Les impures

Publié le par Edmée De Xhavée

Tetra.jpgEt voilà qu’on arrivait à l’âge où on « était une jeune fille ». Les garçons faisaient des couacs avec leur voix, et nous on avait de la poitrine naissante et les règles entraient dans notre vie. On nous mettait bien en garde contre notre mauvaise humeur de « ces jours-là » que l’on devait vaincre. Et on vivait ces jours-là dans la honte : personne ne devait soupçonner que nous étions normales. Je laisserai de côté l’horreur des serviettes à laver, car je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître : les serviettes à jeter étaient un gaspillage et nos mères avaient survécu aux lessives et nous le ferions aussi. J’ai dû lutter pour que la mienne cède…

Il faut dire qu’à elle, on n’avait rien dit et que quand elle a eu ses règles en classe, elle croyait être en train de mourir ! Et comme elle était dans un pensionnat religieux, on l’a enveloppée dans une couverture pour la faire sortir de la classe, ajoutant à sa frayeur : elle était non seulement mourante mais elle choquait tout le monde… Quant à son premier soutien-gorge, elle se l’est cousue elle-même en cachette car on ne parlait pas ce ça

Il n’y avait qu’à la meilleure amie que l’on confiait en classe que… je suis T.I.X ! C’était le code hermétique que mon amie Bernadette et moi avions imaginé : la première et la dernière lettre de Tampax. Le seul avantage de cet état peu agréable était qu’on avait une excuse toute trouvée – et invérifiable -  pour ne pas aller au bassin de natation ni à la gymnastique. On devait chuchoter cette confidence humiliante au professeur, sous les ricanements des autres qui savaient que nous étions impures… C’est pas ça… on ricanait aussi de la malheureuse fille un peu précocement développée qui dans la classe était la seule à avoir de la poitrine, et comme les soutien-gorge pour petites gorges d’adolescente étaient rares, ladite poitrine faisait le balancier…

Bernadette et moi étions tix presqu’en permanence, surtout si on devait sauter sur le cheval d’arçon – nous aimions assez les espaliers. Et moi rien que de penser au terrible monsieur Bodeux au bassin de natation, ce fin psychologue qui pour faire passer ma peur de l’eau m’y a jetée en m’en dégoûtant à tout jamais et encore après, je me sentais tix, très tix.

Plus tard, en vacances en Italie, alors que je refusais en rougissant d’aller faire trempette avec les autres et de me mettre en bikini, les Italiens, informés par des bataillons de mammas et de sœurs, constataient sans étonnement « ah ! tu as tes règles » … oh que la vie était donc simple tout à coup ! Je pouvais même être d’humeur fragile… Je n’étais plus impure ces jours-là… j’étais seulement un peu nerveuse

Publié dans C'est tout moi - ça

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Adrienne 15/02/2012 17:22

ah ça me rappelle des souvenirs ;-)
les serviettes jetables existaient depuis longtemps mais ma mère était contre (économie économie) alors pour ma journée d'école j'avais de ces serviettes en tissu dans un sachet plastique dans mon
cartable, tout un tas, pour une journée entière... mais comme j'avais des règles très abondantes, c'était l'horreur, c'était tout de suite percé... ah quel malheur quand j'y repense, quel perpétuel
cauchemar de la tache sur les vêtements... et comment aller "discrètement" aux toilettes avec des serviettes en tissu? personne d'autre à l'école n'avait ce genre d'accoutrement, j'avais la honte
en plus des soucis que ça me causait! quand je pense que je n'avais pas même 13 ans!
après une paire d'années ma mère a fini par être convaincue et nous sommes passées toutes les deux ensemble aux serviettes jetables...
voilà des choses bien intimes que je ne raconte jamais sur mon blog ;-)

Edmée De Xhavée 16/02/2012 15:34



C'est vrai que ce fut une époque affreuse, avec ces pauvres mères qui n'osaient passer des bonnes vieilles serviettes à laver au gaspillage éhonté de celles à jeter! J'en ai eu aussi, et puis les
premières à jeter n'étaient pas vraiment efficaces, je devais en empiler pour avoir la paix .


Et oui, la frayeur de la tache indiscrète, je me souviens!!! Heureusement que c'est loin derrrière!



Martine 03/02/2012 20:33

Bonsoir Edmée,

Oh fan! Quel sujet! ;) Heureusement que je suis née plus tard. Tu parles d'une histoire tous les mois cette "lessive" :(
Merci pour ce partage de tes souvenirs...
Bises
Martine

Edmée De Xhavée 03/02/2012 21:39



Une des plus belles découvertes de mon ère... les serviettes à JE-TER!



micha 03/02/2012 03:32

bon week-end!!!!!!!!!!

Edmée De Xhavée 03/02/2012 20:31



Toi aussi!



mamou 02/02/2012 10:24

je me suis étonnée régulièrement dans ma jeunesse de tout ces drapeaux blancs accrochés régulièrement au fil à linge...!
je n'ai pas connu cet "arnachement" mensuel...mais je l'ai frôlé ! la chance d'avoir une mère moderne m'autorisant très vite l'utilisation du TIX m'a sauvé la vie !
on parlait de "période", on disait "elle a vu"... quelle cinéma !

Edmée De Xhavée 03/02/2012 20:29



Un époque! Toute une époque! Ma mère n'osait être moderne, elle a bien dû car je savais 'scier'!



micha 31/01/2012 23:29

mais s'il ne les tient pas, exit, ouste;))))

Edmée De Xhavée 03/02/2012 20:27



Yeaaaaah! Et comment!