Voici comment ça commence ...

Publié le par Edmée De Xhavée

J’ai décidé de révéler le début de mon roman, « Les romanichels ». Parce que ceci, c’est un blog, des articles courts, de tons différents. Quel est donc le ton de ce livre, quelle est sa couleur, sa mélodie ?  Alors voilà. Entre parenthèses j’ai mis les quelques expressions qui, dans récit, sont expliquées en bas de page.

 

***

 

Je n’ai pas dormi. Et je suis en nage ! C’est plus l’énervement que la chaleur, une sorte de stress qui m’a inondée. J’ai pu trouver une place dans l’avion Linate-Bruxelles en dernière minute. Il n’y avait plus rien depuis Turin, et Pierluigi m’a conduite à Linate. M’a dit de me calmer, que ça ne servait à rien de partir voir Mammita si je restais dans cet état d’esprit. Que c’était ma mère après tout, que je devais prendre sur moi. Facile pour lui, il est Italien, les Italiens adorent leurs mères même si ce sont des sorcières, et sans doute encore plus si ce sont des sorcières. Dans leurs manigances, ils ne voient que le sincère désir de les protéger. Chaque fois qu’elles jettent une pierre dans le jardin de l’épouse, c’est pour le bien de tous… une mère ne ferait pas de mal à ses enfants, n’est-ce pas ? Comment peut-on simplement le penser ? Elle peut se tromper, emportée par la passion maternelle, mais est toujours animée par l’amour. Di mamma ce n’è una sola (on n’a qu’une seule mère)! Heureusement, ajouté-je chaque fois qu’il me dit cette stupide phrase hypnotique. Il rit. Les Italiens aiment les femmes, il faut le leur accorder ! Ils ne s’attendent pas - après des années passées auprès de leur terrible mamma - à la perfection,  l’objectivité, la constance, la rigueur. Alors que je refusais de l’épouser, l’avertissant sincèrement que j’avais mauvais caractère et étais souvent de mauvaise foi, il m’a dit, tout perplexe : « Mais ce n’est pas grave, ça ! Toutes les femmes sont ainsi ! »

 

   Bon. Il n’avait pas d’illusions, au moins. Et il m’aime tranquillement malgré nos disputes orageuses, les joutes venimeuses entre sa mère et moi, mon exaspération sans cesse renouvelée à l’égard des fantocci… ses co-nationaux. 

 

   Hier, après avoir reçu le coup de fil de Mammita, et n’ayant pas su lui dire non, je fulminais. Nous étions sur le point de partir sur l’île de Brioni, où nous allions nous retrouver avec Gigi et Francesca, Mario et Mario, et Loredana et Giancarlo. Je n’avais aucune envie d’aller à Bruxelles, chez elle, sous un ciel sans doute décevant, même pour « une semaine si tu ne peux pas plus » Mais d’habitude elle n’insiste jamais, faisant retraite dès qu’elle remarque l’ombre d’une réticence chez moi, et elle a toujours respecté la liberté. La sienne et celle des autres. Donc la mienne. Parfois même j’avais pensé qu’elle aurait quand même pu un peu insister, et me demandais si vraiment elle avait eu l’intention que je vienne. Mais hier, elle n’a pas lâché prise, m’a balancé avec subtilité « Oh, mais combien de temps partez-vous à Brioni ? » « Tout le mois d’août ! Mais Pierluigi ne sait pas rester tout le temps, et… » « Si tu veux, ne reste qu’une petite semaine, je n’aime pas te faire rater un plaisir, Pierluigi travaille beaucoup et vous en avez sans doute besoin … mais peux-tu faire un petit extra pour ta vieille schnoquesse de mère ? Juste cette fois ? »

 

   J’ai eu un spasme dans le ventre, une sorte de pleur effrayé qui traduisait la rareté de cette situation : si Mammita insiste, elle a une raison. Elle n’a jamais été capricieuse ni vraiment égoïste. Pas proche de moi non plus, ni moi d’elle, mais sans hostilité. Un peu comme si nous étions tante et nièce, sans l’intimité qui semble parfois exister entre certaines mères et filles. Ni la froide rivalité qui existe entre d’autres. Je lui ai demandé : « Quelque chose ne va pas ? », mais elle a eu une réponse de pythie : « Eh bien, si je dois te répondre honnêtement, et là sur le tas, je dirais que quelque chose vient de changer pour moi, mais ne t’inquiète pas ! » Elle ne m’a jamais appelée pour me dire que quelque chose de bien lui arrivait… ce n’est pas le genre de choses qu’elle partage avec moi. Nous sommes plutôt du style à nous échanger bouquins, recettes de cuisine, adresses de bons hôtels…

 

   Alors Pierluigi et moi sommes allés manger en amoureux chez Catullo, le long du Po, pour faire le deuil de cette semaine de plaisirs que nous n’aurions pas ensemble. Nous nous entendons toujours à merveille quand nous ne sommes pressés par rien. Par-dessus la nappe vieux-rose il me caressait distraitement la main, je dis distraitement mais c’est moi qui me sentais loin de lui, je le reconnais. C’est moi qui ne sentais sa caresse que distraitement. Il m’a encore promis de demander à Catullo où trouver ce Fulvio Pregl qui a peint les grands naïfs sur verre qu’il a dans l’entrée, et qui rappellent Kovacic. Ce type est toujours ailleurs quand on veut le contacter.

