Qui suis-je?

Je suis née à Verviers (Belgique, Province de Liège) d'une famille vagabonde par nécessité. Oncles, tantes, grands-parents avaient soit vu le jour sous d'autres cieux, soit vécu sous ces autres climats, vu ces rivages encore purs de tourisme, chevauché dans les pampas ou bravé les flots sur des voiliers qui tanguaient vers l'Est ou l'Ouest. Les affaires familiales les envoyaient en Australie, Argentine, Uruguay, et la famille d'un arrière-arrière-grand-père a vécu ses belles années à Batavia, dans les Indes Néerlandaises. Ça fait beaucoup de choses à imaginer, beaucoup de personnages hauts en couleur à fréquenter, beaucoup d'histoires saupoudrées d'épices lointaines à écouter. Je suis donc partie aussi, moins loin, mais avec le même appétit pour ces "autreparts" que je voulais savourer. J'ai écrit bien des lettres, décrivant mes péripéties, mes sorties, mes coups de foudre culinaires ou pour des lieux pleins de merveilles. J'écrivais, j'écrivais, j'écrivais. Et finalement j'ai entendu ce que ça voulait dire. Ecrire, c'est "ce que je fais dans la vie". Le reste, c'est pour manger et ... écrire!

Editions Chloé des lys à Barry
Editions Librisme (Suisse)

Pour commander (attention: Chloé des lys ferme pour les vacances : deux mois d'été, deux semaines à Noël et Pâques!):
chloe.deslys@scarlet.be
www.chapitre.com

Au furet du Nord

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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 08:17

hopper C’est à plus de trente ans que pour la première fois de ma vie je me suis retrouvée « seule ». J’avais quitté la maison familiale pour me marier. Même si sans le vouloir je m’étais retrouvée à la barre de l’intendance – les urgences plomberies, coups de fil à donner, factures à traiter, rendez-vous à prendre, lettres auxquelles répondre etc… - je ne me rendais pas compte de mon éventuelle efficacité parce que je pouvais toujours m’illusionner du fait que nous étions deux pour faire face à ces péripéties ou éventuelles mésaventures à venir. Et que je m’en chargeais parce que lui… il faisait autre chose.


Quoi, je me le demande encore, sans amertume. Autres temps autres mariages.


Lui, il travaillait. Et devait se détendre à la maison. Moi je travaillais aussi mais voyons… je gagnais moins. Ca devait donc être moins fatigant. Moins important. Et les week-ends je me détendais sans doute merveilleusement en lavant repassant frottant et époussetant. Une joie sans pareille. Les joies ménagères qui faisaient pousser d’allègres trilles à Blanche-Neige et Cendrillon. Et il était important que je me dépêche car il fallait aussi … s’amuser ! Enfin, s’amuser à deux car les délires du nettoyage m’avaient déjà grisée : faire une promenade, aller chez des amis, voir un film…

 

Je n’ai ni amertume ni jugement, c’était juste ainsi. Education incertaine entre une génération qui avait encore fonctionné avec les principes du marito padrone-padre padrone, et de celle de la pilule et cette étrange « liberté sexuelle » à laquelle bien peu comprenaient quelque chose.


Trente ans donc et me voilà seule. Non sans mal. Je croyais que le mot échec brillait sur mon front en lettres de néon. Seule juste en dessous. Je suis allée chercher de l’aide à la maison des femmes. Elles offraient de l’aide juridique et parfois psychologique. Avec une abondante portion de féminisme au vitriol. Sans travail ni logis ni plus personne – à moins de vouloir « retourner chez ma mère » comme au bon vieux temps – je suis allée là comme on s’accroche à une bouée dans un océan trop flou pour qu’on voie au-delà des embruns. A la virago assise en face de moi qui me demandait pourquoi j’avais besoin d’aide je me suis effondrée comme une baudruche qui se dégonfle bruyamment. En larmes j’ai résumé tous les épisodes précédents : je n’ai pas de travail, pas de maison et pas de mariiiiiiiiiii ! J’avais eu beau ne pas vouloir de mari, mon éducation ne me laissait pas imaginer une vie sans. J’étais orpheline de mon avenir. De mon rôle dans la société. La femme d’untel. La virago m’a toisée sans patience et a diagnostiqué « pas de mari, c’est le moins grave ! ».


