Qui suis-je?

Je suis née à Verviers (Belgique, Province de Liège) d'une famille vagabonde par nécessité. Oncles, tantes, grand-parents avaient soit vu le jour sous d'autres cieux, soit vécu sous ces autres climats, vu ces rivages encore purs de tourisme, chevauché dans les pampas ou bravé les flots sur des voiliers qui tanguaient vers l'Est ou l'Ouest. Les affaires familiales les envoyaient en Australie, Argentine, Uruguay, et mon arrière-grand-mère a même vu le jour à Batavia, dans les Indes Néerlandaises. Ca fait beaucoup de choses à imaginer, beaucoup de personnages hauts en couleur à fréquenter, beaucoup d'histoires saupoudrées d'épices lointaines à écouter. Je suis donc partie aussi, moins loin, mais avec le même appétit pour ces "autreparts" que je voulais savourer. J'ai écrit bien des lettres, décrivant mes péripéties, mes sorties, mes coups de foudre culinaires ou pour des lieux pleins de merveilles. J'écrivais, j'écrivais, j'écrivais. Et finalement j'ai entendu ce que ça voulait dire. Ecrire, c'est "ce que je fais dans la vie". Le reste, c'est pour manger et ... écrire!

Je suis éditée aux Editions Chloé des lys à Barry

Pour commander (attention: Chloé des lys ferme pour les vacances : deux mois d'été, deux semaines à Noël et Pâques!):
chloe.deslys@scarlet.be
www.chapitre.com

ou dans une des librairies mentionnées sur le site:
www.editionschloedeslys.be
Vendredi 10 juillet 2009
Cet article répond à un sympathique défi lancé par Philippe sur son blog http://philippedester.canalblog.com. Le thème m’a accrochée tout de suite, et voilà! Et j’aime aussi beaucoup ce que sa fenêtre lui a inspiré, allez donc voir !…

Je regarde par la fenêtre et je vois le dessin du vent qui plie la pelouse et fait se mouvoir la couronne des chênes blancs au rythme de la respiration de l’univers. Je vois la course fanfaronne d’un lapin soyeux, et l’orgueil bleu de mon hortensia. Si je lève les yeux, ma vue est bercée par la vaporeuse traversée des nuages dans un ciel qui joue à la menace, d’un anthracite argenté d’un côté et nimbé de lumière de l’autre. On ne sait lequel l’emportera d’ici la fin de la journée. Un vol en V d’oies du Canada passe, précédé par une clameur familière qui rend gloire à un monde sans limites.

Je vois aussi, selon les saisons, les êtres nimbés de liberté qui m’entourent : les écureuils gris à la queue légère comme une volute de fumée, creusant la pelouse avec une ardente obsession; les oiseaux locaux ou de passage, me laissant parfois une plume aux couleurs prises sur la palette des dieux; de frémissants tamias aux yeux luisants. Et, depuis quelques années maintenant, des bandes de dindons “sauvages” indiscrets et curieux. J’ai appris à aimer leur silhouette Art Déco et leur plumage semblable à une armure de soie. Il y a aussi les marmottes craintives, si rapides que l’on croit avoir rêvé cette ombre rasant le sol. Et les biches aux jambes fuselées, aux yeux de pharaonnes.



Mais si je tourne le dos à ce film d’une nature généreuse, assise dans le matin ensoleillé de mon salon où chuchotent objets et souvenirs, c’est encore par la fenêtre que je regarde, celle que la lumière projette sur le mur. Un écran immobile et muet, qui me dit ne te retourne pas, tout y est, tu peux me croire



Et lorsque c’est dehors que je suis, et que je regarde par la fenêtre, c’est vers la sécurité de ma vie que je plonge. Mon mari, mon compagnon de rêves et de certitudes, d’infortunes et de paix. Et Teeshah, dont c’est la place, comme il l’a décrété. Et la coupe de Bon Papa. Celle dont, en fin de vie, il mimait la forme pour que ma mère aille la chercher chez lui, et qu’elle m’a donnée ensuite. Elle était sa petite chérie, et cette coupe me parle de leur amour à tous les deux, de ce désir de laisser un objet qui parlera de bonheur et d’attachement sans fin.



Une fois à l’intérieur d’ailleurs, c’est le visage de ma mère qui flotte dans la vitre sur le fond bleu-noir de la nuit qui tombe. Mon reflet, puisqu’en plus de la coupe de Bon Papa et d’autres choses, elle m’a aussi donné ses traits. Ferme la porte, et profite de la soirée, me dit-elle. Je veille. Sois en paix.




Et puis, c’est aujourd’hui même que Bob Boutique, auteur des contes bizarres, défenseur passionné de la vie artistique en Belgique et libraire quand il a le temps, a mis sur son site son diagnostic après la lecture des Romanichels.
Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Monologue
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Vendredi 3 juillet 2009
Je l’ai déjà dit, lorsque j’ai décidé de partir vivre aux USA, c’était en pensant au Nouveau Mexique, ou peut-être l’Arizona. Du sable, des cactus, des Indiens, des rochers aux formes étranges, dieux ocres à la force inouïe. De l’eau vénérée, une histoire cent fois mal contée par le cinéma; le fameux Arizona Sky, si bleu et parcouru en silence par des chevaux blancs qui parfois s’emballent, faisant trembler le sol sous le foulement de leurs sabots et illuminant le monde de leur fureur brûlante.

