L'ont lu et aimé

Les avis du comité de lecture de Chloé des lys


- Roman ou autobiographie ? Très belle écriture, simple et élégante. Originale. C’est frais, un peu à l’ancienne, un peu « vieille France » ou « Ancienne Belgique » !

Personnages attachants. Bons et mauvais sentiments. Ironie. Légèreté. Beaucoup de finesse dans la psychologie.

 

- Livre dense à l’écriture vivante de belle qualité. Présentation originale de toute une vie avec ses hauts et ses bas, ses bons et mauvais jours.

 

- « Nos vie en touchent tant d’autres, c’est comme un jeu de domino, on en bouge un, et c’est la dégringolade, parfois plus qu’on ne peut assumer… »

 

- C’est toute une vie. C’est triste, c’est gai, c’est vrai et sans fards. Et Boris Cyrulnik ne désavouerait pas ce livre, si bel exemple de sa théorie sur la résilience !

 

Philippe Desterbecq:

 

"De l'autre côté de la rivière", c'est une chanson de Gilbert Bécaud. Ajoutez-lui un prénom "Sybilla" et vous aurez un très bon livre d'Edmée de Xhavée.

  Voilà déjà un bon moment que je connais Edmée. Nous nous sommes rencontrés par blogs interposés. Elle venait de publier "Les Romanichels" que je me suis empressé d'acheter et de lire.

Un peu moins de deux ans plus tard, je retrouve Edmée avec son nouveau bouquin "De l'autre côté de la rivière, Sybilla".

La couverture m'attire; je lis à peine le résumé, je n'hésite pas et je commande le livre chez Chloé des Lys.

Sitôt reçu, je commence sa lecture, sûr de l'effet qu'il produira sur moi. Les lecteurs du blog d'Edmée savent ce que je veux dire. Sa littérature nous accroche et nous vivons avec elle les différentes aventures qu'elle nous relate, aventures qui sont souvent des pages de vie, d'une vie riche en rencontres et en découvertes.

Ce que je ne savais pas en lisant ce bouquin, c'est qu'il me plairait plus encore que "Les Romanichels".

"De l'autre côté de la rivière, Sybilla" est un très bon bouquin, impossible d'en douter! 

Emma et Jean, deux enfants au passé douloureux, ont grandi et ouvrent un restaurant. Lors de son inauguration, ils invitent tous ceux qui ont compté dans leur vie : ceux qui ont été bons pour eux, comme ceux qui les ont blessés dans leur existence car les épreuves font grandir, pas vrai?

Et ils se souviennent de leur parcours, de leurs joies, de leurs tristesses, ... Les invités font l'objet de souvenirs. Edmée nous invite à parcourir leurs existences, à découvrir leur caractère, à s'interroger sur leurs actions et peut-être même à les comprendre quand ils agissent mal.

En filigrane, on découvre Sybilla, l'ancienne gouvernante des enfants, qui est une narratrice tout à fait particulière de ces faits de vie. Plusieurs fois, je me suis demandé comment elle pouvait connaitre tous ces personnages aussi bien, leurs faits et gestes, leurs sentiments. Ca me semblait impossible et le roman n'en était pas tout à fait crédible. Je me suis même dit qu'Edmée aurait dû choisir un narrateur extérieur à l'histoire.  Puis, j'ai compris car, de là où elle se trouve, elle voit tout, elle sait tout.

Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas trop dévoiler l'intrigue. N'hésitez pas, frottez-vous à la plume d'Edmée, rencontrez Sybilla, Emma, Jean, leur famille et leurs amis. Vous ne pourrez passer qu'un agréable moment.

J'espère, Edmée, que tu nous prépares un troisième roman dans lequel nous pourrons plonger avec autant de délectation.

 

 

Philippe Desterbecq

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Carine-Laure Desguin:


L’histoire ? Aujourd’hui, c’est la fête à Verviers, grand rassemblement familial à l’occasion de l’inauguration du nouveau restaurant de Jean et de sa sœur Emma, Sybilla.