Dans les rues je ne voyais que les gens « pas seuls ». S’ils l’étaient, leur bonne mine affairée me criait que l’autre les attendait dans leur chez eux. Même ceux qui se disputaient me semblaient heureux parce qu’à deux. Tous les samedis je m’étais imposée d’aller au cinéma et jamais je n’ai vu autant de films d’amour idiots. A croire que je n’arrivais pas à toucher le fond de la commisération. Je pleurais beaucoup.


J’avais raison. Parce qu’en m’allongeant ainsi dans un lit de désespoir j’ai fini par sentir l’envie de me lever, comme Lazare qui devait être bien pressé lui aussi. Et de marcher. Je me souviens m’être achetée un saladier anglais décoré de gibier à plumes pour quand j’habiterais chez moi. Je le trouvais merveilleux, le symbole de mon nouveau moi. C’est avec impatience que j’attendais d’y servir ma première salade, mon premier couscous.

 

J’allais au restaurant seule et commençais à adorer ça. J’émiettais mon petit pain lentement en regardant par la fenêtre et je me sentais tellement vivante. Libre. Avec des options. Des surprises dans le futur. J’ai eu à la fois un travail et un appartement par la même amie. L’appartement était vide ou presque. Mais j’avais peint les murs en blanc et les fenêtres en jaune, et c’était plein de fougères. De lumière. Je me faisais des amies que je voyais seule… J’allais à la mer. Avec moi toute seule, ou avec mon amie Francine.


Je suis devenue moi. Pas la fille de, la femme de, la sœur de, la mère de. Juste moi. Cette solitude était en réalité une plénitude lentement gagnée. Une identité découverte.


La solitude seule était bien plus agréable que la solitude à deux que l’on sait immuable et létale.


Oui, durant les fêtes la solitude pesait plus lourd, c’est vrai. Mais moins lourd que celles passées dans la solitude à deux, dans une joie de vivre courageusement imitée pour ne pas gâcher l’humeur de l’autre.


Et je sais maintenant pourquoi j’aime tant les tableaux d’Edward Hopper, qui parlent de plénitude. Tout au moins, c’est ce que j’y écoute…

 

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Par Edmée De Xhavée - Publié dans : C'est tout moi, ça
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 09:32

Où vont-ils ? Où va donc se réfugier la mémoire des pierres que l’on a séparées, mises au sol, enfouies ou réutilisées pour bâtir d’autres murs ? Et la mémoire des eaux que l’on a asséchées, détournées, taries ?

 

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Où donc vont courir les rires des enfants qui résonnèrent autrefois au bord de l'étang sur la rive duquel s’érigeait cette grotte artificielle ? Tous sont morts aujourd’hui, l’un d’entre eux est ma mère, une petite fille à la lourde frange noire et toute sa vie devant elle, vêtue sans doute sous sa robe de son « affreux maillot de bain rouge » qu’elle détestait. Quelque arbre centenaire ou quelque pierre couronnée d’herbes folles survivant dans un des jardins de ce nouveau quartier construit là se souviennent-ils d’elle quand elle criait, rageuse, au soleil de s’en aller pour qu’on lui permette de ne pas jouer avec son vilain maillot ?

 

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De cette demeure ne subsistent que les écuries, qui d’ailleurs étaient la partie la plus ancienne, peu décidée à s’effacer sans doute. Se souvient-elle d’échos de pas, de disputes, de grandes fêtes, toute démontée qu’elle est, toute invisible qu’elle demeure ? De l’odeur des chevaux en sueur que l’on frottait avec de la paille ? De la vapeur qui montait du fumier dans la cour ? Des regards du palefrenier sur la poitrine d’une servante rieuse et facile ?

 

Miracle de la photographie qui nous sauvegarde des lieux et des instants à jamais. Plus « banalement » que les tableaux d’autrefois qui teintaient de majesté tout ce qu’ils représentaient. Le papier lui aussi, contient plus que ce que sa surface offre. Un moment de vie y est immobilisé à jamais. Le souffle du vent s’est figé, tout comme les sourires sur les visages et le roulement des yeux sous les paupières. Images d’un bonheur véritable ou de studio où il était bon de le représenter avec mesure et rien qui déforme les traits ou dérange la mise.