 

   Pierluigi m’a dit « Prends du champagne dans l’avion, il faut te mettre dans un état d’esprit de celebrazione, sinon tu vas te fixer sur ce que tu n’auras pas, une semaine ou plus avec la banda del bucco (la bande du trou) - c’était le surnom que nous donnions à notre petit groupe, en référence à une bande de voleurs de Turin qui s’introduisait dans les magasins la nuit en faisant un trou par le toit - au lieu d’aller à la découverte de ce que Mammita veut te dire ».

 

   J’en suis à mon second verre. Encore un peu déçue toutefois en imaginant Pierluigi qui charge la voiture tout seul, prendra l’autoroute tout seul, et ouvrira la villa tout seul. Les autres n’arrivent que demain en fin d’après-midi. Ils feront leurs premiers bains en braillant vamos a la playa, oh ! oh-oh-oh, et seront bronzés quand j’arriverai avec mon teint bruxellois, auront déjà épuisé le plaisir des premières grillades de dorades sur le barbecue du jardin, se seront raconté tous les commérages. Je ne devrais pas, je le sais, me laisser aller à la râlette. C’est vrai qu’on va à la villa tous les ans, parfois aussi pour un pont, et de toute façon, on se rend aussi souvent du côté de San Remo, où Gigi et Francesca ont une cascina (petite maison campagnarde) en colline. Il m’arrive même de me sentir lasse de leur compagnie, nous ne nous disputons jamais, mais au fond, nos vies sont toujours les mêmes, et ce qui nous fait rire, ce sont presque toujours les vieilles histoires racontées cent fois. Celles qui commencent par je n’oublierai jamais la fois où… et raconte encore cette histoire pazzesca (dingue) avec ton premier fiancé, etc… Il n’y a que Mario et Mario qui trouvent toujours des nouveautés tout à fait abracadabrantes, qu’on ne croit pas à cent pour cent, mais qui nous font sortir les yeux de la tête, ou hurler de rire, ou nous enlèvent le sommeil d’inquiétude… Que va me dire Mammita ?

 

***

Eh oui, que va donc  bien dire Mammita ? Bien des choses. Toute une vie, de l’amour et des haines profondes, des cris de joies et de déchirement. Un secret. Le poids des différences, des conventions.

 

Et voici aussi les impressions de mes deux dernières lectrices : Fauvette d’abord, découverte de blog à blog, qui s’est laissée tenter, et m’a mis ce gentil commentaire :

 

Mais j'ai le plaisir de te dire que j'ai fini ton livre. Honnêtement, j'ai adoré ! Quelles vies, si différentes sur certains points mais aussi si semblables sur d'autres... (…) ! Quel déchirement ! Tout ça pour la bienveillance et les "qu'en dira-t-on ?"... Je dois être un peu rebelle, je m'en rends compte...je déteste les rituels, les obligations parce qu'on a toujours fait comme ça et qu'on n'a jamais vu faire autrement....A bas les visières et les idées toute faites !


Un livre superbe à lire, qui vous emmène en voyage, au travers de vies si bien contées ! Et pourtant, à voir la couverture, je n'étais pas tentée...comme quoi il faut passer au-dessus pour pouvoir profiter de ce si bel écrit ! A quand ton nouveau roman ? Je suis vraiment impatiente de pouvoir à nouveau te lire !

 

Et puis Carine-Laure Desguin, auteure de l’écurie Chloé des lys, dont on attend la sortie du livre très prochainement. Cet avis, elle l’a mis – avec l’amour de la rime primesautière qui la caractérise – sur le forum de l’éditeur. A la suite de quelques réparties taquines, je lui avais demandé si elle me suivait. Et voici la réponse :

 

Que répondre à cette question ?
Les aînées ont bien sûr raison !
Oui j'aimerais te suivre
J'aime bien moi lire ton livre !

Demande-moi lequel ?
Heuuu "les Romanichels" !
C'est gai et page après page
ça glisse et ça déménage
Une très belle histoire de famille
Les sentiments se déshabillent
Les châteaux se désargentent
On s'enchante et se désenchante
Et de Verviers vers l'Italie
Tout est écrit rien ne s'oublie...