J’avais contacté des galeries d’Art, des Bed & Breakfast et hôtels à Santa Fe et Albuquerque. On m’avait parfois répondu. Venez, on verra ce qu’on peut faire. J’avais brièvement vu ces deux villes en mai '94 avec mon ami Creek, Chester, sa femme et son petit-fils. J’étais sous le charme. Je parle d’un vrai charme de magie, un charme digne de Morgane, de ces charmes qui vous imposent de prendre des décisions, parce que vous pensez que c’est votre destin. Je ne connnaissais personne là-bas, sauf un ami pueblo qui voulait bien m’aider mais sur l’aide duquel je ne voulais pas compter. Mesure à la fois raisonnable et lucide. Les pueblos font partie du décor, mais après tout, ils ne sont considérés “que” comme des Indiens.

Je suis donc partie le premier janvier 1995 pour quelques jours, histoire de me faire une meilleure idée. Le cinq au soir, j’étais invitée à Santo Domingo pueblo – hors de l’enceinte sacrée où les non-Indiens ne peuvent rester après quatre heures – pour loger chez la soeur de cet ami, Angel. Une maison d’adobe avec un living comme un hall de gare où trônait une table de billard ! Un poste de télévision démodé offrait dans une certaine indifférence des images neigeuses et un son étouffé. Marcus, le mari d’Angel, ne cachait pas son hostilité à l’idée de m’avoir dans ses murs, mais la société pueblo est matriarcale et la maison appartenait donc à Angel. Avec sa fille Marchelle il perçait des trous dans des turquoises et coquillages pour faire des colliers, et m’a ensuite pratiquement imposé de lui en acheter un, ce qui a vexé son beau-frère, mon ami. Ils ont d’ailleurs eu un échange de mots qui n’avaient pas une musique très paisible… Et pourtant, son visage sombre sous la coiffure de Prince vaillant savait s’illuminer de gaieté, comme en témoignèrent plus tard les photos qu’Angel et Marchelle sortirent d’une boîte en fer pour me présenter la famille.

Au matin du six, qui est une fête importante dans le village, Angel m’a autorisée à prendre cette photo de la vue de sa fenêtre. Le soleil caressait la neige tombée avec une implacable détermination la veille, la faisant un peu fondre déjà, laissant un glaçage léger sur le four rond juste en face, typique des pueblos. On avait mangé tous ensemble à l’américaine, des crêpes au sirop, du café, des saucisses avec une certaine animation, surtout quand Marcus avait franchi la porte sans me saluer. Marchelle, sa soeur et moi sommes alors sorties et nous sommes rendues chez la mère de mon ami pour y chercher des chaises pliantes. La terre rouge s’était unie à la neige fondante et aspirait mes chaussures, mouchetait le bas de mes jambes. Nous étions dans l’enceinte sacrée et, je le savais, sous haute surveillance des “guerriers de paix”, ces hommes qui sont choisis pour leurs hautes qualités et appelés d’où qu’ils soient pour revenir offrir un an au village. Un an au cours duquel ils ne dormiront que 4 heures par jour, et passeront le plus clair de leur vie sur les toits du village, surveillant ce qui s’y passe. Qui y arrive, qui en part, qui invite des blancs, qui a l’air d’avoir bu... La mère de mon ami habitait une très vieille maison d’adobe, petite et bien isolée du froid. C’était une femme d’une incroyable beauté dans sa cinquantaine. Une tresse noire et large de 4 cm longeait son dos, et je la regardais chausser des bottes pueblo de mouton à la pointe recourbée. Son vêtement était traditionnel, de laine noire avec des rayures mauves et jaunes, et tout son visage – splendide, le visage d’une divinité inca – refusait ma présence. L’hostilité était palpable, au point qu’après avoir échangé quelques mots en keresan avec ses nièces – ah, cette langue qui fait kr kr kr! – nous sommes parties avec les chaises pour regarder les danses sacrées, du moins celles que nous pouvions voir, puisque certaines danses se font loin de la vue des femmes. Peu de touristes, car les Santo Domingos sont réputés pour ne pas y aller avec le dos de la cuiller quand un comportement les agace. Il est interdit de filmer, de photographier, de traverser la plaza par le milieu, et en fait j’ai eu si peur de faire un impair que j’ai à peine osé regarder en m’abandonnant. “Ne regarde pas les gens dans les yeux; ne fixe pas les maisons; n’aie pas l’air curieuse…”. Tant de choses qui hélàs font partie de notre … tourisme, que je ne savais plus que faire.

Je me souviens pourtant très bien d’une danse Navajo au cours de laquelle une rangée de jeunes filles en robes de velours sombre formaient une douce vague qui s’agitait comme l’herbe sous le vent au son des tambours. Dans cette boue, sous ce soleil froid, c’était comme un parfum, celui des pêchers dont les Navajos étaient si amoureux et fiers. J’ai encore été invitée un autre jour au village, chez la tante Josefina, qui fêtait la communion de son fils. Là, tout le monde me cajolait … en keresan, et je ne comprenais que la musique de leur gentillesse mais pas les mots. Mon ami m’a ensuite conduite voir la personne qui tenait le Bed & Breakfast (gîte du passant, comme disent les Canadiens!) de Santa Fe, et dans un hôtel. Il me semblait évident qu’avec un peu de patience je devrais trouver quelque chose à faire si je me décidais.