 

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Tous ces gens ont vécu, ces eaux ont couru sur leur peau, le vent a fait bouger leurs cheveux, ils se sont assis sur des pierres qui ont absorbé sans un bruit un peu de leur essence. Il suffit de si peu pour les faire revivre. Ecouter. Imaginer. Sentir que oui… c’est bien ça.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : C'est tout moi, ça
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 10:50

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Aux Etats-Unis, les pierres racontent bien peu, et parlent d’il était une fois qui ne vont pas très loin. Bien entendu, celles du Grand Canyon, des Rocky Mountains ou des rives de Manhattan auraient bien des choses à dire mais nous n’en possédons pas le code. Je veux dire les pierres dont la forme est sortie de la main de l’homme.


C’était déroutant de vivre sur un continent qui n’a pas connu les compagnons bâtisseurs, les artisans au savoir ancestral ou même de pauvres esclaves usant leur vie à la grande œuvre d’un ennemi. Ca m’a manqué là-bas. Depuis toujours j’ai aimé les images de ces autres existences de bien longtemps avant la mienne, qui avaient imprimé la terre de leur empreinte : les lignes du doigt d’un potier sur un tuyau de terre de l’époque romaine, les marches d’une tour de château en ruine usées par ces pieds et chausses d’une époque de fables, les linteaux ouvragés, les gisants dans leur beauté tranquille…  Même une anse de cruche ou tasse remontée à la surface d’un coup de pelle ou suite à de grosses pluies fouilleuses m’émouvait : quelqu’un avait, tous les jours, mis ses doigts sur cet objet quotidien sans importance qui, peut-être, se souvenait de lui.


Roture-3.JPGJ’aime remarquer les signes des êtres qui ont vécu  là où je suis, où je vis ou voyage. C’est rassurant : ils sont là, non pas comme des fantômes mais comme des amoureux des jours, dont les yeux ont vu certaines choses telles que je peux encore les contempler aujourd’hui. Parfois je parcours des rues dont la ligne n’a pas changé… autrefois elles connaissaient le flux heureux de charrettes, chevaux, poules, bourgeois, mendiants, voleurs, prélats. Des processions, des galops d’envahisseurs, des marchés hebdomadaires, des attelages suspects, des putains rieuses, des artistes querelleurs…


Et que dire alors de ceux dont le présent s’est installé directement sur le passé, comme ce monsieur (voir la vidéo, passionnante) qui a dans sa cave une vieille crypte où reposa pendant longtemps le corps du premier évêque de la ville ? Comment vit-on aussi étroitement entrelacé avec des siècles de présence sous les pieds ?

 


 


Par Edmée De Xhavée - Publié dans : C'est tout moi, ça
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 19:16

C’est par hasard que j’ai trouvé cette chanson, en en cherchant une autre. J’aimais Mango. Je l’ai perdu de vue et d’oreille, ayant quitté l’Italie en 1990. Et l’Europe 5 ans plus tard. Avec mon amie Laura, qui tenait une pension à Turin, je chantais du Mango (Lei verrà) à tue-tête, armée de chiffon à poussière et brosse. Nous aimions particulièrement les tremoli yoddlants de ce beau jeune homme.


Parc-d-Avroy-3.JPG

 

En écoutant cette chanson-ci – La sposa – j’ai pensé à toutes ces épouses jamais épousées, qui savent qu’un jour elles ont croisé leur époux. Leurs mains se sont bien unies mais des courants contraires les ont séparées … de gré ou de force. Le gré ayant été, le plus souvent, celui d’accepter la douleur puisqu’on ne pouvait l’éviter.


La sposa                                                        L’épouse

Perchè l'amore è pensiero io ripenso a te      Je repense à toi parce que l'amour est pensée
anche tu lo sai quando pensi a me :               Toi aussi tu le sais, quand tu penses à moi :
e' numeroso l'amore in una vita ma                L'amour est nombreux dans une vie mais
uno è solo e sai solo più forte                        Un est le seul, et tu le sais seulement plus fort
e non lo dirai, non lo dirai                              Et tu ne diras pas, tu ne le diras pas
a che pensi nei silenzi che fai                         A quoi tu penses dans les silences que tu fais
pensi di noi la verità.                                      De nous tu penses la vérité.
a niente dirai non ho niente dirai                    A rien, diras-tu, je n'ai rien
sinceramente ...                                               Sincèrement ...
io non ho niente                                              Je n'ai rien