Et puis, laissez-moi vous annoncer que la blogosphère de TV5 a retenu mon blog comme étant parmi les meilleurs de la langue française, un plaisir et un honneur que je ne peux pas vraiment passer sous silence! Je m'y trouve donc représentée sous la rubrique Littérature.
LABEL BLOGOSPHERE TV5

Publié dans Romanichels

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veronique 11/02/2010 23:30


te lire et te relire est si bon...je ne suis jamais surprise de voir des gens reconnu par leur talent tu en a tant...j'ai déja un livre d'écrit ....de petite nouvelle lié a mon vécu... Duvet pour
ame sensible fut un soulagement intérieur mais surtout le début d'une dépendance a l'écriture....

bise xxx


Edmée De Xhavée 11/02/2010 23:50


Ecrire nous libère de ce qui n'est pas bon et immortalise ce qui l'est. C'est parfait ... j'aiime aussi beaucoup ton écriture, avec une pointe d'accent canadien


carine-Laure Desguin 03/02/2010 06:19


Ha tu vois Edmée, je ne savais pas que cette "centauresse" était ta grand-mère..mais je n'sais pas pourquoi, elle m'inspire ! J'aime bien ces gens originaux qui dénotent un peu et qui affirment
leur différence.., j'aime beaucoup ces cavalières qui se moquent de l'élégance..et puis et puis et puis...
Oui j'ai beaucoup aimé "ces Romanichels" ; je me souviens d'une cousine de ma grand-mère qui me racontait les aventures familiales ( et surtout les amours de ma grand-mère Laure Desguin ) et
j'aimais ça ! Et puis les grandes maisons où il fait un peu froid, mais qui dévoilent l'été de lumineuses vérandas avec des fleurs pas toujours heureuses (.. ), des cassures dans les vitraux...Oui,
c'est vrai j'ai aimé! Carine-Laure Desguin


Edmée De Xhavée 05/02/2010 23:42


Les cassures dans les vitraux, oui oui oui, je m'en souviens! Et les petits et grands salons, et les garde-robes du grenier contenant la première robe de bal de ma mère, le manteau en loup de
"bobonne", de vieilles cartouches de la guerre, des chaussures en croco faites sur mesure pour ma mère (mes grands pieds n'ont jamais tenu le coup...)

Merci d'avoir aimé mes romanichels...


carine-Laure Desguin 02/02/2010 19:24


Les enfants et petits-enfants de Oleg ont bien de la chance ! Quand ils liront "Les Romanichels", ils connaîtront tout de leurs ancêtres et des amis de ceux-ci; histoires d'amour et de
désamours,illusions et désillusions, voyages, fougues, passions...Car rien n'est figé dans ce roman tout en couleur que signe notre vierviétoise, dont le blog vient d'être référencé par tv5 monde
comme meilleur blog de la sphère francophone ! Dans une écriture musicale et amusante à souhait, les phrases d'Edmée sentent bon le romarin quand le texte situe les personnages sous le soleil d'
Aix, c'est dire...
Ma critique n'est pas aboutie car j'ai vu que Bob, Martine etc...avaient écrit des avis très explicites ...et donc, que dirait de plus la petite Carine-Laure Desguin? Heuuu, tiens , j'aime encore
mieux mes petites rimes d'ici plus haut que ces dernières lignes !
Oui, j'ai lu "Les Romanichels " et j'aurais bien voulu être connaître "La centauresse", le "Porte-monnaie"..
Quelle famille !
" N'attends pas d'avoir deux coussins mous et plissés comme les miens, tu as deux beaux pains ronds et blancs, c'est bien honnête de les montrer un petit peu" !
Tout le long de ce récit, de telles phrases savoureuses, amusantes viennent ponctuer des épisodes moins romantiques mais riches en couleurs et en vérité ! Carine-LAure desguin


Edmée De Xhavée 03/02/2010 00:14


Ben dis-donc, tu es plus qu'enthousiaste! J'en suis toute chose . On n'attend plus que l'entrée dans le monde de ta rue
Baraka, il ne te manque qu'un tout petit peu de baraka toi-même! La Centauresse, c'est ma grand-mère Edmée ... une grand-mère pas banale, hein!

Bisous!


marylène 31/01/2010 13:20


QUI SAIT???;-)))


marylène 30/01/2010 22:30


"Madame... " ........comme aurait dit mon père :"Au secours" , avec toute mon amitié: chère "Auteure AMIE" et je sens que, un de ces quatre, je vais re-"débarquer" (excusez du "peu", Madame Edmée)
aux Etats-Unis.. ..hihi! ..Si je sais où tu habites exactly my dearest Edmée;-))) bisous de mon coeur de judéité profonde..........Z.


Edmée De Xhavée 31/01/2010 00:28


Tu m'as aussi vue sur googleearth quand je dégge mon driveway de la neige?   Ouiiiiii?