Et sur ces pierres, je bâtirai une histoire

Publié le par Edmée De Xhavée

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Aux Etats-Unis, les pierres racontent bien peu, et parlent d’il était une fois qui ne vont pas très loin. Bien entendu, celles du Grand Canyon, des Rocky Mountains ou des rives de Manhattan auraient bien des choses à dire mais nous n’en possédons pas le code. Je veux dire les pierres dont la forme est sortie de la main de l’homme.


C’était déroutant de vivre sur un continent qui n’a pas connu les compagnons bâtisseurs, les artisans au savoir ancestral ou même de pauvres esclaves usant leur vie à la grande œuvre d’un ennemi. Ca m’a manqué là-bas. Depuis toujours j’ai aimé les images de ces autres existences de bien longtemps avant la mienne, qui avaient imprimé la terre de leur empreinte : les lignes du doigt d’un potier sur un tuyau de terre de l’époque romaine, les marches d’une tour de château en ruine usées par ces pieds et chausses d’une époque de fables, les linteaux ouvragés, les gisants dans leur beauté tranquille…  Même une anse de cruche ou tasse remontée à la surface d’un coup de pelle ou suite à de grosses pluies fouilleuses m’émouvait : quelqu’un avait, tous les jours, mis ses doigts sur cet objet quotidien sans importance qui, peut-être, se souvenait de lui.


Roture-3.JPGJ’aime remarquer les signes des êtres qui ont vécu  là où je suis, où je vis ou voyage. C’est rassurant : ils sont là, non pas comme des fantômes mais comme des amoureux des jours, dont les yeux ont vu certaines choses telles que je peux encore les contempler aujourd’hui. Parfois je parcours des rues dont la ligne n’a pas changé… autrefois elles connaissaient le flux heureux de charrettes, chevaux, poules, bourgeois, mendiants, voleurs, prélats. Des processions, des galops d’envahisseurs, des marchés hebdomadaires, des attelages suspects, des putains rieuses, des artistes querelleurs…


Et que dire alors de ceux dont le présent s’est installé directement sur le passé, comme ce monsieur (voir la vidéo, passionnante) qui a dans sa cave une vieille crypte où reposa pendant longtemps le corps du premier évêque de la ville ? Comment vit-on aussi étroitement entrelacé avec des siècles de présence sous les pieds ?

 


 


Publié dans C'est tout moi - ça

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Pâques 21/05/2012 21:59

Passionnée d'histoire, j'aime visiter les anciennes demeures, imaginer la vie autrefois...

Edmée De Xhavée 21/05/2012 22:48



J'aime l'histoire aussi, mais surtout pour ce qu'elle jette dans mon imagination: ces images de gens d'autrefois courant entre les pans de ce mur en ruines, mendiant ou se querellant sur ces
pavés arrondis... Des vies et des mondes se bousculent!



Philippe D 19/05/2012 08:00

Moi, j'imagine la joie d'extirper du sol un objet fabriqué à une époque révolue. Quelle excitation et quelle joie ça doit faire! Mais quelle patience aussi quand pendant des semaines on ne trouve
rien.
Bon weekend.

Edmée De Xhavée 19/05/2012 09:30



Oui, je te comprends! C'est d'ailleurs pour ça que dans mon premier roman Vonette fait des fouilles archéologiques... je suis aussi tout à fait fascinée par ça!


Bon week-end à toi aussi, Philippe!



micha 18/05/2012 02:58

j'aime le photo et quel écrit!!!!!!!!!!

Edmée De Xhavée 18/05/2012 10:00



Thank you dear!



claude 16/05/2012 11:54

Je me faisais semblable réflexion hier, en visitant Santa Croce à Firenze: on y trouve les tombeaux de Dante Alighierio (sic), Gioacchino Rossini, Nicoló Macchiavelli, Galileo Galilei, des fresques
du grand Giotto, un crucifix de Donatello et un de Cimabuè... Entre autres... Une synthèse funèbre des fondements mêmes de notre civilisation. Quel plaisir de parcourir ces rues qui furent les
leures!

Edmée De Xhavée 17/05/2012 10:02



Oh oui, je sais... ça donne un sentiment de proximité avec l'histoire, le passé, tous ces gens que nous connaissons et dont nous pouvons imaginer le regard se posant sur les mêmes choses que
nous... Exhaltant!



micha 16/05/2012 01:08

.........et quelle histoire
...............

Edmée De Xhavée 16/05/2012 09:41