Je logeais à Madrid, entre Albuquerque et Santa Fe, non loin de la réserve Santo Domingo, dans un Bed & Breakfast où on faisait un café merveilleux. Madrid, j’en ai déjà parlé, c’est une ancienne ville fantôme qui avait vécu de l’exploitation de la mine de charbon, sur la piste des turquoises des Indiens. Une rue, et des maisons de chaque côté. Rien d’autre. Uniquement touristique, puisque chaque maison est une boutique, sauf la taverne qui attire du monde de Santa Fe et Albuquerque, ainsi que les pueblos qui veulent s'offrir une bière, puisque l'alcool est interdit sur les réserves.

Et, seule pour la plupart du temps, j’avais pris goût à me promener sur cette route déserte, une heure dans un sens, et le retour. Des voitures s’arrêtaient fréquemment, et des conducteurs inquiets me demandaient s’ils pouvaient m’aider, me conduire quelque part. On ne marche pas beaucoup aux USA, c’est vrai, mais en plus … la région est infestée de couguars. Heureusement, je ne le savais pas!



Je suis donc rentrée en Europe, pour repartir vers le Nouveau Mexique en avril de la même année. Définitivement, pensais-je. J’ai d’abord logé dans un motel qui regorgeait d’Indiens. Il y en avait partout, parce que le plus grand pow wow de l’année avait lieu, et ils arrivaient de tous les coins, même du Canada. Et on ne les entendait pas! Mais qu'il était curieux de voir ces guerriers d'un autre temps s'engouffrer dans des pick-up trucks avec leurs compagnes et enfants. Robes de daims, mocassins, coiffes de plumes ou queue de cerfs, gilets de porc épic, éventails d'aigle ou de dindon sauvage, un passé extraordinaire et grandiose se mouvait dans le parking de mon motel, tandis que je regardais, émerveillée, depuis ma fenêtre où l'air conditionné gonflait les rideaux. 

Ensuite je me suis retrouvée dans un autre motel, d’où j’ai donné quantité de coups de fils un peu partout, notamment dans une école de langue dont le directeur a accepté de me recevoir. Richard. Nous nous sommes vus … 15 minutes. Et nous nous écrivons encore! Richard m’a aidée, m’a donné d’autres contacts. Grâce à lui et le tam-tam arabe (ou Indien?), des francophones m’appelaient dans ma chambre pour bavarder, me donner des idées, me dire d’essayer ceci ou celà.

Je prospectais, prenant le bus sur la route 66 tous les matins, et parfois je me récompensais d’une visite dans Old Town, où mon rêve me retrouvait. James Stewart allait certainement passer sur un cheval, suivi par un troupeau de longues cornes à l’haleine poussiéreuse! Une caravane de colons apeurés et pleins d’espoir allait descendre la vieille piste… Sur la place principale, le chant des oiseaux était si perçant que l’air n’avait pas de poids.

Je mangeais du guacamole ou des burritos à la crème sûre, et me disais, en regardant au loin les montagnes sandia: c’est ici que je vais vivre.

Dans ma solitude sereine, je faisais des photos. Sans savoir que je construisais les souvenirs de mon rêve, puisque ce n’était pas mon destin! J’ai fini par trouver un travail, par une amie de Richard, à l’Alliance française de l’Université d’Albuquerque.

Mais encore une fois ... ce n’était pas mon destin! Mon destin était d'y aller, d'y passer ce temps, d'y comprendre ce que mon inconscient comprenait depuis longemps, mais après, il fallait en repartir.

Des regrets? Non. Pourquoi, puisque les souvenirs ne s’usent pas…


Par Edmée De Xhavée - Publié dans : USA
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Vendredi 26 juin 2009

Un ami très cher m’a donné cette phrase il y a longtemps. Elle avait suspendu la course de son coeur pendant un instant alors qu’il lisait Les mille et une nuits. Et dès lors, elle fit partie de lui. Il la prononçait avec une profondeur solennelle et une surprenante humilité dans la voix.

Il n’est plus. Tout au moins, c’est la formule consacrée pour qui a épuisé son temps de vie avec nous. Son tombeau n’a pas d’angle, pas de pierre; aucune larme ne s’y abîme : il a été incinéré. Mais que cette maxime retentit joyeusement dans mon être. Car oui, de lui il ne me reste que la tendresse et les éclats de rire, que ses amis et moi chérissons avec enthousiasme. Quelle chance nous avons eue de le connaître et de l’avoir laissé planter en nous le germe de cette joie bouillonnante qui resurgit à son évocation.

Ma mère, elle, a son nom sur une stèle. Et d’elle je n’ai gardé que les chansons, les recettes de cuisines, les surnoms ironiques, les souvenirs de bonheur qui luisent comme une bougie dans le noir. Les disputes et les maladresses, je les éloigne d’une chiquenaude quand elles se rappellent à moi. Oh, ça n’a rien laissé, les mots durs, les bouderies. C’était du temps perdu alors, pourquoi le perdre deux fois? Par contre, ce qui se tient dans l’angle du tombeau, c’est le son de sa voix me lisant Les aventures de Plumet – et je me demandais, émerveillée, comment elle connaissait la voix de Plumet, puisqu’elle avait son timbre normal quand elle était le narrateur et une petite voix excitée quand Plumet s’exprimait -, son “c’est bon mais c’est bourrant” amusé après avoir goûté mon premier dessert au moka – une recette de l’Institut Sainte Claire .. des petits beurres cimentés deux à deux avec du sucre et du nescafé pétris dans de la margarine! Bourrant en effet -, les centaines de lettres que nous nous sommes échangées au fil des années, et toutes ses pitreries qui me reviennent aux moments les plus surprenants et me font rire avec elle. Oui, avec elle.

