Les femmes exemplaires

Publié le par Edmée De Xhavée

Et si on parlait des femmes exemplaires ? Celles qui vivent une vie de sacrifice avec ce sourire tremblotant, le cou rentré et une criante invisibilité. Qui ont un mari qui, elles le laissent deviner sans mots, est aussi lourd à porter qu’une croix en béton armé mais se retranchent dans un "loyal" mais non quand on compatit. Car elles sont ... soumises, acceptent la dure et injuste loi de l'homme sous laquelle leur mère déjà a courbé l'échine. Que l’on félicite pour leur courage, leur soumission et discrétion, dont on loue les incontestables talents de maîtresse de maison. Des modèles à mettre en vitrine au magasin de l’épouse parfaite.

 

Je ne parle pas des malheureuses qui ont épousé un vrai monstre. Qui de toute façon devraient partir, mais les liens psychologiques sont souvent bien noués jusque dans les tissus de la chair. Ou un vrai égoïste, et qui devraient partir aussi.

 

Non,  je parle de ces tièdes qui se sont mariées parce que la vie est comme le Monopoly :  la case mariage est la case obligée. Et elles adorent faire comme tout le monde. Juste un peu mieux, même. Et soumises, elles ne le sont qu’en apparence. Car ce n’est pas l’homme qu’elles épousent, c’est le mariage. Comme le lierre ou le liseron elles s’enroulent en silence avec cet air humble et inoffensif, et serrent la prise toujours d’avantage. Comme les mantes religieuses elles arrachent la tête du géniteur quand elles ont eu leurs enfants. Les migraines et les dures journées ont raison de la complicité des draps, la tendresse déserte le lit et les belles cérémonies de la chair et se déplace dans la tarte du dimanche et les plats en sauce, les pilules à prendre que l'on dépose près du verre. Les petits mots d’amour un peu idiots ne sont plus ressortis que machinalement quand on veut obtenir quelque chose plus vite.

 

Et le mari, que l’on accuse de plus en plus ouvertement de ne penser qu’à ça comme s’il était un gamin qui veut jouer avec son train électrique au lieu de faire ses devoirs s'efforce de ne plus y penser, se dit avec courage que c'est la vie. Il fuit peu à peu, se saoule de travail - ou se saoule tout court - pour ne pas se demander où est passée la volupté des baisers et caresses, et se voit alors reprocher de ne jamais être là. D’année en année c’est consentant qu’il endosse l’habit du mauvais, de l’éternel absent, du rustre égoïste. Et qu’il a honte d’être un aussi piètre père et mari. Lui qui a une femme exemplaire qui malgré tout … ne va pas voir ailleurs. Il ignore qu’ailleurs signifie pour elle aussi dans d’autres draps et qu’elle a eu assez de mal à se libérer de ceux-ci pour vouloir tout recommencer.

 

Tout le monde le lui dit... il ne sait pas la chance qu'il a de manger à la table d'un roi tous les jours dans une maison dont la poussière ne connaît pas le chemin. Oh qu'il se sent mesquin de cet étrange vide dans son coeur qui a durci sa voix et son regard...

 

Mariage.jpgElle a pris les commandes en douceur, nantie d’un instinct infaillible. Il y a toujours le prétexte de la famille qu’il ne faut pas décevoir, de sa santé qui n’est pas brillante pour l’instant, de ce petit plaisir qu’on peut bien lui faire pour une fois. Jusqu’au jour où il n’y a plus rien à céder parce que la femme soumise a tout en main sans que l’époux, cet ingrat dont on la plaint, ait rien vu venir.  On invite les amis qu'elle veut quand elle veut, on fait les vacances qu'elle veut, et le carousel de ses routines à elle emporte le manège. Les oui chéri ont cédé la place à comme tu voudras, remplacés peu à peu par d’adroits on doit toujours faire comme tu veux et pour une fois, pourrais-tu me faire plaisir ?

 

Et comme amour et loyauté, elle lègue de lui à ses enfants l’image d’un égoïste, d’un emmerdeur, d’un dominateur, d’un jamais-content-jamais-là qui la laisse seule avec les enfants. On chuchote quand il arrive, on glousse. On le craint et ne le respecte pas.

 

En silence, elle a tué le bonheur dans leur mariage. Et gardé le mariage.

 

 

Ne le disait-on pas assez...: méfiez-vous des eaux dormantes!

Publié dans Love is in the air

Commenter cet article

Anne Renault 27/02/2012 19:12

Bonjour Edmée, je viens de lire ton texte sur "les femmes exemplaires" et le mariage. Des femmes exemplaires, au sens traditionnel, je n'en connais pas : je suis une enfant de 68, du féminisme, de
la pilule, des communautés, de toute cette libération qui s'est produite...il y a longtemps. Donc, mais copines, mes amies et moi, nous n'entrons pas trop dans les canons de la bourgeoisie qui n'a
pas changé.
Mais pour le mariage, je suis pour, à condition qu'il soit"amélioré", c'est à dire qu'il laisse une part de solitude et de liberté - dans tous les domaines - à chacun des conjoints. C'est bon de
n'être pas seul(e), à tous les âges de la vie, d'avoir quelqu'un de proche, de tendre, qui partage bonnes choses mais aussi peines, difficultés, maladies. Pour moi, un mari est aussi le père des
enfants, et c'est d'une importance majeur. Voir sur le sujet du mariage les romans des soeurs Groult (Flora et Benoîte), très bons écrivains et femmes sensées.
Non, je ne suis pas une femme mariée "exemplaire", mais je suis une bonne épouse... je crois.

Edmée De Xhavée 28/02/2012 09:38



Je suis d'accord avec ton idée qu'il faut une dose raisonnable de solitude et de liberté.


Mais crois-moi, ces femmes exemplaires existent encore et existeront toujours. Ce sont celles qui ne veulent pas être libres parce que libre signifie aussi responsable. Elles préfèrent quitter
l'autorité parentale, dont elles se plaignent mais qui est sans danger réel et leur assure la protection que l'on doit à ceux que l'on contrôle, et se choisir un mari quelque peu décideur dans
les bras duquel elles déposeront le fardeau de leur existence.


Et comme elles ne sont pas réellement soumise mais adroites et rusées, elles e trouveront très bien dans ce rôle de la femme soumise sous le joug d'un ronchon colérique (qui le devient de plus en
plus sous le poids d'une double vie à transporter) et se gagnent en fait tout le confort de qui ne doit jamais trancher, affronter, décider, soupeser... Et le mari est loin d'être celui des deux
qui tourmente le plus l'autre même s'il est celui qui s'exprime le plus



micha 25/02/2012 20:32

un très beau dimanche, chère!

Edmée De Xhavée 26/02/2012 10:57



Same to you my dear...



Philippe D 25/02/2012 17:09

J'adore la photo que tu as choisie pour illustrer ton article!

Edmée De Xhavée 25/02/2012 20:39



Je n'en doute pas!



Nadine 25/02/2012 09:07

Le texte et l'image nous parlent tellement bien ! On en connaît tous des femmes comme ça. Bravo Edmée pour ce très beau texte, encore une fois.

Edmée De Xhavée 25/02/2012 20:34



Eh oui, on en connaît toutes... Merci Nadine!



micha 25/02/2012 01:26

bin bonne nuit à toi qui lis entre mes lignes;-)

Edmée De Xhavée 25/02/2012 20:37



Bonne nuit