La dispute

Publié le par Edmée De Xhavée

2010-fisherman-satok-bridge.jpgC’était la première fois qu’une dispute de cette force explosait entre eux. Ce qu’ils avaient été jusque là vacillait, poignardé par l’angoisse de l’incertitude, lacéré par cette évidence : on ne se comprend vraiment pas.


 L’entente des mois précédant cette heure de mise à sac de leur couple paraissait une illusion et les indices non remarqués dansaient dans sa mémoire, ce fichier des crimes ineffaçables. Comment donc n’avait-elle pas voulu voir, futilement acharnée qu’elle était à trouver dans leur vie à deux ces ondes brûlantes de tendresse, d’amour infini, de sensualité inépuisable, de douceur réciproque ?

 

Elle sortit dans la pluie d’automne, le visage piqueté par la fraîcheur qui s’y écrasait pour nimber sa peau, l’âme houleuse d’affolement. Le vent tenta de dévorer son petit parapluie pliant qui en fut quitte avec deux baleines cassées. Les éléments, pourtant, ne l’atteignaient pas. Elle dérivait au dehors comme au-dedans, sans présent ni avenir, aussi légère qu’un nuage,  aussi lourde qu’une stèle tombale.

 

Pluie et rafales secouaient les contours du petit parc encerclé de jolies maisons bourgeoises aux façades égayées de balcons à fleurs d’acanthe, de portes à vitraux art déco, de boites aux lettres de cuivre et sonnettes serties dans des gueules de lions. Il ne faisait pas encore froid et sa veste un peu trop légère pour la circonstance – prise au vol avant de claquer la porte sur ses efforts à lui de remettre les choses en place en raisonnant – s’alourdissait  aux épaules. Elle s’abrita sous un arbre, le parapluie pendant au bout de son bras inerte, inerte comme tout son être qui pleurait sans cris ni larmes. Un grand rien l’entourait, l’aspirait ; seul le bruit des gouttes rebondissant sur les feuilles au-dessus d’elle lui parvenait, plaintif chuchotement liquide.

 

Une fenêtre s’ouvrit derrière elle, une voix féminine cria gaiement quelque chose qui lui parvint de façon estompée, là, dans cette ouate anesthésiante où elle s’était repliée. Et puis un violon et un piano lancèrent des poignées de notes dans l’air strié de pluie, notes qui se faufilèrent en elle, ouvrant une porte après l’autre jusqu’à la trouver, elle, la femme en souffrance, la femme  perdue. Comme une héroïne victorienne enterrée vive et brisant sa tombe pour réclamer son existence, son âme s’étira au son de la mélodie parfois maladroite de débutants attentifs qui égrenait de l’amour, la pureté des choses, la vigoureuse beauté du monde. De son cœur jaillit enfin un pleur sans voix, celui de la joie, celui du présent que l’on vit, du futur que l’on entrevoit, du passé qui a engendré tous ces bonheurs encore à venir.

 

Leur rencontre elle-même était un miracle, fruit de tant de hasards et d’enchaînements subtils. Leur amour avait jailli de ce mariage d’un instant, d’un lieu, de la rencontre de leurs yeux, de la tendre familiarité de leurs odeurs que leurs cœurs avaient reconnu d’un temps où ils n’existaient pas. Un tel amour ne craignait rien. Impatience et mauvaise humeur étaient de petits démons bien humains, sans aucun pouvoir sur ce frisson tendre et ardent qui les gardait en un temple de lumière rien qu’à eux.

 

Les vraies larmes, celles qui donnent la parole au chagrin et font taire les jamais, toujours et jamais plus, se mêlèrent sur sa peau avec l’eau du ciel en tumulte. Elle respira et senti l’odeur des feuilles au sol, du tronc de l’arbre, du sentier de gravillons gorgés d’eau. Fermant les yeux, elle s’abandonna aux arômes, à la musique, à la pluie d’automne, sortant de son éclipse pour laisser rebondir la vie dans un plus tard, un instant de plus et puis...   Oui, encore un instant, et elle rentrerait, elle écouterait ce qu’il avait à dire.

 

 On ne se comprenait pas, pas toujours en tout cas. Mais on s’aimait assez pour l’accepter. Encore un instant…

 

Photo: John Lonhienne

Publié dans Love is in the air

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philou 18/03/2011 08:18


bonjour Edmée
rien de telle qu'une bonne mise au point pour redémarrer sur des bases saines!
un peu absent des blogs la tête ailleurs
je dois sous peu reprendre le chemin du trvail et à 53 ans c'est pas fcaile de faire entrer cela dans ma tête...et les jeunes?!
hier, St-Patrick's day, aujourd'hui repos :-)
bonne continuation
bisous de l'Irlandais


Edmée De Xhavée 18/03/2011 20:47



Zut alors, rechercher du boulot à 53 ans, je te comprends! Coup de blues, bien compréhensible. Je croise les doigts, et te souhaite courage et chance. Vive St Patrick (mon Saint patron: mon vrai
prénom est Patricia )



MiMi du SuD 11/03/2011 19:05


Kikou ma belle,

et bien j'ai eu tout les soucis du monde lol !!
en panne d'internet,plus de téléphone,plus de
télévision,tout passe avec Free :-/ voila heureusement
qu'ils ont fait le nécessaire trés rapidement :-)
je te souhaite une bone aprem,et de passer une agréable
soirée,avec ton petit monde,de gros bisous de Mimi.


celestine 09/03/2011 22:18


Il paraît que les disputes sont le ciment des couples qui durent. Ton héroine , en tous cas, a su aller chercher au-dehors le ressourcement nécessaire pour calmer sa colère.L'amour est plus fort
que tout, malgré les incompréhensions et les malentendus. Mais c'est une fleur fragile aussi, qui demande beaucoup de soins. Savoir écouter ce que l'autre a à nous dire, voilà un secret de bonheur.


Edmée De Xhavée 10/03/2011 21:46



Bien dit ... il faut des soins et la perception de l'alchimie qui fait d'un amour un amour unique est importante. Il ne faut pas la perdre de vue!



micha 09/03/2011 19:15


vraies bises


Edmée De Xhavée 10/03/2011 21:49



Bises authentiques!



colo 08/03/2011 18:36


Donner la parole au chagrin par les larmes...puis écouter et comprendre.
Quel beau texte de vie.


Edmée De Xhavée 09/03/2011 16:35



Je suis contente que tu le vois ainsi aussi. L'émotion doit sortir, et la raison revient. L'amour n'est pas parti!