Non mais... qu'est-ce qu'il m'a pris ce jour là?

Publié le par Edmée De Xhavée

Salome-et-Pat.jpgNon, je n’ai pas toujours été raisonnable et posée,ne le suis d’ailleurs toujours pas en toute occasion. Mais un jour, ma naïve indignation m’a valu d’être remise à ma place de cuisante manière, et vous ne pourrez que vous en amuser.

 

Aix-en-Provence. Les cigales, les toits de tuile. Une charmante maison patinée par le mistral et le soleil. Le vin blanc bu sous l’ombrage d’un pin parasol. Un jardin sauvage, jauni par la chaleur, explosant de fleurs et cactées, embaumant l’air de ses parfums de terre et rustiques buissons.

 

Le décor est planté.

 

Les acteurs, maintenant. Je changerai leurs noms. Dolorès, ex danseuse d’origine espagnole de petite taille, vieillissante et charmante, recyclée en serveuse au restaurant que je fréquentais avec assiduité. Helmut, son compagnon, un Allemand de proportions imposantes, vivant exclusivement de ses rentes et de tournois de bridge international. Dolorès et lui, c’est un peu King Kong et Ann Darow (la proie de la passion de King Kong). Il la traite avec délicatesse comme s’il craignait de la casser, et elle joue coquettement son rôle de petit Tanagra fragile en minaudant. Et puis, Edmée et son compagnon. Dolorès et Helmut ont visiblement attaqué la cave à vin depuis un bout de temps, et se lancent, entre deux sourires destinés à nous rassurer - tout va bien - des accusations cinglantes. Elle lui en veut parce qu’il ne veut pas l’épouser et qu’il obéit à sa mère – qui vient de passer un séjour enchanteur avec eux - comme un enfant. On a du  mal à imaginer que King Kong puisse avoir peur de sa mère. Chaque joute se termine par un verre de vin supposé rafraîchir les idées. L’occasion de la rencontre est un tournoi de bridge international qui aura lieu le soir même en ville avec … rien de moins qu’Omar Sharif ! Et Helmut attend des bridgeurs Allemands qui sont invités pour un petit repas provençal sans façons.

 

Les voilà qui arrivent, et ils attribuent sans doute les joues rouges d’Helmut et Dolorès à la chaleur et la joie de les voir. On apporte le saucisson, le pain, les olives, la tapenade, les pizzette, du vin. Au début, c’est un ravissement. Les invités s’attendrissent sur le jardin et la vue sur les collines, ils bénissent la journée et son soleil, complimentent la qualité des mets, et tentent de parler bridge. Mais Helmut et Dolorès ont alors passé le point de non-retour dans leur dispute, et leur teint s’anime comme leurs propos. Jusqu’au bouquet final qui piétine à mort tout le charme de cette journée sans pareille : Dolorès se lève et jette son verre de vin à la tête d’Helmut en proclamant, haut et fort : Sale Teuton ! Rustre !

 

Petit arrêt sur image. Plus une cigale ne chante, le jardinet se fige, même les nuages s’arrêtent. Seules luisent les gouttes de vin sur le visage flamboyant d’Helmut, imbibant sa chemise. Les autres Teutons se lèvent solennellement, s’excusent et s’en vont. J’aurais été bien inspirée de le faire aussi, mais nous avions un peu honte de les abandonner comme ça, avec leur colère et leurs reproches, King Kong et Miss Darow ! Qui d’ailleurs se sont rués dans la maison en criant comme des chats en rut.

