Lettre à Mimi

Mon p'tit Mimi,

Si j'avais su que ma lettre était la dernière que tu lirais jamais, je t'y aurais dit ton éternité dans mon coeur.

Je t'aurais dit que ta voix chante encore pour moi o canto que cuanto. Qu'elle ne vieillira ni ne faiblira jamais, belle et vibrante comme ce lumineux côte à côte avec toi.

Je t'aurais demandé où tu es dans "Jeux Interdits", jeune homme d'alors 23 ans, courant, m'as-tu dit, en dévalant une colline.

Je t'aurais dit que oui, un jour je ferai la montée jusqu'à ta grotte, même si c'est en plein cagnat, même si je m'essouffle, pour voir si le jasmin que tu as planté est encore là, mêlant sa subtile flagrance aux parfums plus rustiques du thym citron et du romarin.

Je t'aurais dit tes habitudes qui sont devenues miennes: je ramasse des plumes et les garde en un bouquet coloré qui parle d'envols heureux, je froisse les feuillages et buissons pour en extraire les arômes intimes, je transforme mes promenades en examen de botanique, identifiant le millepertuis, la rosa canina, l'arnica, les pervenches, la menthe pulegium et la menthe poivrée, l'angelica archangelica, l'ail des ours, le bouillon blanc, l'artemisia vulgaris, et la solidago canadensis dont tu m'as dit que c'était la plante de mon anniversaire.

J'aime Django Reinhardts, son cousin Schnukenack, et tout le jazz New Orleans. Le vieux jazz de ton époque.

Je t'aurais dit que non, rien de ce qu'on a eu ne cesse d'être nôtre, tout ce qui était vrai un jour le reste. Car, comme tu le disais avec la gravité qui accompagnait les mots qui s'échappaient parfois du secret de ton coeur, seul, l'amour subsiste dans l'angle du tombeau.

Je t'aurais dit repose-toi mon bien-aimé, je suis là, et de loin je caresserai ton front en te rappelant les effluves de la colline chaude sous le soleil de cinq heures, je baignerai tes lèvres en y posant des chansons, je masserai tes doigts raides et la mélodie des cigales en jaillira. Tu pourras partir, et tu n'auras pas besoin d'aller loin: un pas vers mon coeur, pour y rester à jamais.

Mais ce n'est pas grave. Cette lettre jamais écrite à temps, tu l'as lue cent fois déjà dans mon chagrin que tu apaises avec douceur, me disant mais j'vais bien, mon p'tit bouldou, y a pas b'soin d'pleurer... Ah! Fludibu!!! Et tu m'arraches un sourire, comme tu as toujours su le faire avec ton ah fludibu!!!

Foufette

Mes livres parus

Lauriers

2009: 3ème prix ex-aequo pour le Prix Pierre Nothomb avec Vous souvenez-vous? Thème: Sous le feuillage de mes chênes, je vous écris

2009: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Tremblement de coeur. Thème: Canicule (Publié sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne)

2008: 1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine avec Tchoupy et les stiloboutchgo dgies. Thème: Par monts et par vaux


Catégories

Derniers Commentaires

Présentation

Découvrez aussi ...

Recommander

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés