Romanichels

Vendredi 13 novembre 2009

C’est au printemps que Les romanichels ont pris la route. Ils ont traversé avec bonheur un été et un automne et au seuil de leur premier hiver, ils s’apprêtent à accueillir la compagnie d’un second roman. Oui, un second. Patience, il sortira quand il sera fignolé : la couverture, le texte, les finitions, la relecture, et les auspices célestes, sur lesquels il faut s’appuyer aussi. Son titre ? Oui, on peut en parler, du titre : De l’autre côté de la rivière, Sibylla. Un long titre, sinueux et liquide comme une rivière, et un récit aussi imprévisible que son cours. Une histoire de résilience, comme le remarquait le comité de lecture de Chloé des lys, dont voici les avis :

 

- Roman ou autobiographie ? Très belle écriture, simple et élégante. Originale. C’est frais, un peu à l’ancienne, un peu « vieille France » ou « Ancienne Belgique » !

Personnages attachants. Bons et mauvais sentiments. Ironie. Légèreté. Beaucoup de finesse dans la psychologie.

 

- Livre dense à l’écriture vivante de belle qualité. Présentation originale de toute une vie avec ses hauts et ses bas, ses bons et mauvais jours.

 

- « Nos vie en touchent tant d’autres, c’est comme un jeu de domino, on en bouge un, et c’est la dégringolade, parfois plus qu’on ne peut assumer… »

 

- C’est toute une vie. C’est triste, c’est gai, c’est vrai et sans fards. Et Boris Cyrulnik ne désavouerait pas ce livre, si bel exemple de sa théorie sur la résilience !

 

Je vous en parlerai encore avant sa grande naissance dans le monde feutré des pages que l’on tourne, et vous offrirai un extrait.

 

Mais pour l’heure, Les romanichels restent les messagers de ma plume, et se sont mérité la présentation, dans les Cahiers de la semaine (mai 2009) d’une personnalité, Luc Beyer de Ryke. Homme de lettres ô combien plus chevronné que moi, et présentateur inoubliable de notre petit écran, je ne peux qu’être très heureuse de ces éloges si bien tournés. Il parle du nombre de personnages qui l’a un peu décontenancé au début, tout comme le chevauchement des époques, mais, dit-il « au fil des pages et du récit, la saga prend corps, les êtres et les choses prennent place, s’ordonnent, le temps s’écoule, les générations se succèdent. Le lecteur alors est avide de connaître la suite. Il rit, il pleure, il vagabonde avec les personnages. En un mot comme en cent, ils se laisse emporter. C’est le chemin de vie d’une famille, de ses proches, de tous ceux qui, de près ou de loin, participent à son univers. » Il continue avec ceci : « Si je voulais abuser des références illustres dans le domaine des lettres, je dirais qu’on retrouve chez Les romanichels le côté Mallarmé et ses misérables petits secrets de famille, le côté proustien des vanités mondaines et l’allure du roman picaresque. » Et puis, remarque bien flatteuse pour moi venant de Mr Beyer de Ryke, il affirme « … je me contenterai de relever qu’Edmée De Xhavée a du style et un style. »

 

Merci Luc, merci les Cahiers de la semaine, et merci Les romanichels qui me semblent être de bons ambassadeurs. Le chroniqueur des grandes et petites nouvelles de ses amis et des amis de ses amis, oui, j'ai nommé Bob Boutique, a mis tout l'article en ligne sur Actu

 

J’ai aussi reçu ces impressions d’une lectrice italienne, le professeur Marina P***. En français dans le texte, un français dont je vous apprécierez la perfection : « Madame, j’ai lu votre livre Les romanichels.

 

Merci : c’est un miroir des temps modernes, un témoignage de la crise de toutes les valeurs et – heureusement – de la chute des préjugés et des barrières entre les hommes.

 

De plus, j’ai admiré votre habilité dans la représentation du gap des générations.

 

Merci aussi pour la sympathie envers choses et gens d’Italie : ll n’arrive pas trop souvent de la trouver chez les francophones ! »

 

Merci chère Madame P*** pour avoir pris le temps de me lire, et de m’écrire ces lignes sur une bien jolie carte triestine.

 

En mars de cette année, c’était Albert Moxhet qui avait fait la critique de ce livre sur le journal verviétois « Le jour ». Albert est une personnalité de notre terroir – et d’ailleurs -, mais sur nos terres verviétoises, tout le monde, absolument tout le monde le connaît. Le loup blanc, c’est lui. Et sa présentation des romanichels soulignait, bien entendu, les aspects locaux qu’il n’avait pas manqué de remarquer. « Quatre générations de la haute bourgeoisie verviétoise du XXè siècle dynamitées par une conversation » met-il en titre. Puis il me présente et …« elle vient de publier chez Chloé des lys un roman, Les romanichels, qui décape à haute pression le mode de vie d’une certaine société qui tint le haut pavé à Verviers durant le XXè siècle, c’est-à-dire à l’époque de la prospérité de l’industrie lainière puis de sa décadence. » Plus loin, il termine : « L’humour et le drame s’y conjuguent par la grâce d’une plume souple et lucide qui ne craint ni la passion ni l’apaisement. Edmée De Xhavée a donné à son oeuvre un titre qui se rapporte certes à un épisode italien du récit, mais aussi et surtout à l’élément inconvenant que constituent la mère d’Olivia et quelques-uns de ses amis et amies pour le milieu très conventionnel et « bien comme il faut » dont ils sont issus.

 

Merci Albert ! Merci tous, et merci ceux qui ne disent rien mais ont aimé!

Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 17 avril 2009

Martine Dillies-Snaet est une mosaïque, ou un puzzle dans le sens anglais : un mystère. Beaucoup de pieces pour ne faire qu’une seule femme, mais encore faut-il les assembler correctement. Et ne pas en perdre. Professeur de mathématiques – mon cours le plus honni parmi tous! – elle jongle autant avec les lettres qu’avec les chiffres.  Avec le sourire, et un rire étouffé qui dépasse. Nous “fréquentons le même forum”, une flûte de champagne à la main, partageant humour et pas mal de similarités dans nos parcours de combattantes.

Et elle m’a fait l’honneur d’avoir envie d’acheter mon livre, de le lire, et de l’aimer par ces mots:


Si j'ignore comment on retient les livres pour les prix littéraires, ce que je sais, c'est qu'ici c'est un Goncourt que je viens d'achever. Quelles richesses dans ce récit! Amour de la vie, remise en question de soi et des valeurs inculquées, sincérité, aucune tricherie ! Comme Edmée De Xhavée a signé, avec « Les Romanichels », un livre riche!


C'est le seul commentaire que j'aurais envie de faire!


Car enfin, je referme ce livre sur... trois semaines de lecture. Ma lecture est terminée. Tristesse! Bonheur! Aucune ambivalence pourtant et il est rare que je prenne autant de temps à lire 250 pages: j'avais si peu l'envie de l'achever, si peu l'envie d'abandonner les personnages qu'à chaque fois, je les laissais prendre forme. J'avais envie d'en savoir plus encore et encore plus sur chacun d'entre eux; or je savais qu'une fois le point final rencontré, ce serait fini. Et je voulais tout, sauf ça! Abandonner les personnages, quelle idée! On ne les abandonne pas quand on a la chance de connaître un tant soit peu l'auteur! Elle y est omniprésente. Mais quand même! Suzanne me manque! Et Mado, et Grand-Daddy, et Philippe, et. Sergueï, et..., et tous les autres!


