Qui étais-tu, Léonie?

Publié le par Edmée De Xhavée

scan0001.jpgCette jeune femme à l’expression peu spontanée, c’est mon arrière-arrière-grand-mère, Léonie. Bien sûr, à l’époque, il ne fallait vraiment pas bouger, et j’ose espérer qu’une fois la photo prise, elle a soupiré « enfin ! » avec un joli sourire réjoui, tout en lissant le devant de sa robe sombre ou vérifiant sa coiffure d’un tapotement des doigts coquet.

 

1831-1917, c’est son résumé bien laconique, et presque tout ce qu’on en sait. Née à Haut Regard, au sud de Theux. Sa famille était riche. Quand elle s’est mariée, elle et son mari firent beaucoup de voyages et il paraît qu’ils s’occupèrent peu de leurs enfants, comme hélàs c’était alors de bon ton dans les grandes familles où les enfants ne devaient pas déranger. Il semble que son père et son mari aient eu une société de « commerce de pyrites et de charbons de terre », qui fut dissoute. Le frère de son mari lui offrit alors un poste de vérificateur de la comptabilité des mines à la Vieille Montagne où lui-même était ingénieur-directeur. Le veinard… ça ne lui demandait que quelques jours de travail par an pour leur assurer des revenus suffisants ! Ils pouvaient donc continuer de voyager.

 

Mais … il reste de Léonie la rumeur qu’elle et son mari ne s’entendaient pas. Ou ne s’entendaient plus. Ils se sont séparés avec l’élégance d’alors, c'est-à-dire qu’elle est restée à Haut Regard et lui est parti habiter Anvers. Ils ont quand même eu des enfants, et elle a connu ses petits-enfants (lui est mort assez jeune), donc il y eut des moments où ils ont accompli leur « devoir ». Qui sait si ce fut avec amitié, politesse, ou un élan quelconque.

 

A-t-elle aimé, Léonie ? Son époux, ou un autre avant son mariage – ou après ? A-t-elle connu le plaisir de donner un baiser, une caresse à un homme avec la certitude de nourrir son cœur, de devenir inoubliable ? A-t-elle guetté des pas sur un gravier, l’arrivée d’une calèche, la vision d’une veste à la patère, le son d’une voix derrière une porte ? A-t-elle pleuré un éloignement incontournable, a-t-elle gardé un bouquet de bal séché et décoloré par les ans, mais où tout un défilé d’images heureuses restait emprisonné ? Ou a-t-elle pensé que c’était la vie, que le romantisme n’y avait sa place que pour incliner les jeunes filles au mariage et engendrer des enfants dont la vie remplirait la leur ?

 

Il est étrange de ne rien connaître du cœur de cette jeune fille bien élevée, elle qui pourtant vit en moi et en tous ses descendants. À l’époque, on ne confiait que rarement ses pensées. Les lettres et journaux intimes étaient respectueusement détruits à la mort par des filles ou fils prudents, pour qu’on ne sache jamais. On étouffait ainsi les scandales, les rebellions, les adultères – vrais, ou suivant une voluptueuse carte du tendre secrète. Mais on faisait taire aussi les élans multicolores de toute une personnalité. Aimait-elle les fleurs, les toilettes, l’opéra, les ris de veaux, le vin, le luxe, les traversées en bateau ? Ecoutait-elle inlassablement les récits de ses beaux-parents qui avaient connu les terrifiantes traversées vers et de Batavia dans les Indes hollandaises ? A-t-elle craint de perdre ses jolies formes ? A-t-elle enfoui son visage dans le pelage d’un chat aimé pour y chercher le réconfort ou y cacher la joie ?

 

A-t-on célébré sa beauté, son caractère, sa façon de valser ? A-t-elle eu l’heur de choisir son époux parmi quelques prétendants ou le lui a-t-on imposé avec les garanties enthousiastes que l’on avait alors : Un bel homme, une bonne famille. Né en Hollande. Un peu délicat de santé. De l’argent, de belles manières.

 

Quelles odeurs aimait-elle, comment était son rire ? A-t-elle fini par ressentir de l’amour envers ses enfants, un amour qui a enrichi sa vie ? Sa fille Louise s’est évanouie de chagrin lors de son décès… il fallait donc que quelque chose ait grandi entre elles.

 

Léonie, où s’arrêtent donc tes mystères ?

 

Publié dans Personnel

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Claude Danze 09/07/2011 21:50


Je crois que presque tous nous avons au moins une Léonie. Ou un Léon. Les miens s'appelaient Pierre, Florence, Alexandre, Mélina... Plus loin encore dans le temps, François-Xavier, Armand,
Philomène... Je pense depuis un moment en faire une chronique sur mon blog. Que d'anecdotes vécues ou entendu rapportées aux anciennes veillées... Aujourd'hui, trop souvent,on allume la télé au
lieu de se les raconter! Et passent, cassent nos racines... Et celles de nos enfants...


Edmée De Xhavée 10/07/2011 18:04



Oui, tout à fait! Et pourtant l'histoire des Léonie, Pierre, Florence et autres sont les nôtres, nous en contenons des parcelles de mémoire... c'est tellement mieux et plus personnel que la TV!