Pour Jean et sa sœur Emma, les hôtes de cette journée, derrière ces sept lettres, S.Y.B.I.L.L.A., retentissent les émotions de toute une vie ; car Sybilla, c’était le nom de leur ancienne gouvernante, celle qui fut choisie après le décès de leur maman, Pauline Dupage, pour veiller sur leur éducation …

Originalité du roman : c’est Sybilla elle-même qui raconte …

Après le décès de Pauline Dupage, son mari, Félix Lemarchand est plus ou moins écarté de l’éducation de ses deux enfants par les grands-parents Dupage, une famille bourgeoise très respectée dans la ville de Verviers. Derrière ce terme, bourgeoise, entendez austérité, rigueur de l’éducation, liberté limitée, œuvres paroissiales, amour illimité envers l’argent…Nous sommes dans les sixtees…
Marie Dupage, sœur de Pauline Dupage est restée vieille fille et, habitant toujours sous le toit familial, c’est elle qui oriente ou plutôt qui désoriente, du haut de son égocentrisme, de sa jalousie maladive et de ses manigances désarmantes, les journées des enfants et bientôt des adolescents.

Pendant toutes ces années, Sybilla aimera ces jeunes gens comme s’ils étaient issus de son propre sang. Elle sera celle qui, par son doigté et sa connaissance innée de la psychologie, adoucira dans la vie de jean et Emma les rudesses, les chagrins et les déconvenues. Elle sera une médiatrice entre la famille Dupage et la famille Lemarchand.

C’est surtout le style de l’écriture de cette lauréate de plusieurs prix littéraires que je voudrais mettre ici en valeur. Edmée de Xhavée est une narratrice hors pair. Son talent principal est selon moi cette faculté de transmettre à travers le récit, une légèreté et un humour inégalables, alors qu’en fait, l’enfance et l’adolescence de Jean et Emma n’a rien de bien drôle : mère décédée, père absent…
Edmée de Xhavée, en mettant en lumière toute la poésie qu’il ressort du monde de l’enfance et de l’adolescence, équilibre à merveille le côté sombre de l’histoire. Le langage des argonautes, une espèce d’espéranto connu seulement de Jean et Emma est une pure merveille. Lisez ce récit et vous saurez ce que signifie faire caravane, qui était la reine Zozor, qui était pantalon Marcel, et quels étaient les jours heudebert !
Dans cette famille, les surnoms sont savoureux : Zézette, Cri-Cri, Chiquita…

Un bon point également pour les descriptions des personnages ! Une vraie galerie théâtrale !
- Page 48 : Et ses cheveux, qu’elle teint avec un mélange de sa composition – Caramel royal et Cuivre des steppes- donnent à son visage trop fardé l’air d’une méduse hagarde et craquelée à la tête entourée de serpents corail.
- Page 198 : Une vieille dame en bigoudis sous un foulard de plastique transparent et maquillée comme une cantatrice, juchée sur son tabouret de bar, agitait des jambes gainées d’un training doré en aspirant bruyamment un milk-shake.

A présent, vous comprenez pourquoi la ville de Verviers a mis à l’honneur, voici quelques jours, cette écrivaine talentueuse qui avec son premier roman paru en 2009, LES ROMANICHELS, avait déjà séduit tout un lectorat.

Chaque semaine, sur le blog http://edmee.de.xhavee.over-blog.com, primé en 2009 par TV5, lisez un texte de cette auteure.


Carine-Laure Desguin Carine-Laure Desguin

 

Vincent Leroy:

 

Le roman commence par l'inauguration de "Sibylla", le nouveau restaurant à Verviers d'Emma et Jean. Le frère et la soeur rendent ainsi hommage à leur ancienne gouvernante. Après le décès de leur mère Pauline Depage, la garde avait été accordée à leur riche famille maternelle au détriment de leur père Félix Lemarchand. Les deux enfants sont confiés à leur tante célibataire Marie qui engage Sibylla. Cette dernière les protège des mesquineries et des méchancetés du clan Depage qui n'a jamais accepté l'amour de Pauline pour Félix. Au fil du roman, Sibylla se remmémore l'enfance, l'adolescence et les relations d'Emma et Jean qui s'affranchissent peu à peu de leur famille maternelle et reprennent contact avec leur père. Leur vie sentimentale ne sera pas ensuite un long fleuve tranquille, mais ils peuvent toujours compter sur Sibylla pour se confier. Et c'est au moment où ils trouvent la sérénité que celle-ci passe de l'autre côté de la rivière...