Seul un chat ronronnant manque à cette atmosphère de détente. Je souris en l'écrivant, car n'ayant pas dérogé à ma sacro-sainte habitude, une fois une cinquantaine de pages lues, je suis une fois encore allée voler les mots des deux dernières pages. Et ils furent ceux que j'attendais, sans aucune surprise ni aucune déception. Que du contraire! Ils m'ont apporté la quiétude que je désirais avoir afin de pouvoir savourer tranquillement chaque réaction des personnages.


Edmée DE XHAVEE, grâce à sa sensibilité et à son style superbe, nous fait ressentir toutes les émotions vécues par les membres de deux grandes familles partagés, tiraillés entre le sens du devoir et l'appel vers « l'ailleurs ». Chacun est acteur de sa propre existence mais ce sens du devoir en est bien souvent « le maître ». On ne fait pas une croix ainsi sur toute une éducation et il faut la sagesse des années pour pouvoir faire co-exister les deux et en retirer tout l'enseignement qu'il y a à en retirer.


Une semaine à partager avec sa mère fait vivre à Olivia la saga de sa famille dont elle ignorait quasiment tout hormis les convenances. A l'opposé, Angelina, la domestique, lui fait découvrir le sens profond du mot « vie » telle que la ressentent et la subliment les Italiens et Italiennes. S'opposeront le « quant à soi » et « le plaisir du toucher », la « haute restauration » et les « petits restaurants familiaux », les rencontres de salon et celles des rues. A chaque fois, les deux extrêmes, en totale contradiction, sont aussi riches les uns que les autres. Tiraillement et dilemme de l'existence pour qui connaît ces deux mondes et qui doit « choisir »!


Enfin, au-delà de cette dualité, en filigrane jusqu'à la fin, viscérale, coule la source de vie des Rroms dont la Chakra à seize rayons est leur emblème. Mais de leur rôle dans ce livre, je n'en dirais pas davantage. Il faut leur laisser l'étrange, la croyance. Et puis s'il faut absolument lire ce qu'a écrit Edmée DE XHAVEE, ce n'est qu'à partir d'un certain âge et d'un certain vécu qu'on peut le vivre jusqu'au fond des tripes. Un peu à l'instar du film de Clint Eastwood, "Sur la route de Madison", réellement et intiment appréciable qu'à partir d'un certain... temps, d'une certaine maturité.


Merci, Edmée, de nous avoir offert tes « Romanichels »! m. 12/04/2009

 

                                                                         *****

Je suis étonnée surtout des éclairages que chacun a dirigés sur mon livre. Selon l’âge, les souffrances vécues - ou leur absence -, la mouvance extérieure ou intérieure, il y a de subtiles nuances, voire de franches différences. Certains ne verront que l’histoire. D’autres le style. Les descriptions. Quelques-uns aimeront tant les personnages qu’ils répugneront à les laisser s’évaporer. Des amis d’ailleurs, après avoir lu le manuscript, m’ont demandé de raconter une suite, pour les retrouver. Mais non. Je ne veux pas voir mourir Mado, vieillir Philippe ou Laurent. Suzanne devenir malade. Belladonna perdant ses poils et ses dents. La fresque murale de Suzanne se craqueler… Mais je suis heureuse du temps que ces lecteurs et lectrices ont pris pour exposer ce que Les romanichels leur avait chanté…


Si vous avez un avis à donner sur mon livre, allez donc sur critiques libres
Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 6 mars 2009

Semaine un peu en suspens que celle-ci. Mon livre vole de ses propres ailettes, et ne m’écrit pas pour m’assurer que tout va bien. Le faire-part de naissance, lui, se répand sur les blogs et sites, propulsé par la chance et la solidarité de la blogosphère comme la décrit le petit Belge, avec raison. Pour ceux qui n’ont pas visité son site sur les écrivains belges - que je vous recommande de suivre pas à pas car il vient de sortir de l’œuf lui-aussi mais promet de grandir avec l’élégance que le petit Belge a mis dans ses autres blogs -, voici ce que mon petit fan-club lui avait dit de moi. Je dois dire que c’est intéressant de se percevoir par les yeux ou impressions des autres. Étonnant aussi, parfois… Ah, il a vu ça ? Ça se remarque ? ou bien Tiens tiennnns… je ne m’en rendais pas compte mais, oui, maintenant qu’ils le disent… Mais j’apprécie ces gentilles lignes qu’ils ont bien voulu laisser courir au bout de leurs doigts pour me présenter…

 

Bob Boutique : "Je n'ai pas lu "Les Romanichels". Pas encore. Le livre se trouve sur la tour de mon PC et attend que je l'ouvre. Mais j'ai déjà lu beaucoup de choses de cette grande artiste. Par intérêt pour la personne et par gourmandise. Même si elle rédige avec un talent qui m'énerve un peu et énerve tous ceux qui jamais n'arriveront à l'imiter. Elle écrit avec une telle ferveur, qu'il lui arrive de se perdre dans ses textes, comme à Marie Gevers à qui je la compare parfois. Elle remplit des pages et des pages et découvre à chaque paragraphe des tiroirs qui en ouvrent d'autres et ainsi de suite... Elle ne tire pas en longueur mais sa mémoire est exponentielle et quand elle s'envole dans son passé, nul ne peut dire quand elle reviendra et par quels chemins de traverse. Elle me fait penser à un tableau de Marie Laurencin. Voilà. Il n'y a rien à ajouter".

Alain Fauconnier : "J'ai découvert Edmée par hasard, mais le hasard fait bien les choses. Edmée est une personne qui manifestement a "bourlingué" à travers le monde. Je pense que son livre vient de ses souvenirs, mais je peux me tromper. J'ai lu les trois épisodes sur Verviers, sa ville natale. Verviers, en plus je connais, et j'ai pu constater que je m'y retrouvais aisément par rapport à ses écrits. Cette Grande Dame est dotée d'une mémoire effrayante, absolue, intégrale et son écriture nous transporte avec une facilité déconcertante à travers le temps pour nous faire remonter à une époque où il faisait encore bon vivre. Le plus beau est que l'on attend le reste avec impatience, elle a un grand souci des détails et pour ce faire, elle cite des noms, des lieux avec une précision incroyable, comme si elle-même était à nouveau là, bien présente. En plus et cela ne gâte rien du tout, que du contraire, on "sent" une grande humanité qui émane d'elle, une sociabilité qui vient sûrement du fait de ces nombreux voyages, à force de côtoyer différentes cultures, on est forcé de s'ouvrir aux autres et cet enrichissement lui donne une certaine "aura" dont on détecte la présence et ce même par ses écrits. Je ne suis pas fort "cultivé" pour parler d'un écrivain, j'espère avoir retranscris au mieux mon sentiment par rapport à Edmée".

Louis Delville et Micheline Boland : "Lire un texte d'Edmée De Xhavée, c'est souvent retourner dans son enfance, vers des souvenirs enfouis au plus profond de sa mémoire. C'est retrouver la magie de notre jeunesse. Ah ce texte évoquant les stars de cinéma et qu'elle nous avait si bien lu chez Bob! Ah ces textes où elle parle de "son" Verviers! Edmée a toujours le mot juste, celui qu'on se dit qu'il tombe pile au bon moment et au bon endroit. Elle n'a pas son pareil pour susciter des images, faire voir des détails qui, sans elle, resteraient invisibles ou tout du moins flous. L'entendre de vive voix est un plus grand plaisir encore puisque ses phrases paraissent couler de source comme les ruisseaux de notre enfance. Edmée a la plume alerte, musicale, précise, joliment rythmée. Lire Edmée réchauffe tout à la fois le coeur et l'esprit. Son retour dans la "mère patrie" réjouira tout le petit monde de l'écriture en Belgique".