J’ai des souvenirs d’amour en telle quantité que je n’en manquerai jamais. Et lorsqu’on me dit que je lui ressemble de plus en plus, je souris, amusée. Avec elle. Ah, cette lueur heureuse qu’avait eu son regard quand son petit-fils lui avait dit qu’elle et moi avions le même rire. Si on arrive à passer son rire … oui, seul l’amour subsiste dans l’angle du tombeau.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Personnel
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Vendredi 19 juin 2009
À mon arrivée en Belgique, un cadeau m’attendait, gentiment silencieux et ponctuel dans son envelope. Il m’avait été annoncé par son auteur, aussi je n’en ai ouvert le pli qu’avec plus d’élan, et en ai sorti … ce livre qui m’a présenté ce grand poète qu’était Émile Verhaeren. Alors bien sûr, j’avais appris un ou deux de ses poèmes en classe, sous le regard encadré de Pie XII – qui me glaçait toujours un peu – ou peut-être celui de Jean XXIII, il Papa buono, qui de fait avait l’air bienveillant d’un paisible jardinier des âmes.

Mais je ne savais rien de l’auteur sinon sans doute les dates parenthèses qui contiennent secrètement tout le mystère d’une vie: 21 mai 1855 – 27 novembre 1916. Ou plus simplement: 1855-1916.

C’est fin 2008 qu’il eut soudain pour moi une coloration, timide encore, mais c’était celle de la réalité: quelqu’un qui avait tant aimé un lieu tel que le Caillou qui bique à Roisin ne pouvait qu’être fait de chair et de bon sang. Ne pouvait qu’abriter un enthousiasme ardent. Car fin 2008, le Petit Belge a relayé sur son blog l’appel du musée Émile Verhaeren à Roisin, appel que j’ai repris comme bien d’autres alors.

Et ce livre de Vincent Leroy a, avec des mots simples qui se suivent comme un guide, ajouté les ingrédients qui me manquaient pour accueillir en moi cette chaude certitude: oui, il était vivant, cet homme, et il aimait avec abandon, avec dévotion. Sa femme, sa terre, le vin, les amis, la chanson, la couleur des mots, sa maison du caillou qui bique, sa tante Amélie. Un amour si bruyant que ses échos rebondissent dans ses poèmes.

C’est important de savoir aimer, parce qu’on ne mourra pas tout à fait.

Lire les grandes lignes de la vie de ce personnage fougueux l’a fait surgir hors de ces lettres qui le contenaient: Émile Verhaeren. Maintenant, j’en sais juste assez pour vouloir en savoir plus! Merci donc, Vincent, pour ce cadeau qui n’aura pas été qu’une lecture mais aussi une ouverture! (Vincent Leroy, Le poète belge Émile Verhaeren, Éditions Azimuts).

De mon côté, je me suis aussi offert un peu de lecture en Belgique, et je viens de terminer “D’un pays l’autre” (Éditions Demeter) de Valy-Christina Oceany. Cette dame est Roumaine, et a fait un bref séjour en Belgique en quittant son pays pour aller à la rencontre d’elle-même … ailleurs. Elle se présentera mieux que je ne pourrais le faire dans cette interview qui me l’a fait découvrir. Personnellement, j’ai beaucoup aimé son livre, qui nous présente Corina, Oana et Violeta. Trois histoires dont les héroïnes se rencontrent brièvement, suivant leurs buts avec une sauvage détermination embuée d’une légère tristesse. Des vies sans les falbalas de qui a toujours connu le confort, l’indépendance, le droit au changement, le pouvoir de décider. On voit notre univers par leurs yeux supris, on sent leur peur et leur témérité, leur départ d’un monde qui leur a fait mal pour arriver dans un inconnu déconcertant où se cachent d’autres douleurs, mais où luit l’espoir. Un tout bon récit.

Puisqu’on parle de lecture, je tiens ici à remercier Philippe Desterbecq, qui a acheté “Les romanichels”, l’a lu, et lui a consacré un commentaire sur son blog le 17 juin. Un blog enchanteur que je visite pour prendre un bol d’air car… il est rempli de fleurs, d’arbres, de papillons. C’est de toute beauté.

Merci Philippe pour ta présentation de mon livre mais aussi pour cette longue promenade sans fin que tu m’offres!
Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Romans
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Vendredi 12 juin 2009

J’ai passé des années à Verviers sans rien regarder, comme on le fait quand on ne trouve rien à remarquer dans sa ville parce qu’elle est si banalement familière qu’on y habite, on ne la visite pas.

Qui va à l’école en admirant la découpe hardie d’un balcon de ferronnerie ou la frise art-déco courant sous une rangée de fenêtres? Qui va en ville retrouver ses amies chez le glacier et s’émeut de façades à colombages, de frontons armoriés, de fontaines coulant de joie?

