans les robustes bénitiers. C’était ennuyeux et répétitif, mais d’un ennui sensuel avec un zeste d’irréalité. La hauteur de la voûte, l’odeur de l’encens – qui m’a fait m’évanouir à deux reprises -, les rituels, le latin, les habits sacerdotaux dont j’avais appris les mystères et le nom en classe … la force du temps se concentrait une fois par semaine dans cette heure et demie de familière austérité.

 

Au sortir de l’église, le soleil ou la neige sur la dalle du parvis nous ramenait dans ce jour à la qualité particulière : Dimanche. Le jour des petits pains le matin. Du bon dîner. De la tarte. Des visites. Je touchais mon chapelet dans ma poche, remontais mes chaussettes. On embrassait quelques joues poudrées de tantes qui nous rappelaient auquel de nos parents nous ressemblions. Les tantes de ma mère la reconnaissaient en nous, celles de mon père juraient que nous étions son portrait craché.

 

Et puis on se hâtait à la maison, l’estomac gémissant à l’idée des délices dominicaux qui feraient notre joie sur la table parée d’une nappe neuve qui serait changée le dimanche suivant. Gare à qui ferait la première tache !

Publié dans C'est tout moi - ça

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Pivoine 19/10/2010 19:02


Curieux - loin de mon ordi et de mon blog, j'ai écrit plusieurs pages (dans un cahier Moleskine) sur les dimanches, petits déjeûners / dîners, goûters et messes comprises. Je me souviens peu des
messes en latin, je suis plutôt d'après Vatican II. Qu'est-ce qui était sensuel dans le rite catholique ? La plastique des statues? Les odeurs? Les gens? Qu'est-ce qui était long et pesant? Là, les
réponses sont innombrables: l'homélie, et tout ce qui précède la communion, qui permettait de "bouger " de sa chaise... Ce n'était tout de même pas très drôle, une enfance catholique.

Je me demande si je vais publier cette note...


Edmée De Xhavée 20/10/2010 00:37



Je pense que la sensualité se trouvait dans ces mélopées, ce faste, une sorte de langueur, les dentelles, les statues, oui, avec ces gestes posés, et puis les encens (aromathérapie avant l'heure
. Mais c'était aussi long et pesant, ennuyeux, barbant. Le sermon durait trop longtemps, le curé jouissait alors de son
pouvoir sur nous, ses ouailles assoupies, tapait sur le rebord sculpté, modulait sa voix qui passait du chuchotement au cri furieux ...


Bof, ce n'était pas si triste que ça. Hypocrite, classiste, plein de vilains défauts, mais que je suis contente de la discipline reçue et qui m'a aidée toute ma vie ...


 


Tu as bien fait de publier :)



Verdinha 15/10/2010 19:57


Je vois, je vois, tu faisais tout sauf prier pendant la messe du dimanche.
Pour ta pénitence, tu me diras 2 "Je vous salue Marie" et 2 "Notre Père" :D
Bisous
Verdinha


Edmée De Xhavée 15/10/2010 23:35



Ciel! Je ne trouve plus mon chapelet! C'est trop bête, je ne sais pas faire ma punition ....



MiMi du SuD 14/10/2010 10:17


Kikou Edmée,

Et bien voila,notre beau soleil est de retour
sur notre ciel de Provence,et cela fait du bien
au moral :-) surtout quand tu ne peux sortir,je
reste bien sagement à la maison,pour vite guérir,
de cette belle bronchite :-/ je te souhaite une
bonne journée,bisous ensoleillés,et sans microbes
lol !! de Mimi sourire (*_*)


Edmée De Xhavée 15/10/2010 23:35



Soigne bien ta bronchite, Mimi jolie, et tu profiteras vite du beau temps!



Christine 14/10/2010 07:40


je n'ai mis le pied dans une église que le jour de mon baptême et de mon mariage (un passage obligé pour certaines personnes de la famille)... Donc, je n'ai pas ce genre de souvenir... Mais ton
texte est superbe...


Edmée De Xhavée 15/10/2010 23:34



Merci! Alors ça te donne une idée de ce que c'était!!!!



oli4 13/10/2010 21:31


Magnifiques souvenirs .....
Bises,
Olivier


Edmée De Xhavée 15/10/2010 23:32



Merci ... ben à l'époque, comme tu t'en doutes ... c'était une corvée!