 

… Comment ne pas être touchée et flattée ? Merci à tous, et que les Romanichels ne vous déçoivent pas ! Ils pourraient même vous jeter un bon sort, pourquoi pas ? Et un merci-clin d'oeil à Mimi du sud qui a acheté mon livre via la blogosphère, tout comme Alain ! Elle habite la splendide région de Toulon, et est une digitabuphile. Moi non plus je ne savais pas ce que c'était, mais je me suis instruite sur son blog!

 

Un autre de mes lecteurs connu sur le forum de www.bestofverviers.be m’a fait plaisir en me confiant celui  qu’il avait eu à lire les souvenirs de Heusy d’où il vient également, à la même époque. Aussi, parce que je ne peux résister à partager avec lui une pièce de plus de ce puzzle qui s’appelle le bon vieux temps…

... vous souvenez-vous, Pilou, de notre curé hollandais (Lemmens, c’était son nom !) avec son petit chapeau à la don Camillo ? Il aimait sa bouteille de Porto qu’il dissimulait dans les plis de sa soutane, et nous lui trouvions en effet un air de Fernandel. Et la charrette de Bébert le marchand de glaces, tirée par un vaillant petit poney, et lui qui soufflait dans sa trompette pour s’annoncer. En hiver on le voyait souvent dans les tranchées de l’intervapeur. Il a toujours gardé sa moustache-lacet, impeccable, sa veste immaculée et son pas tranquille dans la vie, bien loin de ce que nous imaginions des Siciliens, et quand il est mort, l’avis de décès dans le journal mentionnait son nom : Bébert ! Et les processions anciennes, qui passaient devant les autels que les voisins avaient dressés devant chez eux – je me souviens de celui de Madame Leloup, là où se trouve le Delhaize maintenant .. - , c’était pour moi une sorte de rite magique à regarder, avec cette grande croix, les enfants de chœur, la clochette qui tintait délicatement. Il y avait un petit chemin qui quittait la chaussée de Theux pour arriver juste en face de l’avenue Andromède, avec un seul réverbère à mi-course, les haies des jardins d’un côté et un mur de l’autre, et nous l’appelions le petit chemin aux crottes car il aurait fait la joie d’un scatologue… Rien n’y poussait, il n’y avait que la terre bien noire et les crottes ! Ça a été remplacé par le parking du GB… Les films pour enfants au cercle Saint-André où on se lançait les petits godets de crème glace vides pendant le spectacle, et où on passait les mêmes films chaque année. Jamais on n’a pu voir Lady Godiva clairement… Un flou l’entourait, un flou bien décevant, nous voulions savoir ! Lorsque la pellicule cassait, lumière, ouh ! ouh ! ouh !, et on ramassait en vitesse les godets qui allaient à nouveau nous servir de munitions. La petite poste de l’avenue Hanlet, tenue par Madame Gulpen, au rez-de-chaussée d’une maison. Madame Gulpen avait gardé le look d’après-guerre, coiffée avec une houppe et les lèvres écarlates. Elle téléphonait à toutes ses amies sans un instant de compassion pour les malheureux clients qui s’accumulaient dans la poste, le couloir, et parfois le trottoir. Monsieur Paul Grosjean, le photographe qui immortalisa presque tous les enfants de Heusy pour leur première photo officielle. Il avait déjà, jeune homme, fait celle de ma mère, et puis ce fut le tour de la mienne. Il riait toujours, voûté, mince et sautillant, artiste inconnu qui est arrivé à trouver en nous, dans un jeu d’ombre et de lumière, les courbes et saillies qui allaient nous donner, le temps d’une photo, une beauté irréelle. Je lui ai écrit une lettre alors que, bien vieux, il finissait ses jours dans une maison de retraite, et lui ai dit qu’il avait été un artiste véritable. J’ai toujours gardé sa réponse aux expressions désuètes et charmantes, et le souvenir d’un vieux farfadet qui avait mis son art à notre service parfois bien inattentif. Et, si vous avez eu les mêmes comptines et phrases passe-partout de la région que moi, vous aurez entendu parler de zim zizim ma p’tite cousine, ma mère est une chipote, elle a mis le pot au feu, sans y mettre les carottes. Et des enfants à la répartie vive vous auront prié de vous taire en disant « ferme ta boîte aux lettres, le facteur est passé ! ». Ou, si vous vous êtes abandonné jusqu’à dire « quoi ? » au lieu d’un « comment » bien élevé, vous aurez été humilié pour un moment par un kwâ kwâ kwâ, les corbeaux sont dans les bois, je ne suis pas un âne comme toi…Et les eyotte carotte, eyotte carotte… Je détestais ! Mais tout ça est un régal à évoquer aujourd’hui !

Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 27 février 2009

Alors, je ne peux vraiment pas me plaindre ! Un petit coup de pouce par-ci, un autre par là, que d'encouragements de mes amis, véritables déjà ou encore virtuels, des amis anciens, et d'amis vituels de mes amis virtuels! Bref, la sortie de mon livre est accompagnée avec grâce et générosité !

Le petit Belge, fidèle lecteur de mon blog (nous échangeons, en fait, nos fidélités mutuelles car je visite les siens avec une régularité de métronome...) en avait annoncé la parution il y a peu. Cette bonne nouvelle (pour moi du moins) a été reprise, le 7 et le 25 février, par le blog Royauté News. Merci mille fois, Michel!

Le blog nouveau-né écrivainsbelges m'a consacré une semaine d'honneurs et panache avec des interviews et un compte-rendu du livre. Le blog je lis tu lis il lit a aussi relayé l'information, et j'en remercie le ou la responsable! Le blog Universel a eu un article très sympathique et plein de gentillesse pour encourager ses lecteurs (qui m'ont l'air d'être surtout des lectrices , n'est-ce pas Mr le bon vivant?) à se laisser séduire par mes Romanichels. Je dois dire qu'il a une façon bien à lui de me décrire, et que s'il m'a flattée, il m'a aussi fait rire...

Et puis il y a eu une présentation que j'apprécie beaucoup sur critiques libres. J'en remercie l'auteur qui m'en a fait la surprise, en plus de tant d'autres ! Et puis mon amie, anciennement virtuelle et passée au monde du réel parce que je l'ai rencontrée, et que notre sympathie spontanée s'est tout de suite installée dans une confortable confiance réciproque... j'ai nommé Cathy Bonte, la seule vraie Cathy Bonte, qui m'a consacré un article sur son blog, un article qui en même temps vous rappellera le talent qu'elle a pour écrire, et qui est démontré dans ses deux premiers romans, Le calme après la tempête et Le passé recomposé.

Que dire de mon tout premier lecteur, Jean Louis? Jean-Louis que j'ai contacté en septembre, après 31 ans de silence, pour lui dire que quelqu'un qui avait fait partie de notre passé à Aix-en-Provence n'était plus... Avant de me répondre, il a commandé le livre, bien qu'il ne soit pas alors officiellement sorti, puis m'a écrit une lettre dans laquelle se trouvaient des photos qui ont fait chanter mes souvenirs, souvenirs qui sont montés vers celui que nous avions perdu mais que nous cajolons désormais dans nos mémoires. Il avait lu mon livre et commentait : Je découvre une écrivaine d'une grande sensibilité, dotée d'une mémoire étonnante d'une grande précision. Je suis épaté et impressionné!!!