Cette année pourtant, comptant sur ma santé et mon amour de la marche – je devrais dire du petit trot, car je marche vite ! -, c’est à pied que j’ai fait Heusy-Verviers et puis le retour deux jours en suivant, avec deux destinations différentes, et donc des itinéraires bien distincts. Avec un détour vers la Tourelle, là où s’érige encore la grande maison de mes arrière-grands-parents, divisée à présent en deux habitations, et mutilée de la tour dont mon père, petit, gravissait en courant l’escalier en colimaçon. Qu’il se sentait donc intrépide, alors! Et depuis le sommet de cette tour la vue sur le parc et son petit restaurant remplissait son jeune être de fraîche beauté. Pour lui, né en Uruguay, ces cîmes houleuses qui parlaient avec le vent et la pluie étaient la Belgique, là où habitaient ses grands-parents, et l’immense maison était éternelle.

Que de jolies choses j’ai vues, puisque je regardais, enfin!

Hélàs les graffiti d’imbéciles désoeuvrés ne manquent pas.

Mais comment ne pas vibrer de plaisir devant notre belle place du marché, avec cet hôtel de ville d’une élégance équilibrée qui n’a rien à envier à aucun autre, et le ravissant perron-fontaine. Et à deux pas, la rue Bouxhate avec ses maisons figées dans un autre temps, gardant jalousement dans le souvenir de leurs façades des visions de carrosses, de messieurs en perruques, de charettes de marchandes de lait et oeufs tirées par un chien laineux et fatigué. Derrière elles, le clocher de l’église Saint Remacle fait de son mieux pour se faire voir, et c’est vrai que ce qu’il laisse deviner se confirme quand on a le recul pour s’accorder le plaisir de se dire … mais c’est chez nous, ça? Je me suis promenée, le nez en l’air parfois. Et ai aussi salué le nouveau Verviers : le marchand de ploquettes, le canal des usines au Pont au lion . La fontaine secrète qui s’élève ou disparaît, mouillant puis révélant, endiamantées d’une dentelle aquatique, les stèles au sol.

Bien des choses ont changé ou disparu, et d’autres ont surgi, nées de la vision de ceux qui ont laissé à la ville un pied dans le passé tout en avançant l’autre vers l’avenir. Le splendide manège où j’accompagnais ma mère pour son heure d’équitation – avant qu’elle n’ait ses chevaux – est plus beau que je ne l’avais jamais remarqué. Ce n’est plus un manège : le bruit des sabots bien goudronnés n’y rythme plus le temps, on n’y sent plus cette merveilleuse odeur de sciure foulée par le pied souple d’un cheval ; l’écho de la voix d’Olivier Laviolette – En arrière! En arrière! – s’est caché sous de nouvelles cloisons, de nouveaux lambris. Mais on l’a classé, on l’a sauvé, ce beau manège, et on y a laissé bien au chaud les visions de ces cavaliers et cavalières d’autrefois. Une nouvelle vie commence pour lui sous le nom de l’ancien manège

La gare … ah la gare! Je la détestais, cette gare majestueuse, cette belle fille alors grise et terne, surtout quand nous revenions d’Italie. Bronzés, nourris de chants, plage et capuccini, on débarquait avec nos valises sur le quai détrempé, et une voix sonore annonçait avec un accent qui assassinait nos souvenirs d’évasion Verviers Centrahl, Verviers Centrahl ! Le quotidien pluvieux nous accueillait là sur le quai, pour nous reprendre dans ses serres. Nous frissonnions, et la gare était le symbole de la fin du soleil, de la bonne humeur, des vacances. Et pourtant … elle est magnifique, aussi bien dehors que dedans!



Bien sûr, ma ville n’est plus tout à fait celle de mon enfance. Mais elle est reconnaissable. Les trottoirs à gros pavés bleutés un peu déchaussés ont la même odeur quand il a plu, et épousent mon pas de l’habituelle caresse saccadée. Les maisons de mon quartier d’autrefois restent, même si habitées par d’autres familles, voire des commerces, la maison de tante Monique, la maison des Gaye, des Leidgens, de la rue de l’Union … même le petit restaurant de la Tourelle est toujours là, avec semble-t'il le soleil attaché au-dessus de son jardin.

Et je n’ai pas manqué de reprendre, dans les deux sens, les escaliers de la Paix, immuables si ce n’est pour les graffiti – pourquoi ces “artistes” saccageurs ne s’expriment-ils pas ainsi dans la cuisine de leurs mères, ce qui leur assurerait une bonne râclée ? – avec la statue qui nous toise d’en haut, son beau bras levé vers la vallée et les étendues vallonées qui l’entourent, que l’on peut embrasser du regard comme depuis un balcon fabuleux une fois au sommet des marches. C’était bon de revenir, et de sentir enfin que c’était ma ville…


 

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Verviers
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Vendredi 5 juin 2009

Ce sont les teintes de mon petit pays lorsqu’il y fait soleil.

Un joyau mi-barbare mi-vénitien. L’herbe a la sauvage beauté d’Erin, et les contre-jours ont un pourtour doré et poudreux. Que c’est joli, la Belgique quand il fait beau, ne cessions-nous de répéter mon frère et moi lors de ce court séjour au pays. Lui, venu de l’Australie, sa terre d’accueil, et moi du New Jersey... ma terre d’écueil?

La chaleur, les belles journées … nous n’en manquons certes pas, mais c’est le regard en arrière qui nous fait défaut.