Se il sentimento è sentire io sento te                Si le sentiment c'est sentir, je te sens
come un canto che                                            Comme un chant qui
fa cantare me                                                     Me fait chanter
e cosa fai tu cosa fai di un'amore                      Et toi que fais-tu, que fais-tu d'un amour 

innamorato di te ?                                              amoureux de toi ?
io non vorrei dire di più                                     Et je ne voudrais pas en dire plus
però canterei con la facilità                                Mais je chanterais avec la facilité

dell'acqua in mare                                               de l'eau  dans la mer
di te nel cuore                                                     De toi dans le cœur.


l'amore forse è fortuna                                       
Peut-être l'amour est-il la chance

non ti guarda in faccia  e non sà chi sei              il ne te dévisage pas, et ne sait qui tu es

                                                  
ma io lo so sei la sposa                                       Mais je le sais, tu es l'épouse

 la sposa mia quale che sia                                  Mon épouse quelle que soit
la vita                                                                   la vie
la sposa mia quale che sia                                   Mon épouse quelle que soit
la vita                                                                    la vie
la sposa mia quale che sia                                    Mon épouse quelle que soit
la vita                                                                    la vie

 

 


 


Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Love is in the air
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 14:45

Baiser-Toulouse-Lautrec.GIF "L'amour est simple comme l'amour, il ne pense ni ne réfléchit, et si on raisonne avant d'aimer, vous savez bien qu'on aimera jamais."

Régis Jauffret (1955- )


Pourquoi les gens qui s'aiment
Sont-ils toujours un peu cruels ?
Quand ils vous parlent d'eux,
Y'a quelque chose qui vous éloigne un peu.
Ce sont des choses humaines.- (William Sheller)


L’amour est simple, finalement, s’il est amour. Rien qu’amour. S’il n’y a pas une once de calcul dans ce qui vous « arrive » un jour. Vous tombe dessus. Efface le reste du monde autour de ce nous qui vient d’apparaître soudain. Et cet amour-là, parce qu’il est tout autant que vous êtes, il a une stupéfiante solidité et constance. Ce qui l’a fait exploser n’a rien de raisonnable en effet. Rien de rationnellement explicable. C’est une évidence et c’est tout. C’est de lui et de lui seul qu’on parle quand on dit qu’il fait des miracles. Parce qu’il se rit des statistiques et des exemples et des probabilités, dont il n’a pas besoin. Il est et vous êtes et aucune justification  ne sera demandée à l’univers pour ce simple fait, pas plus qu’il n’y en a pour votre naissance.


Parce que ce qui fait mourir et se faner les amours, c’est la façon dont ils sont nés. Sont-ils nés de leur propre force jaillissante, ou les a-t-on conçus et puis portés en soi jusqu’au moment où on a décidé que le temps était venu de leur donner vie? Ah ces gens de bonne foi qui « tombent amoureux » de ces autres qui s’encadrent si bien dans leur milieu ou qui ont les mêmes ambitions, les relations indispensables, la réputation familiale flatteuse. Ou une fascinante et sulfureuse similitude pour la passion des sens et elle seule.


Je ne parle pas des calculateurs astucieux qui voient le mariage comme une sorte de carrière sociale, et qui épousent froidement de l’argent, des pistons, des monogrammes sur argenterie et serviettes damassées, des reproducteurs aux gènes irréprochables. Ils feront, certainement, ce qui à leurs yeux, est un bon mariage, avec les accommodations nécessaires.


Non, je parle des raisonnables, des prudents, des analyseurs de tout. Des tièdes. Qui ne commettront pas la sottise d’écouter leur penchant pour un amour qui ne peut aller nulle part, voyons ! De tous ceux qui ont un homme ou une femme idéal en tête et ne reconnaissent pas celui ou celle fait pour eux quand ils le rencontrent parce qu’il ne correspond pas au modèle. De ceux qui ne veulent pas risquer de perdre et qui, soumis aux conseils cent fois entendus, optent pour ce qui est contrôlable, mesurable. Raisonnable.