Pour terminer aujourd'hui, je vous laisse savourer la merveilleuse prose de Christian Van Moer, auteur et poète Tournaisien de grand talent. On devrait pratiquement lire ce texte avec un accompagnement de harpe !

                                                                                             ****

Alors qu’elle se fait une joie de passer ses vacances sous le soleil méditerranéen avec son mari et ses amis, Olivia reçoit un coup de téléphone de sa mère, qui lui demande de la rejoindre à Bruxelles pour passer une semaine auprès d’elle.
Et dès les premières pages du récit, l’horrible mot – Alzheimer – est lâché !
Suzanne veut s’épancher, gaver Olivia de souvenirs tant que sa mémoire ne lui joue pas encore de vilains tours, pour s’assurer de survivre dans le cœur de sa fille unique.
« … si je ne te le racontais pas, ce serait presque comme si ce n’était pas arrivé ! »

Ne croyez pas que vous allez assister à un banal jeu de vases communicants, la mémoire de l’une se vidant pour remplir celle de l’autre, nenni ! l’histoire qu’Edmée De Xhavée nous offre est bien plus complexe, plus subtile que ça.
On pourrait songer d’abord tout naturellement à A la recherche du temps perdu. On retrouve même la Madeleine (pardon pour cette sortie douteuse). La déliquescence de la société décrite par Proust se poursuit chez Edmée. Hobereaux et grands bourgeois s’unissent jusque dans la vilenie pour faire obstacle à ce qu’ils considèrent comme l’ultime flétrissure, au mélange de leur progéniture avec celle des classes sociales qu’ils jugent inférieures, sinon intouchables, refusant obstinément de s’adapter à l’évolution des mœurs et tout particulièrement à la libération de la femme.
Des émules des Guermantes, des jeunes filles en fleurs, une prisonnière qui finit par disparaître, avant l’apaisement du temps retrouvé ?... Le souvenir de Proust nous égare.
On pourrait penser aussi à Flaubert, avec ces Emma Bovary, ces privilégiées désœuvrées qui tentent vainement de remplir le vide de leur cœur et de leur corps dans les bras d’amants incapables de les combler. Ou à Bazin encore, quand nous voyons ces femmes mal mariées devenir des mères indignes et des épouses pas loin de reléguer leurs maris au rang de bourdons, le despotisme matriarcal émerge. Mais là encore, on s’égare.

Alors, me direz-vous, les clés pour lire cette œuvre si riche, si subtile ?

Elles sont au nombre de deux :
- lisez Les Romanichels comme de savoureuses scènes de la vie familiale ;
- lisez surtout Les Romanichels comme un merveilleux roman d’amour.

L’amour ? Tel que nous le dépeignent Flaubert, Proust ou Bazin ? « … où est l’amour dans tout ça… L’amour qui est le centre de tous les films, poèmes, aspirations, chansons, et qui n’a pas l’air d’exister ! Qui sait si au lieu de Dieu, ce n’était pas l’amour, l’opium du peuple ? »
Non.
« …dans Les Mille et une nuits, il y a une phrase magnifique qui dit que seul l’amour subsiste dans l’angle du tombeau ! Aimer, c’est ce qui nous fait survivre »
Oui, vous allez lire une histoire d’amour. Mais en pièces détachées, présentée comme un puzzle à reconstituer. Peu à peu, les bribes mémorielles, les souvenirs mémorables vont s’assembler. Comme les pièces d’un puzzle qui s’agencent à partir des bords du cadre vers le centre, où les pièces maîtresses – celles qui gardent longtemps avant de le révéler complètement le secret familial – vont finir par trouver soudainement, inévitablement leur place. Car secret il y a, dans cette famille, un secret tout à la fois sordide et sublime, particulièrement bien gardé… jusqu’à l’intrusion d’Alzheimer… Ne comptez pas sur moi pour que je vende la mèche.
« Je n’ai pas été une bonne mère… », commence par dire Suzanne à Olivia. Et c’est parti pour 250 pages. Pas d’un récit linéaire, non ; comme si les mémoires brusquement dégoupillées dispersaient leurs éclats tous azimuts, atteignant tant la mère que la fille, les écorchant, les blessant, mais leur donnant également les coups de lancette salutaires, les rapprochant, les rassérénant… tant l’épanchement est une douce médecine.

Scènes de la vie familiale.
Entrez dans le monde d’Edmée et délectez-vous : l’auteur a le don d’immerger totalement son lecteur dans les décors les plus divers ( ah ! Belgique chérie, Provence, Italia… ) comme dans les atmosphères les plus variées ( gamineries, bals, voyages, scènes de ménage, coups bas…).
Certaines de ses cartes postales ont conservé un cachet nostalgique, et c’est charmant.
Mais elle excelle surtout dans la peinture des sentiments, de leurs méandres, de leur vernis social qu’il faut gratter et gratter encore pour faire apparaître les personnages sans fard, nus, dans toute leur laideur souvent, dans toute leur beauté parfois. Les convenances, la bienséance, les règles anachroniques de leur caste les ont tellement bardés d’apparence trompeuse ! Car « chez ces gens-là », comme le chante Jacques Brel, « on triche ». Toutefois ces sentiments ne sont pas toujours monolithiques, ils peuvent évoluer en bien comme en mal.
Mais la simplicité, la sincérité, le cœur sur la main, le cocon familial protecteur, le respect de l’autre ou le dévouement désintéressé, c’est chez les humbles qu’on les découvrira ; chez ceux qui ont su conserver « cette incroyable masse d’amour humain, de grâces rendues comme au temps du paganisme à la vie, la nourriture, le bon temps passé à s’aimer… » Chez ceux qui comme les romanichels sont si souvent méprisés et rejetés.

Les Romanichels.
Les authentiques Romanichels n’apparaissent que dans l’avant-dernier chapitre. Un chapitre troublant, qui mêle réalité et fantastique, et qui élargit singulièrement le sens de « marginaux incapables de se fixer » que le titre pouvait suggérer.

La technique narrative.
Olivia, la narratrice, ne guide pas le lecteur en racontant son histoire sur un mode linéaire. Elle l’égare en parlant tantôt à la première personne, tantôt à la troisième, souvent – sans crier gare – en laissant carrément ses personnages la relayer. Mais cette technique un peu déconcertante « de l’éclatement » met ici avec bonheur l’expression en concordance avec le fond : ne perdons pas de vue après tout que ces souvenirs ressurgissent du passé en en bousculant et réveillant d’autres au hasard. Les associations sensorielles et mémorielles ressuscitent événements et sentiments, pêle-mêle. Au lecteur de récolter et de recoller soigneusement les éclats de cristal éparpillés par la mémoire, de reconstituer fidèlement le puzzle.
Dissimulé, l’ordre est bien présent néanmoins : malgré Alzheimer, Suzanne sait parfaitement à quel moment et comment il importe de dire les choses essentielles. Et Olivia commence et termine son récit à la première personne.

L’écriture.
Le vocabulaire d’Edmée est riche, pittoresque et juste. Riche sans être pédant, pittoresque sans trop paraître étranger, juste sans être didactique. Le monde décrit par l’auteur a bel et bien existé ; nul besoin d’effets de style tourmentés, voire tordus, pour le faire revivre, nous le rendre crédible.
La phrase, de facture classique est souple, aérée. Pas de discours pompeux, pas d’envolée emphatique, pas de construction lourde. Elle peut être complexe, pour décrire un sentiment complexe ou un émerveillement, jamais elle n’est pesante ou bancale.