 

Nous sommes restés dehors, savourant – avec mesure, nous ! – le vin et les mets, en nous disant que nous entendrions bien si les choses se gâtaient. Et bien vite en effet les cris se sont amplifiés et, avec des images de meurtre dans la tête nous avons grimpé les escaliers pour découvrir le spectacle d’Helmut étranglant Dolorès sur leur lit d’amour, devant une photo de Dolorès en tutu, l’air virginal et serein. Mais sur son lit, elle poussait des grl grl grl, le corps arqué dans une pose gracieuse qui aurait dû m’alerter, une jambe allongée et l’autre repliée, le mollet tendu et la poitrine offerte. Il ne manquait que les chaussons de satin rose, un diadème de strass et les mètres de tulle. J’aurais dû être alarmée par ce tableau trop bien mis en scène, signal du début d’une réconciliation torride sur l’oreiller, mais mon sens du devoir m’a armée d’un sentiment bien illusoire d’invincibilité. J’ai foncé sur Helmut – malgré les injonctions de mon compagnon qui y voyait plus clair que moi – et ai martelé son torse mariné au vin blanc avec toute ma force. Très déçue, Dolorès se met à vociférer : Non, laisse-le ! Laisse-le ! tandis que King Kong se redressait, le regard aussi expressif que celui d’un vieux teddy bear pelé. Et, en vacillant, il m’a écrasé le poing (un gros poing !) sur la bouche, me catapultant en arrière. J’ai atterri sur le derrière, la bouche ouverte et d’un volume impressionnant … et en larmes ! J’avais tout à coup 5 ans, et pleurais de fureur indignée en face de King Kong qui venait de s’asseoir sur le lit, avait pris la photo de Dolorès et pleurait, m’ayant tout à fait oubliée : Mon bedid enfant, z’est  mon bedid enfant … Dolorès, très fâchée sur moi, nous a dit de nous en aller.

 

Par la suite, Helmut n’a jamais compris pourquoi je ne voulais plus m’asseoir à sa table quand il venait addendre zon bedid enfant …

 

Et avec tout ça, moi qui voulais voir Omar Sharif le soir, je n’ai pas osé l’épouvanter avec ma bouche polpa di pomodoro ….

Publié dans Un peu d'humour

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Go 04/03/2011 22:27


Oui, en effet, si on insiste de redresser les torts, voire de dire son opinion, on va tout droit dans un récit donquichottesque. Lui, il a perdu des dents... Content que tu as survécu sans dommage
permanent. Magnifique histoire.


Edmée De Xhavée 04/03/2011 23:56



Merci Go! Pas le temps de venir te rendre visite ce soir, mais c'est avec plaisir que je viendrai demain!



Verdinha 12/02/2011 00:00


Ah, pardon pour l'erreur, ne fais pas attention, c'est la sénilité...
Eh, on ne sait jamais avec tout ce qu'on fait en médecine... Qui sait si quand on m'a retiré mon dernier ovaire (j'avais perdu l'autre par éclatement d'un kyste), on ne m'a pas pris des ovules qui
sont gardés pour la postérité????
Mais tes animaux ont certainement fait des enfants et ils sont un peu devenu tiens , non ?
Bon week-end !
Bisous


micha 11/02/2011 15:27


Très gros bisous!


Edmée De Xhavée 11/02/2011 23:52



Re-gros bisous!



Verdinha 11/02/2011 11:04


C'est tout l'art de dramatiser : on imagine le pire alors que c'était le meilleur qui se passait.
Puisque plusieurs personnes ont parlé de D. Quichotte, moi je dirai "Bravo, super-femme !".
Tu as un vrai don pour nous faire entrer dans tes récits, c'est un vrai plaisir de te lire ! Tu as déjà fait un enfant, écrit un livre, à quand le film ???
Bisous
Verdinha


Edmée De Xhavée 11/02/2011 23:49



Tu avoueras qu'ils avaient une drôle de recette pour leur "meilleur" . Merci, c'est vrai que je fus courageuse et
vailllante, hahaha!


Mais non, j'ai pas eu d'enfants ... où as-tu vu ça? Qui m'a fait un enfant dans le dos?


Bisous!



Pâques 10/02/2011 22:15


Quelle histoire!!!
Intervenir c'est quand même mieux (on ne sait jamais).
Heureusement c'était un jeu :-)
Bravo Edmée!


Edmée De Xhavée 11/02/2011 02:18



C'est vrai, Marcelle, je fus brave en fait... même si un tantinet bête aussi!