"Les Romanichels" (son premier roman paru en 2009) et "De l'autre côté de la rivière, Sibylla" sont tous deux bien écrits, racontent des histoires de familles, et se terminent sur une note positive. Ils montrent comment la jeune génération s'est affranchie des conventions et de l'hypocrisie qui régnaient dans certaines couches sociales, afin de mener leur vie comme elle l'entend. Personnellement, j'ai une préférence pour ce deuxième roman par rapport aux "Romanichels".

 

Josy Malet-Praud:

 

« De l’autre côté de la rivière, Sibylla », second roman de Edmée de Xhavée, s’attache à retracer les destins de personnages encore une fois remarquablement incarnés, au point, peut-être, d’en devenir inoubliables.

La famille en tant qu’institution-creuset, génératrice d’incidences certaines sur la destinée de ses membres, les jeux de pouvoir et de contre-pouvoir familiaux constituent un thème cher à Edmée de Xhavée. Elle le confirme ici, en pénétrant avec la virtuosité qu’on lui connaît, dans l’intimité des Dupage et des Lemarchand. Deux familles Belges dont les statuts sociaux n’ont rien en commun.

Les Lemarchand sont des gens –comme tout le monde- et vivants. Les Dupage sont captifs des préjugés et des principes d’une classe sociale où la sacro-sainte réputation de la lignée et les convenances édifient la façade derrière laquelle s’étiolent jusqu’au desséchement la joie de vivre, l’amour et le bonheur.

L’auteur démêlera les fils de la trame familiale où sont enfouies les motivations de chacun, faisant émerger des nœuds d’amour amer et moribond pour n’avoir pas été vécu, ceux aussi d’une rancune fiévreuse sous-jacente, enracinée dans le terreau de la jalousie, la déception et l’amertume réunies.

Au beau milieu de ce champ de ruines affectives, parachutés par le malheur qui touchera leurs parents, deux enfants, Emma et Jean, vont devoir grandir bien loin de l’insouciance et de la tendresse sécurisante des adultes. Emma et Jean sont au cœur du roman comme deux petites braises têtues qu’un foyer refroidi pourrait facilement éteindre.

Pourrait… Si l’aile protectrice d’une femme providentielle, Sibylla, n’était là, silencieusement déployée pour les conduire vers l’âge adulte, même et surtout si le chemin n’est pas de ceux qui traversent les contes de fée.

« De l’autre côté de la rivière, Sibylla »…Combien sibylline est l’auteur qui n’a pas choisi l’illustration de la couverture du livre au hasard, pas plus qu’un incipit particulièrement ingénieux ; desseins dont chacun prendra la mesure…plus tard.

Finesse, adresse et richesse de l’écriture, perspicacité et tendresse indestructible de la femme auteur, authenticité qui draine l’admiration, sont les piliers sur lesquels repose l’équilibre parfait des talents de cette écrivaine. Elle nous fait ici cadeau d’un roman qui s’infiltre des tripes jusqu’au cœur, titille l’indignation et la révolte du lecteur, l’ébranle en profondeur, suscite tantôt le sourire et le rire, tantôt surfe sur des vagues de tristesse et de désarroi pour, coûte que coûte, rejoindre les eaux fortes du courage et de la résistance.

L’histoire d’Emma et Jean, de Sibylla, de Chiquita, de Marie, de René Dupage, de Félix et des autres ne peut laisser indifférent, ne peut lasser le lecteur, pas plus que le dispenser de percevoir des ondes de choc une fois la dernière page tournée.

J’ai refermé ce livre il y a quelque temps et les échos persistent : des battements de cœur, des rires, des souffrances et des pleurs, des voix d’enfants, des regards hostiles et d’autres plus cléments, des ombres menaçantes, des éclats de lumière prometteurs … Echos obstinés, nimbés d’un doux parfum sucré ... Celui de la poudre de riz, bien sûr…

Enfin, et parce qu’un roman de fiction n’est probablement jamais complètement étranger à son auteur, que celui qui écrit –la vie- laisse toujours, qu’il le veuille ou non, quelque chose de lui-même entre les lignes, on ne saurait ignorer ce qui s’impose en arrière plan. Les traits récurrents d’une femme combative, quelque peu magicienne pour savoir faire des drames et du malheur un tremplin vers la paix et la grandeur, de l’espérance un projet et du projet une réalité. A regarder devant, fortifiée par les écueils du passé.