En guise de conclusion, je vous laisse méditer cette réflexion de Gisèle Halimi, interviewée cette semaine au JT de la RTBF1 :
« L’instinct maternel n’existe pas, mais l’amour maternel peut exister ! »

Bravo Edmée ! Je l’ai longtemps attendu, ton roman, mais il ne m’a pas déçu.

J’ai détesté : les chiffres quasi invisibles qui renvoient aux notes en bas de page.
J’ai adoré : le sourire de Gelsomina.

 

                                                             ***

 

Qu'ajouter? Peut-être un peu de silence, au fond...


Et ceci: la sortie d'un nouveau magazine - auquel je participe modestement - qui ne laissera personne indifférent! Visitez-donc le blog et laissez-vous emporter:


Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 20 février 2009

Il y a peu je vous parlais de la lecture. Dans le miroir, ça donne … l’écriture !

Ce blog, au départ, je l’avais commencé pour présenter mon livre Les romanichels, et puis les autres qui suivront si mon éditeur et Dieu le veulent.

Les romanichels ont pris leur temps, et au fond, qui peut le leur reprocher, rien ne sert de courir leur a-t-on bien dit et, de fait, ils sont partis à temps, je peux vous le certifier ! Et ils sont arrivés… Je dois d’ailleurs remercier d’autres auteurs de Chloé des lys : Nora Atalla qui m’a donné de précieux conseils et un peu de son temps pour mieux présenter mon texte ; Bob Boutique qui s’est chargé de faire suivre une version électronique de la maquette car à ma grande stupeur elle ne se trouvait pas sur le CD ROM que j’avais envoyé à Chloé des Lys ; Christian Van Moer qui a, comme cadeau de Noël, fait les ultimes corrections ; Bob encore car il a déjà mis la couverture du livre sur son site culturel qui bouscule. Il y a encore le Petit Belge qui a annoncé, lui aussi, la sortie du roman sur son blog, et Medium4you qui a repris son article le lendemain ! Royauté News aussi.

Merci à tous ceux qui en parlent et donnent ainsi son essor à mon livre. Et Alain, qui veut l’acheter pour sa Puce : c’est important puisque je ne connais pas vraiment Alain – ni sa Puce ! – si ce n’est par les blogs !

J’ai écrit ce roman en 2002, sans même imaginer que je le publierai un jour. Je l’ai écrit pour moi, et y ai déposé non pas une biographie, mais des éclats de souvenirs de gens et d’évènements, d’endroits, d’émotions bonnes et mauvaises. Quand il a été terminé, je l’ai fait lire à mon frère – en réalité il l’a lu au fur et à mesure qu’il jaillissait de mon clavier et des mes idées : au même moment il travaillait à son premier roman, Version originale pour un doubleur et nous nous échangions notre travail hebdomadaire pour critiques et encouragements - , à ma nièce, à ma mère, ma sœur et un ami. J’ai fini par me dire pourquoi pas ? et j’ai cherché un éditeur belge, sans aucune hâte.

Et c’est au fond comme ça que les choses « arrivent » : elles sont animées de leur propre énergie, et nous laissent croire que nous tirons les ficelles.

J’ai aussi publié l’année dernière une nouvelle dans le collectif Rendez-vous chez CDL, Au carrefour de la rue des Trois Bacs et de la rue de la Grande Ferme, à lire sous la rubrique nouvelles, ai été retenue pour un recueil de nouvelles qui trépigne d’impatience pour voir le jour aux éditions Librisme, gagné le premier prix ex-aequo de Fénélon en Colfontaine avec une nouvelle que je mettrai plus tard sur ce blog, et me voici avec une autre courte histoire - L’avis de Lily, à lire aussi sous « nouvelles » - publiée chez Chloé des Lys dans le recueil collectif : Révolutions. J’y suis en bonne compagnie, voyez plutôt : Louis Huwart, lauréat au Grand Prix international de Wallonie en 1996, *M*c, Chantal Adam, Daniel Stir (qui hélàs vient de passer de l’autre côté… Il venait, avec sa première pièce théâtrale « Errances », de remporter le Grand Prix Gérard de Nerval de la Communauté européenne de Promotion des Arts et Lettres de Thionville), Céline Marseaut-Hernould, Pierre Rive, Emilie Decamp, Roger Massé, Micheline Boland qui vient de gagner le concours de la nouvelle policière organisée par la police de Liège et le 3ème prix de la nouvelle historique à Tournai, Laurent Roman, Colyn Ancolie et Laurent Dumortier, le grand chef de Chloé des lys qui vient de gagner le 1er prix de poésie SMS de la Maison de la Poésie et de la Langue française Wallonie-Bruxelles !!! 

J’aime cette idée de courtes histoires ou nouvelles qui permettent de découvrir l’écriture de certains sans encourir le risque de s’ennuyer. Comme quoi, je me suis mise à écrire pour moi, et ai fini par écrire pour nous tous…

Et puisque nous parlons écriture, littérature, et Belgique, laissez-vous tenter et visitez le tout nouveau blog du Petit Belge, Ecrivains belges pour ne pas perdre les arabesques de langage de nos auteurs…

 

Par Edmée De Xhavée
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Samedi 2 février 2008
casa-vecia.jpg C'est la maison -  "la vieille maison" - qui sert de décor aux vacances de Suzanne, l'héroïne des Romanichels, en Yougoslavie. Maintenant,  la Croatie. Et avant la guerre, Italie.

J'ai moi-même passé bien des séjours dans cette vieille maison, que ce soit en été, ou toute autre saison lorsque j'habitais à Trieste et que j'allais y passer les week-ends. Un petit cent kilomètres sur les routes d'Istrie, et on y était, dans un calme et une rusticité d'un autre temps. L'herbe y avait un frémissement plus libre, plus paisible. Le vent remuait la ramure du mûrier et les touffes de romarin avec plus de douceur. Les soirées y frôlaient le visage d'une caresse soyeuse.

La cuisinière à bois crépitait, chauffait murs et coeurs, faisait danser le couvercle de la vieille bouilloire de fer blanc, nous enveloppant de son odeur grisante. On vivait dans la cuisine par temps froid et sous la vigne en été, porte ouverte et volets fermés pour garder la fraîcheur dans les chambres à coucher, au nombre de deux. Un seul robinet d'eau courante - froide! - déservait les lieux, dans une minuscule pièce à l'arrière, où corps, fruits et légumes étaient lavés. Le pain de savon était grignoté la nuit par un rat discret et persévérant. Il devait faire des bulles en buvant et avoir une haleine de rose! Cette pièce servait aussi à entreposer, sur une vieille commode, pommes, oignons, aulx et pommes de terre. De l'unique petite fenêtre on ne voyait que la prairie fleurie et mouvante sous la brise tiède.

La toilette était à l'extérieur. Pas le genre d'endroit où on part avec un magazine! Le papier? Des feuilles de journaux coupées en rectangles, empalées sur un clou rouillé. Décidément pas le plus grand attrait de cette adorable casa vecia!

Casa vecia qui était déjà alors un anachronisme persistant. Car bien des prairies tout autour avaient été vendues et on y construisait du "moderne", du préfabriqué, rapide et sans charme, ce dernier étant remplacé par cette chose sans âme que l'on fait passer pour du confort. Mais en face de la route de terre et cailloux, on avait encore vue sur une étendue de genêts, buissons de thym, bosquets de genévriers dans lesquels s'insinuaient de délicieuses asperges sauvages au goût amer, ainsi que des vipères et des tiques...