Ce regard qui en Belgique effleure tous ces vieux murs, vieilles pierres, rues, granges, fermes, châteaux, potales, perrons, ruines, clochers qui parlent de centaines d’années envolées dans l’humble quotidien de ceux qui nous ont précédé. Ou ces propriétés que la noblesse, au prix souvent de grands sacrifices, a sauvé de la destruction pour que l’on sache encore aujourd’hui quel fut leur amour de la terre. Allées centenaires et rectilignes où couraient les carrosses, arbres majestueux gardant leurs secrets de morts et d’amours, étangs paisibles où glissent les carpes et guettent les hérons.

Avec mon père, nous avons regardé la carte de Ferrarris (dressée entre 1770 et 1778) de la région où il habite, et nous y avons vu le lieu-dit qui donne origine à notre nom. Un hameau à peine… Que nous nous sommes éparpillés depuis!

Mais il n’est pas étonnant que ce coin, notre berceau, sache parler à ce fluide intime en nous, celui qui coule en symbiose avec les rus et les rivières de “notre terroir”.

À Theux, j’ai eu le bonheur de loger chez des amis qui habitent au pied des ruines du château de Franchimont dans le silence maternel des vieux murs de leur demeure. Une demeure heureuse et encombrée de tout ce qui s’appelle plaisir du regard: livres, tissus merveilleux, fauteuils enlaçants, statuettes, vaisselle “de chez nous”, dessins, tableaux et … l’escalier de la chapelle du château de Séroule! Plus de la tendresse, mais ma description en parlait sans la nommer…

Et au matin de cette nuit sans bruit, juste après un petit déjeûner au cours duquel on pouvait bâiller, s’étirer et rire sottement de tout et rien, j’ai voulu voir cette maison dans le centre.



Merci Anne et Albert pour cette nuit (et toutes les heures avant, et toutes les heures après…) d’un autre monde. Ah non, ce n’est pas dans le New Jersey que je vais voir tout ça dans la banalité de mes jours après jours!

Mais que c’est beau chez moi, quand la pluie se repose!

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Belgique
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Vendredi 29 mai 2009

Paolo Conte ne m’en voudra pas de lui emprunter cette expression pour en couronner le souvenir de l’inoubliable soirée passée à la Société du Cabinet Littéraire de Verviers.

 



C’est monsieur Louis-Bernard Koch, “rencontré” par l’intermédiaire de ce blog, qui m’y a gentiment conviée lorsqu’il a su que je serais de passage dans ma ville en mai. Et donc, le 15 mai au soir, j’ai eu le grand privilège de pouvoir associer les termes chic, charme, culture, gentillesse, simplicité et élégance.


Après un apéritif nimbé dans un aimable brouhaha, j’ai pu présenter et puis dédicacer mon livre – que certains membres avaient déjà lu ! – ainsi qu’évoquer le Verviers d’autrefois, puisqu’à 60 ans, c’est vrai que la jeunesse appartient à l’autrefois, tout comme le kiosque à musique de la Place Verte et les marchands de cliquottes…







Mais le Verviers d’alors est devenu celui d’aujourd’hui, et j’ai apprécié de rencontrer les personnes qui demeurent dans ce qui reste d’une propriété familiale, et d’autres ayant habité dans une autre, bien après que les échos des pas des grands-mères ou leurs mères se soient éteints.







Et puis, ah, revoir des visages connus dans l’enfance ou la jeunesse, s’entendre dire dans un rire heureux que tu ressembles à ta maman, c’est comme si je la retrouvais, et pouvoir répondre c’est fou ce que tu ressembles à la tienne… quel bonheur ! Et nul doute que mammy était de la partie, de ce lieu mouvant où elle s’est retirée, et se réjouissait de ces comparaisons et baisers sur la joue.


Monique, ma voisine de “l’ancienne maison des Polinard” où j’allais jouer avec sa soeur Denise à Oh quelle belle princesse (un jeu pas très modeste au cours duquel nous revêtions tous les vieux vêtements de la famille au grenier, et tournions autour d’une table d’un air altier, chacune murmurant cette phrase admirative en croisant l’autre), Kathleen qui m’accompagnait, toujours souriante et gazouillante en promenade équestre dans les bois de Sohan, mes oncles Yves et Pierre, perdus de vue par les aléas de la vie et retrouvés avec joie dans ce cadre serein: les lustres de cristal, les portraits des membres fondateurs aux murs, la belle table à la vaisselle monogrammée et joliment décorée, les tableaux emplis de beauté, le succulent repas souligné par le vin et la bonne humeur.


François, autrefois le petit François (parce qu’il a je crois deux ans de moins que moi, et qu’à l’âge des surboums, la frontière entre ceux qui pouvaient aller danser et ceux qui jouaient encore avec leurs Dinky Toys était bien nette), qui n’a comme souvenir de moi que celui d’une dispute orageuse avec ma mère. Elles n’ont pas manqué, pauvres de nous ! Quand une maman se voit seule responsable de toutes les horreurs qui pourraient arriver à sa fille, laquelle se sent injustement mise aux fers… ce genre d’éclats de voix ne manque pas ! Maintenant, François et sa femme Mercedes ont transformé la ferme d’Hubert (dont nous avons parlé puisqu’Hubert, nous le connaissions, et avons évoqué son rôle pendant la guerre) en un gîte qui a capturé la douceur de la campagne et le confort des jolies choses. Et puis Régine, belle comme si toutes ces années n’avaient jamais eu lieu, et avec qui j’ai évoqué les journées d’autrefois et une sortie au cinéma avec notre cousin Albert pour aller voir Angélique, Marquise des anges, film culturel s’il en est…


 

 



Et tant d’autres, revus ou découverts, tous ces aimables sourires, ces remarques enthousiastes sur mes parents, ces tendres liens entre passé et présent.


