Vendredi 17 août
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Denis Billamboz m’a fait le plaisir de lire mon livre et d’en faire une note de lecture. Qui m’a fait réfléchir...
« Edmée est très à l’aise dans la dissection des relations dans les couples qui sont presque toujours mal équilibrés. Elle ne semble pas beaucoup
croire à la pérennité des couples qui explosent presque toujours, par manque d’amour, dans ses livres. Ainsi le couple n’est même plus un refuge contre les cruautés de la vie. Les femmes se
retrouvent souvent seules face à un destin qui est souvent contraire et parfois même cruel. On dirait qu’Edmée est un peu désabusée et qu’elle regarde la vie avec un regard à la fois amer et
acide comme si elle souffrait encore de blessures mal cicatrisées. Cependant, elle ne sombre jamais dans un pessimisme outrancier car elle réserve toujours une porte de sortie agréable à ceux qui
savent aimer par amour ou amitié. Le bonheur et la joie sont possible dans l’œuvre d’Edmée mais seulement à ceux qui ont payé un lourd tribut de douleur et de sacrifices. »
On remarquera sans hésitation la similitude avec ce que Luc Beyer de Ryke a conclu dans sa préface pour
mon troisième ouvrage « Lovebirds » : « C'est pourquoi je proposerai en exergue de ce recueil de nouvelles d'Edmée De Xhavée le mot de Péguy lorsqu'il adjurait de «
ne jamais tuer la petite fille Espérance »
Chez Edmée De Xhavée, la « petite fille » est à la peine. Elle est atteinte jusqu'au fond du coeur et de l'âme. Elle se meurt... Mais elle survit.
»
L’analyse de Denis Billamboz m’a amenée à réfléchir. Et à admettre – pas pour la première fois d’ailleurs – que l’habituel Happy Ending des films et
contes Ils se marièrent, furent très heureux et eurent beaucoup d’enfants, me semble depuis longtemps un Ending et basta.
Ce n’est pas l’amour dont je doute, ni le mariage. C’est le mariage « gentiment imposé » par les coutumes et la société. Je ne dirais pas forcé mais c’en est la
version soft. Et je me contente de regarder – à la loupe – celui qui se pratique sous nos cieux et cultures.
Le divorce de mes parents à une époque où c’était encore considéré comme une extravagance m’a certainement marquée, mais au
moins ce fut une séparation officielle tandis qu’autour de moi j’entendais – ah, les enfants qui savent feindre de ne rien comprendre aux conversations des grands mais en retiennent assez – qu’on
avait vu oncle Untel en vacances avec une maîtresse (et on savait qu’on avait un peu forcé la main de l’oncle en question pour qu’il épouse ma tante et qu’il avait dit, le brave malheureux : je
l’épouse, c’est entendu, mais je ne l’aime pas) ; que Mr et Mme Machin se trompaient l’un l’autre et fréquentaient socialement les amants et maîtresses du conjoint ; que X couchait avec les maris
de toutes ses amies – et perdait ses amies ; que les enfants du ménage L… n’étaient pas ceux de monsieur L… ; que monsieur J… fermait un œil bien fatigué de vieillard sur les frasques de sa
jeune et vigoureuse épouse. Bref, s’il y avait des ménages sans histoires, il y avait les autres. Et on parlait plus de ceux-là, soyons logiques : c’était bien plus amusant !
Et dans les ménages sans histoires, d’après mes observations d’enfant attentive et sans pitié ils étaient tels souvent par la vertu de la soumission totale d’un des
deux. Soit on avait une épouse qui n’avait rien à dire ni à dépenser et était délirante de joie à l’idée d’un thé à la maison avec ses amies, diversion paradisiaque, ou c’était l’époux qui
marchait à la baguette et était mort depuis des années mais ne le savait pas encore…
J’ai rencontré un couple qui vivait d’amour. Qui vivait l’amour. Ils n’étaient pas mariés – je crois qu’elle était sa maîtresse depuis toute une vie, plus jeune que
lui mais bien vieille déjà quand je les ai vus. Il avait 93 ou 94 ans à l’époque et elle était une jeunette de 70 « et des »… Mais l’amour était bien là, palpable, tactile et bienveillant.