Le jardinet était balisé par une multitude de vieilles casseroles de toutes tailles et couleurs devenues "pots" à herbes aromatiques ou géraniums. Une table recouverte d'une toile cirée s'y trouvait pendant toute la belle saison, et le moment venu on l'entourait de chaises aussi disparates que leurs occupants. Un joyeux vacarme régnait, la source de vin semblait intarissable, ainsi que l'abondance de bonne chère, ou les poissons frais que l'on cuisait sur le petit grill. La salade - rucola, radicchio, lattuga -  et fraises foisonnaient dans le potager, et nous apportions d'Italie l'huile d'olive, le parmesan, les cubes de bouillon Knorr aux porcini, comme tout ce qu'on ne trouvait pas sur place mais ne pouvait manquer sur une table où on veut manger come Dio commanda! Et si on savait où aller, on pouvait acheter chez un paysan un cuissot de jambon istrien dont le goût délicat accompagnerait les repas durant presque tout l'été, et dont l'os donnerait encore les derniers parfums subtils dans une minestra de bobici, soupe de maïs et avoine.

Les cosses des genêts explosaient, les cigales chantaient, une voisine passait et s'attardait, une dispute éclatait, et l'heure de la sieste, de la plage ou de se coucher ramenait le calme.

La nuit, dans un silence aussi net qu'un trou noir, on dormait écrasés sous trop de couvertures au crochet, dans une pièce qui sentait encore le flytox qu'on y avait pulvérisé pour supprimer les moustiques sanguinaires.

Maintenant, la casa vecia est toujours debout. Toutes les prairies avoisinantes ont été vendues. Plus d'horizon de fleurs sauvages, plus de route de terre. Asphalte et maisons tristement sans passé cernent ce petit îlot d'autrefois. Le mûrier et la vigne savent bien peu qu'ils vivent leurs dernières années. Et les voisins attendent la disparition de ce coup de poing dans l'oeil pour le remplacer par une autre prison au soleil.

Pour les nostalgiques de voitures introuvables, celle que l'on devine est une Lancia Delta, elle appartenait au peintre naïf sur verre Fulvio Pregl.


Par Edmée De Xhavée
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Samedi 26 janvier 2008
C'est une façon dont je pourrais présenter Les romanichels. Pas seulement des amours "romantiques", mais aussi des amours parfois discrètes ou fugaces, qui transforment.

L'amour est un sentiment qui sait se déguiser, se cacher. Il m'a fallu parfois des années pour réaliser qu'une "copine" s'était mutée en amie sans que je ne le remarque. Invincibles et immortels, nous rencontrons, au cours de notre jeunesse, d'autres créatures de notre âge. Beaucoup ne font que passer dans notre vie, laissant un souvenir lié à un moment ou évènement bien précis. Ou pas de souvenir du tout! D'autres nous accompagnent plus loin. Deviennent plus proches. Il y a aussi ceux qui vont et reviennent, au gré à la fois du hasard mais aussi d'une certaine curiosité: qu'a donc bien pu devenir untel, unetelle? Et quand des années plus tard on se sent moins invincibles et tout à fait mortels, on réalise que c'est, aussi, une forme d'amour qui a entretenu cet attachement, cette attirance, épisodiques ou constants.

Quant à l'amour tant célébré, celui qui se cherche, se perd, se retrouve... il n'est pas toujours celui qu'on pense. On peut avoir donné "le meilleur de soi" à quelqu'un qui n'est pas resté bien longtemps avec nous dans cet intense mystère, sans regrets. Savoir que, même hors d'atteinte, hors de vue, hors de tout, le lien ne mourra jamais. Ces amours-là, bien des années après que le vent semble les avoir balayés, leur cendre luit encore et s'enflamme d'un simple rappel du passé. Qui a vécu un tel amour en porte le flambeau dont le rougeoiement atteint et contagie tous ceux qui s'en approchent.

On peut aussi découvrir un jour que, sans jamais avoir été amoureux, on s'est mis à aimer quelqu'un de confortable dans notre vie. Pascal Obispo l'avait compris en écrivant une chanson pour Michel Polnareff: "Non, ce n'est pas l'amour, qui fait les histoires d'amour,ce n'est pas ça toujours, on peut aimer, oui, sans amour..." Et là aussi, le lien qui était si fragile au départ s'est tissé avec tant de patience et de ferveur qu'on ne pourrait le dénouer. 

On peut aimer plusieurs fois, sincèrement, autrement. Ou décider qu'on n'a  plus envie d'ajouter quoi que ce soit à ce qu'on a eu. Il y a aussi les amours qui n'étaient que du désir. De sexe, de possession, d'argent, de prestige. Et qui, comme le passage d'Attila, laissent la mort comme paysage.

Que dire encore des amours qui, malgré leur intensité, font de la vie à deux un enfer et ne trouvent leur survie que dans une séparation entrecoupée de nouvelles tentatives? Ou qui doivent se réfugier dans l'amitié complice des "ex" amants, époux, fiancés, dont les nouveaux partenaires craignent tant la possible levée de masque? Marie-Paule Belle le chantait aussi: "Quand tout ira bien, quand nous serons amis, qu'on se dira tout, que tout sera permis..."

Et ces amours souvent guindées père-fils, mère-fille, amours pratiquement impossibles de par leur nature inégale, presque toujours difficiles, niés ou clamés trop fort? Les parents, en nous quittant, nous font un ultime cadeau: le temps de peut-être comprendre qu'ils nous ont aimés. Selon la façon dont nous acceptons alors de relire notre passé, le remords va nous harceler, ou les souvenirs de preuves d'amour vont remonter en pétillant comme à la surface d'un verre de champagne, nous éclaboussant le sourire. Parents médiocres nous-mêmes ou adultes à multiples facettes, nous acceptons enfin leur imperfection et accueillons ces milliers de petits sacrifices qu'ils ont, bon gré, mal gré, accomplis pour nous.

Que dire encore des amitiés, qui deviennent des soleils indispensables? Ces soeurs et frères que nous nous choisissons, famille d'élection? Ces amitiés instantanées, comme celle qui m'a unie à ma cousine Françoise dès la première minute. Nous avions environ 12 ans, et ne nous connaissions pas. Nous étions très timides et méfiantes, d'autant qu'on nous avait bien dit d'être gentille avec notre cousine qui allait nous accompagner en vacances en Bretagne. Ciel! Et si elle est pimbêche? Brutale? Menteuse? Racusette? Affreuse? Gâtée-pourrie? Mais dès le premier instant nous sommes devenues complices. Et rien ne nous a jamais séparées - sauf une dispute assez spectaculaire et sans paroles quelques années plus tard pour une soirée tralala que de toute façon nous détestions autant l'une que l'autre!

L'amour, c'est ce miracle immatériel qui fait que nous touchons ou sommes touchés par les autres. D'invisibles rais, brûlant d'affection, de reconnaissance, d'amitié, de fidélité nous unissent alors, formant une merveilleuse toile d'Arachné.

Et ça mérite sa place dans les romans, non?
Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 18 janvier 2008
Zingarelle.jpg Finalement, ce sont elles, mes belles petites flammes rroms, qui danseront sur la couverture de mon roman! La vue de la montagne Sainte-Victoire ne s'y trouvera que symboliquement dans le fond, discrète et pâle, et puis en médaillon au dos. Mais j'ai cédé à l'envie d'avoir une couverture très belle, très professionnelle. Et comme Jean-Pierre Ghys venait de m'envoyer le projet de celle que je lui avais demandée pour le second roman et qu'elle est... un rêve!, je n'ai pas hésité. Je lui ai donc envoyé ma bio, ma photo, l'introduction du roman, et la photo de la Sainte-Victoire. Et, juste au cas où, celle de ces deux petites Rroms. Et là, sa sensibilité lui a parlé, et il a su comment exprimer la chaleur, la lumière, le flamboyement de l'amour que moi, j'ai mis en mots. Et je l'avoue, j'en ai été bouleversée car je m'étais figée sur la montagne et ne voyais plus rien d'autre.