Channig 07/04/2010 22:24


J'ai beau cherché je ne trouve pas mon long commentaire...encore une fois il s'est envolé !!! trop long sans doute.Léonie et ta prose à son sujet en sont la cause. C'est un sujet que j'aime
particulièrement : celui de ta famille, de tes grands parents, etc....et puis, je dois l'avouer ils ravivent en moi des souvenirs.
Je me (re)lance Edmée. je disais dans mon autre com qu'un jour en me promenant à la baule, sur la route de mes vacances j'ai aperçu mes grands parents ... en carte postale bien sûr car ils étaient
décédés tous les deux depuis 2 ou 3 ans. Il étaient sur une dizaine de cartes postales différentes. J'en ai acheté plusieurs de chaque pour en donner à la famille car je pensais bien que personne
n'était au courant...même pas les intéressés !! Il faut dire que ma grand-mère était populaire dans l'île d'où nous sommes originaires et où elle habitait. Elle faisait une spécialité culinaire que
beaucoup de gens venaient goûter même du continent ...On la voyait assez souvent sur quelques livres de cuisine de la région. Lorsque des photographes passaient près de sa maison dans l'île ils
étaient accueillis, par elle et par mon grand-père d'ailleurs aussi, les bras ouverts :ils étaient invités à rentrer, à boire un petit verre et à manger un morceau de sa spécialité. Elle a été
photographiée lors de la préparation, de la cuisson et de la dégustation de son fameux gâteau comme on la voit sur les cartes postales !!! C'est un souvenir supplémentaire pour moi que de regarder
ces cartes. Lorsqu'ils ont fêté leurs 65 ans de mariage (hé oui..) ils sont repassés à l'église (comme au jour de leur mariage). On les a tous accompagnés à l'église et on a fait la fête au
restaurant !!!J'aimerais que mes petits enfants gardent de moi un tel souvenir !!! Ma petite dernière, dont on a fêté l'anniversaire il y a une semaine me demande, lorsque je lui fais, au coucher,
le bisou dans son lit : "mamie raconte moi, s'il te plait, l'histoire de ton enfance au phare"...C'est la raison pour laquelle j'ai eu l'idée du blog et puis je me suis aperçue, rapidement, que le
blog, finalement, n'était pas très personnel !! ce que je ne savais pas à l'ouverture. Je ne l'ai pas fermé mais je lui ai donné une autre direction ...
Lorsqu'on visite le musée de cette île on entend, en entrant, la voix de ma grand-mère et ça je ne le savais pas non plus...la première fois (et les autres aussi d'ailleurs)ça fait "tout drôle".
Que de souvenirs surgissent en moi !! et tout ça Edmée à cause de, ou grâce à, Léonie... c'est formidable !!
Je crois que cette fois-ci je vais faire partir mon com sans le relire...des fois que je le fasse partir aux oubliettes encore....
Je t'embrasse Edmée et te dis à bientôt


Edmée De Xhavée 07/04/2010 23:54



Quelle splendide histoire, Channig! Merci de la partager, c'est formidable, quelle chance au fond... Oh que je suis fière pour toi d'une telle grand-mère, restée fameuse par sa voix et sa
cuisine, et pour toi, par tant de tendresse et de choses racontées. Je trouve cette histoire si émouvante, trouver tes grands-parents sur des cartes postales... extraordinaire!


Qui sait combien de gens ont encore des photos de ta grand-mère sans savoir que c'est elle...Un morceau de l'histoire de ton coin du monde...



Michel 31/03/2010 13:42


... et élégante bien sûr, qui était comprise dans mon charmante !!!!!!

Bonjour Edmée, et très grandes bises !!!!


Edmée De Xhavée 02/04/2010 18:29



Toujours amateur de top models, hein



fauvette 30/03/2010 09:05


Tu m'as vraiment fait rire ! Merci ! Ca fait du bien pour commencer une journée (même si elle est déjà commencée depuis quelques heures) !
Ca va être difficile de trouver des photos de moi ! Je déteste ça, je ne suis pas du tout photogiénique, contrairement à mon Philou qui est toujours bien fait et à mes trois loustics qui
heureusement tiennent de leur papa (sur ce coup-là du moins !) LOL
Gros bisous !


Edmée De Xhavée 30/03/2010 12:49


Tu sais, je suis de moins en moins photogénique, il m'arrive de ressembler à une gargouille . Mon mari aussi est plus
photogénique que moi, va donc voir ici, on m'y présente et je suis avec lui. Il n'est pas au top, remarque... http://recreaction.over-blog.org/

Ben alors, dans 150 ans, ils ne trouveront que des photos de toi enfant! Avec une belle boucle sur la tête et des joues rondes.

Gros bisous!


fauvette 29/03/2010 16:46


Mais qu'est-ce que tu racontes ?? Tu es déjà écrivain, connue du public, évidemment qu'on pourra encore parler de toi ! Puis, tu as sûrement des neveux, nièces, filleul(e)s...Ce ne sont pas
toujours les descendants directs qui parlent le mieux, crois-moi !
Et tu vas laisser des traces, tandis que moi non, tu vois ?
Bisous


Edmée De Xhavée 30/03/2010 00:00


Je ne suis pas connue du public, tu sais! Un peu connue d'un certain public (de connaisseurs comme toi ), mais je doute
vraiment que dans 150 ans, il en reste quelque chose, ha-ha-ha! Et mes neveux et nièce... difficile à savoir ce qu'ils raconteront à leurs enfants et qui passera encore aux petits-enfants,
hein!

Mais ce n'est pas grave, tu sais, je ne me tracasse pas pour après!

Pareil pour toi, on ne peut pas prévoir ... de toute façon oui, il restera bien une vieille photo de cette bizarre tante Edmée ou tante Fauvette qui sera examinée (j'espère que ce sera une photo où
on est bien, sans cous de dindons, pattes d'oies, joues de bulldog ... rien de zoologique, quoi ) et plein de
suppositions seront faites sur nos sourires et ce qu'on a bien pu penser au moment de la photo, ha-ha!