Et lui, protégé par l’admiration constante d’une femme qui l’aimait depuis sans doute 40 ans, il était disert et vaillant, absolument passionnant à écouter et regarder. Son épouse légitime avait
fini par mourir mais pour des raisons de succession envers ses enfants il n’avait pas épousé sa fidèle amoureuse, ce qui ne changeait rien du tout pour eux. J’ai été marquée par cette réussite
amoureuse comme par tous les échecs sentimentaux qui entouraient ma vie : il y avait donc, dans le désert affectif des amours organisées – comme les vacances – des gens qui faisaient voyage et
changeaient de route en aventuriers, puis trouvaient le bonheur. Le cultivaient et le gardaient. S’en enveloppaient pour toute la vie.
Je ne suis pas contre le mariage. Mais je déplore que l’on persuade des gens faits pour vivre seuls qu’ils seraient mieux à deux ; que l’on pousse des gens à se marier
parce qu’il est temps pour avoir des enfants, que l’amoureux ou l’amoureuse du moment est parfait(e) et qu’il faut se décider ; que l’on néglige de parler du besoin de marier les cœurs mais aussi
les corps et de préciser que si l’un est absent ou moribond, le mariage n’en sera pas un longtemps. Je déplore que l’on dise aux gens qu’il faut « se contenter » comme si la perspective d’une vie
à deux avec quelqu’un qui ne vous parle pas ou ne vous désire pas ou ne s’intéresse pas vraiment à vous est le lot de tous ou presque. Que l’on pousse les gens à penser qu’on ne sait pas ce qui
se passe chez les autres, baume infâme parce qu’on suppose alors que chez les autres c’est encore un peu plus médiocre. On nivelle par le bas en disant n’espérez pas trop.
Je ne porte pas de jugement non plus sur les gens infidèles. Que ce soit « en cachette » ou par un accord avec le conjoint. Ca ne me regarde pas. C’est
souvent le meilleur moyen de protéger les apparences d’un mariage sans afficher ses désillusions. Ce qui me désole c’est quand, justement, on est arrivé au point où seules les
apparences sont sauves et que le mariage lui-même est une grande vasque d’indifférence plus ou moins patiente, ou de comptes réglés sournoisement dans le secret des regards et remarques. Un
quotidien truffé de haussements d’épaules et réflexions cyanurées.
Alors que l’amour, c’est la force bénéfique du monde.
Et que le mariage devrait être un lieu où chacun peut grandir et s’épanouir avec l’aide de l’autre. Et en tout cas sans les restrictions de l’autre. Un lieu où se
trouver bien, en confiance absolue. Un lieu où on se sent inconditionnellement aimé et soutenu, libre de vivre. Un refuge contre les cruautés de la vie, comme le dit Denis
Billamboz!
Alors me direz-vous… je vois du divorce et séparation à tous les coins. Oui sans doute. Quand c’est nécessaire. Pourtant je trouve qu’un serment – même si prononcé
alors qu’on n’y comprend rien – qui engage à prendre soin et rester proche jusqu’à la mort (ce qui pour moi est la vraie fidélité) doit se respecter. Et qu’un couple qui se sépare
n’échoue pas. Au contraire il a pris conscience de faits qui pourraient le conduire au mépris quotidien, ou à une vie un plus un égale deux fois un, sans vrai partage. Je trouve qu’un couple qui
se sépare conserve ses devoirs de loyauté – surtout s’il a des enfants – et d’amitié, de collaboration harmonieuse sur ce qu’il a construit pendant les années positives.
Mais qu’il faut arriver à faire le point. Vivre une lente extinction des feux ensemble est un suicide collectif. Tout comme avancer de vengeances en vengeances
invisibles aux yeux des autres mais qui grignotent l’âme, ce qui n’est certainement pas un « plus » pour les enfants. Je me souviens certes du désespoir de ma mère lors du divorce – à une
époque où les femmes ne travaillaient pas – mais aussi du malaise que j’éprouvais en percevant la tension entre mon père et elle.
C’est sans doute pourquoi, cher Denis, je pense en effet que le bonheur et la joie ne sont possibles qu’après être parfois tombé de Charybde en Scylla, pour enfin
arriver à faire face à qui on est et ce qu’on veut vraiment.
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