Alors que je vivais à Turin, en 1986 un camp de Rroms korakane (originaires de Serbie et musulmans) s'était installé à Borgaro Torinese, aux portes de la ville. Et parce que la population locale n'était pas exactement emballée, les autorités ont organisé une journée de rencontres.

J'avoue que j'ai toujours été attirée par les Tsiganes - après tout, ils sont un peu l'équivalent des Amérindiens dont on déplore tant la disparition et la mise en réserves des survivants - mais en même temps, je me tiens prudemment à l'écart. Quand je suis arrivée à Turin, il y en avait partout dans les rues. Surtout des femmes, avec un bébé dans les bras, psalmodiant: "Buona fortuna signora, buona fortuna", offrant une petite chiromancie standard et lucrative. Un jour de grande témérité je me suis laissée tenter. J'ai dû, pour commencer, mettre deux billets de 1.000 lires en croix dans la paume de ma main ouverte. D'un air navré ma Tsigane m'a annoncé que j'étais triste. Et que c'était parce que les morts me voulaient du mal. Mais ce n'était pas grave du tout car il suffisait que je lui confie ma bague en or et qu'elle irait la jeter dans un cimetière, après quoi tout rentrerait dans l'ordre. Tout en me décrivant son plan très ingénieux, elle tirait avec beaucoup de fermeté sur mon doigt pour le déplier et en faire glisser ladite bague, tandis que je le repliais avec autant de volonté pour ne pas avoir une bonne raison d'être vraiment triste! Ceci dit, je ne lui en ai pas vraiment voulu. D'autant plus que j'ai su garder ma bague. Elle m'a sifflé: "Tu cattiva donna!"

Je ne les connais pas bien, ne les comprends pas du tout, les crains parfois. Mais ce sont des tribus d'hommes et de femmes libres et quelque part, ça me fait les admirer. J'en ai approchés certains. J'ai même dansé avec un très beau Rrom en chemise de satin lilas à cette fête de Borgaro Torinese! Il y avait, à Aix en Provence un Gitan, que dans le plus grand secret de mon coeur, je surnommais "Oeil de poule". Un de ses yeux avait la paupière inférieure qui restait à mi-chemin, comme chez une poule. Avec son petit groupe il venait chanter le soir dans un restaurant estudiantin dont j'étais la cliente assidue, et comme il avait remarqué que j'aimais ce morceau, il me souriait gentiment en chantant "Amor, amor, amor...". Il ne draguait pas, il ne faisait que partager du bonheur avec moi. Nous venions de deux mondes étranges l'un pour l'autre, mais pendant qu'il chantait, on était dans le même. Il y a eu aussi un épisode désagréable dans la vieille ville de  Carcassone au cours duquel de jeune Gitans nous ont encerclés, mon compagnon et moi, pointant leurs couteaux. Leur raison: ils avaient mal interprété un hommage bruyant que mon compagnon avait fait à Sara la noire et se croyaient insultés. Et surtout, ils étaient très saouls. Pas drôle. Mais nous avons été sauvés par notre ami Irlandais, Peadar, accompagné d'Hyppolite, le chef de leur tribu. Avec calme, autorité, et sans menace aucune. Hyppolite était très gentil et doux. Et en dehors d'être le chef de la tribu, il ramassait les ordures, accroché à l'arrière du camion qui traversait la ville au lever du soleil.

Qui n'a pas, parmi ceux de ma génération, rêvé sur la musique de Django Reinhardt ou son cousin Schnukenack? Ma mère, l'initiatrice de bien des passions qui m'habitent encore, m'avait emmenée voir "J'ai même rencontré des Tsiganes heureux" d'Aleksander Petrovic en 1967. Nous avions adoré. Oui, ils étaient sales, bagarreurs, buveurs, mais quelle vitalité démesurée! Quelle musique! Et Bekim Fehmiu nous semblait bien bel homme malgré les plumes d'oies et la boue qui le recouvraient souvent... Ensemble aussi nous avons regardé "L'ange gardien" de Goran Paskalevic à la télévision plus de vingt ans plus tard. En Italie j'ai vu "Le temps des Gitans" du bel Emir Kusturica en '88 et ici, aux Etats-Unis, j'ai pu voir "Chat noir, chat blanc" du même Emir! Comment ne pas être fascinée par ces "gens du voyage" qui chantent et vivent à pleine joie malgré l'hostilité qui les encercle comme dans un enclos de méfiance? Malgré le souvenir des camps de Marzahn, de Jasenovac, de Himmler, de Josef Mengele...

Lors de cette fête de "socialisation" entre Rroms et Italiens, qui n'avait rien d'une fête folkorique pour touristes, mon ami Gigi et moi les avons vus et entendus s'amuser dans un joyeux désordre. Gigi s'est fait prédire un avenir qui n'est jamais arrivé mais qui l'a enchanté et lui a permis d'attendre que son avenir réel ne le rencontre. Nous avons dansé avec des Rroms à la peau brune, aux longs cheveux un peu ondulés, timides dans leurs habits bariolés de couleurs. Ils se hélaient et s'esclaffaient en voyant leurs amis ou parents dansant, eux aussi, avec des Italiens ou Italiennes. Ca sentait le mouton grillé, les braises de bois, les épices. Les enfants se poursuivaient, des chiens se jalousaient des os où les restes de viandes se mariaient avec la terre, des femmes allaitaient leur bébé, assises, la cigarette aux lèvres, le sourire dans les yeux. Et puis le soir il y a eu l'orchestre et les chants: trilles, violons, tambours, cithares, voix au timbre roucoulant et plaintif. Et ces deux fillettes qui ont eu envie de s'amuser sont montées sur la petite estrade et ont dansé avec la légèreté de deux flammèches, gracieuses et langoureuses, vibrant de leur liberté éternelle.
Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 11 janvier 2008
Une des explications de l'origine du mot "snob" serait que lors des inscriptions dans les universités d'Oxford ou de Cambridge, qui se faisaient en latin, on inscrivait leur titre à côté du nom des élèves. Et pour ceux pour qui seul l'argent avait servi d'introduction, on inscrivait s.nob, sans noblesse. Cedi dit, il semblerait qu'aucun dictionnaire sérieux ne mentionne cette racine. Par contre le Webster donne la naissance de ce mot en Islande, où snapr voulait dire imposteur, charlatan, et snub, traiter avec mépris.

Tout ceci pour introduire mes snobs.

On le verra dans mon roman, je me suis amusée à les éclabousser, ces snobs. Qu'on me comprenne bien: pas les nobles, juste les snobs. Ceux qui, nobles ou pas (et en général, c'est "pas") brandissent haut le nom d'un ancêtre titré comme un vaccin ou un laisser-passer tout puissant qui rendrait superflus la vraie bonne éducation, la vraie grandeur d'âme, la vraie "noblesse de coeur"... Souvent issus de la branche tombée d'un arbre généalogique, ils constellent leurs conversations de particules, blasons, évocations de faits d'armes ou de haute estime royale. Vous demandent "c'est quoi, ça, comme nom?" avec un petit recul prudent. Vous nomment toutes leurs relations titrées dans une longue phrase sans reprendre haleine et s'arrêtent, mauves et au bord de la syncope, mais fiers de vous avoir fait comprendre à qui vous avez affaire. Pour ceux qui regardent la BBC... Hyacinth Bucket est un exemple hilarant des snobs. Keeping up Appearances est paraît-il l'émission préférée de la reine d'Angleterre, et ça doit être notre seul point commun. Bien que quand il pleut, j'ai un peu la même élégance campagnarde qu'elle, je l'avoue!