Je remercie donc ici le président, le notaire Jacques Roelants de Stappers, et Monsieur Louis-Bernard Koch en particulier, mais je sais que l’effort pour la convivialité de cette soirée a été partagé et j’ai eu le temps de m’en rendre compte entre les dédicaces et les retrouvailles.


Merci à tous et toutes, notamment pour le livre qui m’a été offert (Quand le Tibet s’éveillera de Bernard Tabary) et que je suis impatiente de lire. Il est vrai que j’ai reçu bien des livres lors de ce séjour, et que mon impatience sera mise à dure épreuve !


Et à une autre fois je l’espère!

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Verviers
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Vendredi 22 mai 2009
Je suis toujours en vacances, et ne répondrai donc pas à vos gentils commentaires! Sorry...

J’aurais aimé vivre à New York pour un temps. Tout au moins… je le crois.

La première fois que j’y suis allée pourtant, j’étais réticente. Pensez-donc: j’étais en route pour le Nouveau-Mexique, la montagne Sandia, Santa Fe, les pueblos indiens, l’altitude, les chiens de prairie, les tamales et le guacamole. Aussi New York…. Pffft! Et je n’y ai donc vu que la crasse et la course folle des passants, parce que finalement, c’est une ville qui s’apprécie … le nez en l’air ! Mais depuis, chaque fois que je m’y rends, c’est avec la gourmandise d’un papier buvard. Je veux m’imprégner de tout.



Bien sûr, comme tout le monde ou presque, par New York j’entends l’île de Manhattan. Pour bien des gens qui y sont nés ou y habitent, gigantesque ou pas, New York ce n’est que leur quartier. Le tabac du coin, le coiffeur, le beauty parlor, la pizzeria, les chats de rue sur les poubelles, les bouches d’incendie, le jardin potager communautaire, les châteaux d’eau sur les toits plats, les escaliers de secours encombrés de plantes aromatiques en pots, une vue dérobée sur un des ponts, le bruit des ambulances, les clochers des églises qui rappellent l’heure de la messe, les petites vieilles et leur toutou en manteau … Tous ces quartiers forment une mosaïque, avec des pièces déteintes et érodées, d’autres exquisement entretenues et retouchées, et puis les neuves aux couleurs éclatantes, à l’émail lisse caressé par le soleil. Derrière toutes ces façades, les lépreuses et les grandioses, jour après jour des vies se déroulent en cris et silences. Les portes s’ouvrent et livrent le passage à ces heureux mortels pour qui la vie à Manhattan n’est qu’un banal quotidien, une vie normale.

Et il est vrai que lorsque je vivais à Bruxelles, les ors de la Grand Place et la beauté des poissons figés dans la glace pilée des restaurants de la petite rue des bouchers … c’était le régal de mes yeux qui pourtant s’y étaient un peu habitués. Et j’ai fini par me sentir chez moi à Aix-en-Provence ou Turin ou Trieste, et à en accepter les beautés quotidiennes sans plus m’en émerveiller.



Manhattan, c‘est aussi un échantillon de chaque partie du monde presque aussi vrai que cet ailleurs dont ils apportent l’écho. Oui, à Little Italy on parle un italien démodé et souvent avec un accent. Et c’est une remarque que l’on peut faire à tous les groupes ethniques qui se rencontrent sur cette île fabuleuse. Mais c’est là qu’il faut aller si on veut une pizza come Dio commanda, et non pas au New Jersey où se sont repliés les Italo-Américains à la recherche de plus d’espace et de jardins après les appartements parfumés au sugo di carne de Broccolino. Ils se sont mis ici à faire une fausse cuisine italienne surchargée de tout et délestée du principal: les bons ingrédients. Car ce qu’on trouve à Manhattan est introuvable à 20 minutes de voiture.

L’obscurité s’abat tôt dans les rues, à cause de la hauteur vertigineuse des skyscrapers, et on est déjà à l’ombre depuis longtemps que le soleil surchauffe encore les vitres au sommet des immeubles, baignant de joie les jardins suspendus, soulignant avec malice les gargouilles ou colombages Tudor tout en haut des buildings. C’est pourquoi c’est aussi le nez en l’air qu’il faut s’y promener !

Et lorsque je reviens dans le New Jersey par le parkway, et que sur la gauche j’ai la vue de l’audacieuse découpe des tours sombres sur le ciel indigo, mouchetées de lumières multicolores, mon coeur s’emplit de bonheur. C’est d’une grâce qui laisse le souffle court….

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : USA
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Vendredi 15 mai 2009
Lorsque cet article paraîtra, je serai en vacances. Soyez donc indulgents, car je ne répondrai pas à vos commentaires - qui restent les bienvenus!