Ecco…le lecteur est prévenu, s’il est fataliste, qu’il prenne garde : l’état d’esprit de l’auteur pourrait bien être contagieux. Une chance, un vrai bonheur !

 

Anne Renault:

 

A peine venais-je de refermer le livre que je l'ai rouvert aux premières pages – retour de ce long flash-back – pour le plaisir d'y retrouver tous les personnages du roman, qui, après lecture, s'étaient en quelque sorte « remplis » de leur histoire et apparaissaient dans toute leur densité, construite touche par touche au fil du livre.

Ce très beau texte, second roman d'Edmée de Xhavée, est, suivant les traces du premier, « Les romanichels », une saga familiale. Il nous entraîne dans les méandres de la vie d'Emma, de son frère Jean, mais aussi de celles et ceux qui vont les approcher, de façon durable ou éphémère.

« Et Sibylla ? », me direz-vous, celle qui attend « de l'autre côté de la rivière » ?  Eh bien, Sibylla, l'on pourrait dire que c'est le personnage majeur du roman, puisqu'elle en est la narratrice. Et cependant elle apparaît simplement ici ou là, toujours pour aider, protéger, aimer. Présence supérieure, tutélaire, qui, au-delà même de la mort, continue à veiller sur les enfants dont elle a été – pour leur sauvegarde et peut-être leur survie – la gouvernante. Sibylla, grand ange de l'amour, qui donne au roman une dimension spirituelle, même si elle se manifeste d'une façon toute charnelle, par la délicate odeur de sa poudre de riz...

Au début de l'histoire, une « faute », c'est ainsi que l'on nomme, dans la bonne société de la région liégeoise, comme dans tout milieu conventionnel et bourgeois,  l'abandon de son mari et de ses enfants par une épouse et une mère. Et la faute, comme il convient, sera punie, car l'histoire scandaleuse finit mal.

C'est alors que commence celle de ses deux enfants, Emma et Jean, qui se retrouvent emprisonnés dans l'austère maison des grands-parents maternels, les Dupage, et livrés à leur tante Marie, femme frustrée et persécutrice, dont la méchanceté inventive aurait pu les détruire, n'eût été la protection constante que leur apporte Sibylla. Le destin des enfants se construit cependant dans l'isolement et la souffrance, que l'affection inaltérable qui les lie vient cependant tempérer. 

De mariage catastrophique en instabilité affective, voilà Emma et Jean bien mal engagés dans leur vie d'adultes. A cela s'ajoute pour Emma le pire deuil qui soit, celui de son enfant.

Mais « Sibylla, de l'autre côté de la rivière » est un roman sur l'amour triomphant. Il gît, caché, attendant son heure, et remporte la partie, apportant apaisement et bonheur.

Autour d'Emma et de Jean, gravite une galerie de personnages, charmants ou grotesques, bons ou mauvais, tous hauts en couleur et parés de la vérité de la vie.

« Sibylla, de l'autre côté de la rivière », un roman sur l'amour, mais aussi sur la mort , dont Edmée de Xhavée nous   offre une image étonnamment sereine et poétique, dans la très belle métaphore de cette qui rivière que l'on franchit tous un jour. Mais sur « l'autre côté », point de néant, aucun règlement de comptes. Une figure bienveillante, accueillante nous attend et nous aide au passage. Ainsi ce grand-père, qui accueille son petit-fils, JC, par cet émouvant « Viens, mu pti fi, n'aie pas peur, je te rattraperai ».

Quant à l'écriture, Edmée de xhavée a l'art peu commun de mélanger acuité psychologique et fantaisie, réflexion profonde et détails gracieux, sensualité et humour.

J'ai été passionnée par ce livre, par la richesse de ses personnages, par l'entrelacement des récits. Et je sais aussi que ne s'effacera pas de ma mémoire l'image radieuse de Sibylla et que moi aussi, sans doute, dans les moments de doute ou d'inquiétude, je chercherai les effluves de sa poudre de riz...