Nous en connaissons tous, de ces malheureux "gens bien" qui traversent la vie, et parfois nos chemins, la lippe un peu hautaine (con la puzza sotto il naso, comme disent les Italiens, avec la puanteur sous le nez...), le geste méfiant comme s'ils s'attendaient à ce qu'on les compromette irrémédiablement. On pourrait par exemple avouer devant leurs relations qu'on est né pauvre! Que notre grand-mère était d'une ethnie louche. Que nous avons un métier très banal. Que nous avons eu notre première cuite avec de la Stella Artois...

Et si parfois dans leur lignage il est vrai que quelqu'un un jour, à quelque génération, a eu son titre nobiliaire (qui est passé, probablement, à la branche aînée), ils n'ont rien de grand, ces dji l'vou dji n'pou! Traduction: je veux mais je ne peux. Jolie devise pour leur blason, non?

Mais je n'ai rien contre les nobles, s'ils le sont aussi de coeur. Et ils le sont souvent. Les nobles que j'aime sont ceux qui ne font pas d'esbrouffe. Ceux qui sauvegardent leur patrimoine avec fierté et maintes fois aussi au prix de sacrifices, protégeant pour notre plaisir de vieilles demeures patinées par le temps et l'Histoire, des terres paisibles où les beautés du monde chantent leur cantique. Ceux qui ont dans leur quotidien, sans y penser, les manières charmantes d'un autre âge. Ceux pour qui le personnel de maison devient plus proche à chaque année de service. Ceux qui savent élégamment alterner les économies et le faste. Ceux qui élèvent leurs enfants à être gentils, sensibles, affectueux. Ceux pour qui leur blason représente aussi une charge: celle d'être bon et attentif aux plus défavorisés. Ceux qui, enfin, ont le coeur couronné de l'amour pour les autres.

Je me souviens que lorsque j'étais petite, ma mère me faisait rêver en parlant parfois de la princesse de*** qui avait été à l'école avec elle. Et un jour, descendant les escaliers de la Paix toute les deux, nous avons croisé une dame très insignifiante qui les montait. Elle et ma mère se sont gaiement saluées. "C'était la princesse Hélène de***" m'a expliqué ma mère, les joues roses de plaisir. Pour tout dire, j'étais plutôt déçue. Quoi? Cette dame en imperméable bleu et fichu, une princesse? J'aurais certainement préféré la voir en robe à paniers et manches gigots, avec un corsage où perles et dentelles auraient serpenté. Et des pantoufles de vair. Et, pourquoi pas? un prince charmant au bas des escaliers, chantant une belle romance en lachant une blanche colombe...

Mais depuis, j'ai vu plusieurs nobles aussi discrets que la princesse Hélène et à vrai dire, bien souvent, le vieil adage selon lequel tout ce qui brille n'est pas or se confirme!

Il y en a d'autres aussi, bien sûr. Comme cette famille française à l'arbre généalogique comme un baobab, habitant un très beau, très ancien et très délabré château. Mais ciel qu'ils étaient effrayants, ceux-là! "Fin de race", amoraux, immoraux, intellectuellement atteints, ayant perdu toute la distinction de leur classe. Et si dans quelques années on parle d'un nouveau Barbe bleue dans le coin, je saurai de quel château ça vient!

Par Edmée De Xhavée
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Vendredi 4 janvier 2008
Hermès, le dieu messager, dont les nobles talons s'agitent dans un plumetis gracieux, car ça y est, le "bon à tirer" des Romanichels est arrivé! Entier, sans déchirures, sans auréoles de pluie ou de boue, dans une enveloppe non éventrée! Sous la forme, bien émouvante pour moi, d'un exemplaire relié. Tout d'un coup, ça donne un air de réalité à ces idées qui sont devenues manuscrit, lui-même reconverti en un document prêt à l'impression avec la bonne police, les marges et la pagination ad hoc. Ca ressemble enfin à un livre. De 241 pages! Que j'ai dû parcourir une fois de plus pour dénicher les erreurs survivantes. Horreurs parfois, comme le gare au lieu de la gare. Et les sauts de page mal faits, la pagination sur les pages vierges etc...

Et tant qu'à faire, j'ai décidé de changer la couverture. A ma demande, son côté face avait été réalisé, très bien, pas l'illustratrice de Chloé des lys, France Delhaye. La version que j'avais reçue par courriel ne me déplaisait pas, mais sur le papier elle perd de sa luminosité, et selon moi, laisse une impression sombre, endeuillée (les tons mauves, bleus et violets n'aident pas ...), l'opposé de ce que j'ai mis dans le roman. Alors j'ai scanné une photo prise par ma mère en 1977, l'ai convertie en aquarelle, et voilà! Autre avantage, sentimental celui-ci: la photo est prise d'un endroit exact évoqué dans le bouquin, le plateau de Bibémus à Aix-en-Provence.

Tout ceci sera envoyé lundi. Si Hermès se met à nouveau de mon côté, ainsi que tout le personnel de "la poste", cet abîme administratif parfois sans fond, mon envoi devrait être chez Chloé des lys en une semaine. A ce stade-là, je devrai à nouveau invoquer ce dieu messager et des marchands pour que l'éditeur n'attrape pas une grippe invalidante, afin que le second et, je l'espère, dernier "bon à tirer" m'arrive très vite!

Ceci dit, ça prendra le temps que ça prendra. Une belle lapalissade, je sais. Mais un mois de plus ou de moins ne changera pas grand chose.

En tout cas, cette semaine, c'est bien ce qui m'a trotté dans la tête avec une joyeuse insistance.

Car j'espère bien avoir un peu de chance comme certains de mes compagnons de plume:  Cathy Bonte va avoir sa soirée littéraire à elle toute seule le 18 janvier, et Bob Boutique a droit à deux minutes sur télé-Bruxelles! Je sais, je me doute bien que le budget de télé-Bruxelles peut envisager un déplacement de Schaerbeek vers Schaerbeek, mais de Schaerbeek à West Orange... les rêves ont des limites! Quant à ma soirée littéraire toute personnelle, mon budget ne prévoit pas un voyage en avion pour ça! De plus, soyons juste: étant celle qui parlerait à cette soirée, je ne pourrais pas grignoter ni trinquer à ma santé. Une autre perte sèche dans mes finances.

Mais je suis bien contente pour Cathy et Bob, et les autres comme Dominique Leruth (dont le papa était de Verviers aussi, un endroit remarquable on le sait...) qui font déjà quelques vaguelettes glorieuses. Envoyez-moi un restant d'embruns, pour commencer!
Par Edmée De Xhavée
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Lauriers

2009: 3ème prix ex-aequo pour le Prix Pierre Nothomb avec Vous souvenez-vous? Thème: Sous le feuillage de mes chênes, je vous écris

2009: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Tremblement de coeur. Thème: Canicule (Publié sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne)

2008: 1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine avec Tchoupy et les stiloboutchgo dgies. Thème: Par monts et par vaux


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