La fête bat son plein. Aux murs de la modeste pièce remplie d’invités, une bannière étoilée de vinyl proclame Welcome Home, Billy ! Billy a son béret et son uniforme de marine et prend l’air sur le balcon, sans doute un peu fatigué du tintamarre et de cette sensation de familiarité, de chez soi qui l’a envahi dès sa descente du bus. C’est qu’il revient d’Irak, Billy, pour une petite permission qui lui rend le goût de ce pour quoi il se bat. À ses côtés son père, un Billy plus âgé, épaissi, usé par une honnête vie de dur travail – il doit être fermier, ou chauffeur de camion – regarde ce fils avec un respect timide. Détournant les yeux vers la nuit et ses étoiles, il rompt le silence et marmonne « tu as changé ! » Billy, arraché à sa rêverie, le regarde surpris et demande « j’ai changé ? Comment ça ? » Leurs yeux se croisent enfin. « Quand tu es descendu du bus, tu m’as tendu la main … et tu m’as regardé dans les yeux ! » Les pupilles de Billy Sr sont humides, et Billy Jr sourit paisiblement dans le noir …

Ailleurs, un jeune noir, assis à la table de cuisine en face de sa mère, une femme que l’on devine parent unique de ce fils au seuil de sa vie adulte. « M’man, j’ai une idée pour payer mon collège ! » Mais elle, une belle femme à la beauté un peu fanée par une longue vie de soucis solitaires, sourit d’un air désabusé en agitant la tête. « Ah ça ! Et c’est quoi ton idée, fils ? » « Si je rentre à l’armée… » Elle se contracte, son sourire se fronce en refus muet, mais il continue « je peux demander d’être dans la réserve, je ne devrai peut-être même jamais aller en Iraq. Mais l’armée m’offrira une formation professionnelle, et j’aurai droit à aller au collège après ! » Elle s’est un peu détendue lorsqu’elle a entendu « réserve » et l’a écouté jusqu’au bout. Elle doute encore, pourtant. « Oui, mais leur formation professionnelle, c’est valable ? » « M’man,
c’est l’armée ! » Cette affirmation solennelle la rassure alors tout à fait. Son grand garçon vient de lui enlever un souci, des heures de travail supplémentaire à l’horizon, un emprunt à la banque. Elle sourit et le regarde avec fierté.

Ce qui précède est la description de deux spots publicitaires télévisés que l’armée diffusait abondamment pour recruter des volontaires pendant les années Bush. Dans beaucoup de quartiers à taux de chômage élevé, ou même dans les écoles de ces mêmes quartiers, on installait des bureaux de recrutement. Un poster où le visage bronzé d’un militaire rasé de frais se détachait sur les rayures et étoiles flottant au vent de la liberté présentait une armée aux accents de colonie de vacances un peu musclée pour adultes. Et on insistait beaucoup sur le droit au collège après le service. Le collège est un grand souci pour les parents, il y a des plans d’épargne en place dès la naissance de l’enfant quand les parents peuvent se le permettre, car pour un collège médiocre les frais restent d’un minerval moyen de $15.000/an en ce moment. On a donc alors créé et soigné l’image du soldat nouveau : soucieux de son avenir et de celui des siens, patriote et … sexy. « Army Wives », feuilleton très populaire, montrait des soldats athlétiques mais tendres, des passions torrides sous le drapeau, des épouses manucurées avec une chevelure à rendre la Vénus de Botticelli pâle d’envie – encore plus pâle, devrais-je dire, car elle n’est pas très bronzée, c’est vrai ! – avec, en fond, cette notion de défendre la démocratie et la justice. 

Le 23 mars 2003, Lori Piestewa (Kocha-Hon-Mana), une jeune Hopi de 24 ans, a été la première victime de ce carnage dont on ne compte plus jamais les victimes des deux bords …

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : USA
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Vendredi 8 mai 2009
Charles Houben est, je crois (si je ne me trompe pas d’une génération !) mon arrière-grand-oncle. Je parle du peintre paysagiste belge, et non pas du Saint !

Il était né en 1871, et est mort en 1931. Il fut un peintre post-impressionniste, ami de Bastien et de bien d’autres. Pendant la guerre 14-18 il fit partie d’un corps d’armée qui réunissait des artistes. Ceux-ci devaient témoigner de l’actualité.

Mon père se souvient un peu de lui, et son nom a toujours eu un accent familier, ne serait-ce que parce plusieurs de ses tableaux, mis ça et là dans la maison, nous parlaient de ses endroits favoris, de la façon dont il regardait les choses. Ces choses et endroits qui lui avaient donné l’envie de composer ce chant de couleurs et d’ombrages pour que toujours on sache qu’ils avaient eu cet instant de gloire arrivé jusqu’à nous par son talent. Verviétois, et attaché lui aussi à la tannerie familiale et la radieuse campagne alentour, son pinceau nous dit avec tendresse : c’était comme ça, le savais-tu, ici… ? Je t’en donne un souvenir que tu n’as jamais eu.

L’Eau noire et son bouillonnement sous les arbres,


ou ce chemin de terre et cailloux longeant la forêt, promenade si chère à mes grands-parents qu’ils lui en ont demandé sa vision.




Mon préféré était sans conteste ce grand tableau (deux mètres deux sur un mètre trente-deux !) qui sent l’eau libre et dont la vibration de la lumière dans le canal taquine la vue. Et ces paisibles blés coupés dans le champs, on croit en sentir la riche odeur...





Il aimait la Flandre et le Limbourg, la boue et les canaux, la campagne.

Il a donné une âme aux échos du bonheur surpris
au détour du chemin, dans le scintillement de l’eau, dans la course paresseuse des nuages.
Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Verviers
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