Ou je parle de ceux qui suivront le vertigineux chemin à deux dans un monde purement charnel pour s’y perdre le plus loin possible.


Tout comme ils sont tombés en amour, ils tomberont  souvent hors d’amour et constateront que l’autre n’est pas celui qu’ils pensaient. Ils disent alors qu’il ne l’est plus. L’enchantement sera parti.


La grâce de l’amour, c’est qu’il ne s’use pas et ne se définit pas dans les balises de la raison. Il est.

 

 


Pour conclure, voici une interview toute récente que j’ai faite d’une chanteuse et peintre belge, Danièlle Bellefroid. Sa voix est remarquable, savourez-la donc dans « un homme (femme) heureux(se) » de William Sheller…

 

 


 

 

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Love is in the air
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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 09:03

Theresa était une sans abri de Bloomfield dans le New Jersey. Elle avait un regard farouchement méfiant serti dans de jolies paupières que des sourcils bien nets complétaient parfaitement. Edentée. Elle avait dû, un jour, être jolie. Et peut-être même équilibrée. Mais elle n’était plus ni l’un ni l’autre. Elle était une bag lady, une silhouette que l’on fuyait discrètement sur le trottoir. Qui sait pourquoi elle m’avait prise en amitié. Je suppose qu’il y a dû avoir un épisode déterminant mais je ne m’en souviens pas. Un jour elle est entrée dans l’imprimerie où je travaillais et m’a saluée par mon nom et m’a remis trois ou quatre pages de cahier sur lesquels elle avait écrit une trentaine de lignes maladroites : my name is Theresa.

 

Et puis une sorte de description d’un viol collectif qu’elle avait subi dans le métro de New York.

 

Par la suite je la saluais toujours d’un « hi Theresa » si je la croisais, et elle me répondait tout à fait aimablement en citant mon nom. Jamais elle ne mendiait ni n’importunait. Un jour que j’étais en train de faire la file à la poste, je l’y vis aussi, peut-être à la recherche de fraicheur – ou était-ce de chauffage ? – et elle s’est avancée vers moi pour converser. Et comme Theresa était naturellement obsédée par deux choses désormais, son nom et son viol, elle m’a raconté le viol avec tous les détails que je ne demandais pas, faisant s’échauffer les oreilles de tous les honnêtes citoyens qui faisaient la file avec moi. Je ne savais comment dévier la conversation, je l’avoue. Et elle était tout à fait inconsciente du reste du monde depuis longtemps…

 

Elle m’a inspiré ce texte, publié en son temps dans une revue qui a aujourd’hui disparu.

 

New York, c’est fabuleux !

 

On m’appelle Red-Hat-Mabel. Je vis à New York City… Dangereux ? Sais pas… C’est vrai qu’on m’a volé mes deux sacs un jour que je m’étais assoupie à Central Park. Et Betty Poop, on l’a violée dans le fashion district. Mais bon, quand j’en trouve, je lis les  journaux, et ce sont des choses qui arrivent. On viole aussi dans les penthouses de Upper East Side. Et on y tue pour l’argent.

 

RefletsCher ? Non, pourquoi ? Le type qui vend des bagels et des knishes au coin de la 3ème avenue et de la quarante-deuxième rue me sert un café chaque matin. Ali, il s’appelle. Ses yeux sont sombres, encastrés dans de belles paupières un peu grasses où luisent de longs cils d’enfant. Comme à moi, il lui manque des dents, mais comme moi, il sourit avec le cœur. Si je suis dans les parages quand il ferme, il me donne ses invendus. Je partage avec les ratons-laveurs et les canards de Central Park.

 

C’est beau, New York ! Une grande ville, plein de lumières, de gens qui se hâtent en riant, de vitrines comme des portes sur un monde magique. J’y suis libre. Parfois je dors sur un banc du parc, si Betty Poop et François-le-Français sont là aussi, et qu’il fait beau. Mais s’il pleut ou qu’il fait trop froid, il y a le recoin formé par une colonne et une pile de vieilles briques à cet atelier de la rue… non, je préfère ne pas dire où, car j’y laisse mes cartons.

 

D’un banc du parc ou au bord du fleuve Hudson, mes sacs bien arrimés sous mon bras, je me laisse flotter dans l’extase d’habiter au sein de cette ville d’espoirs, de frayeurs et de quotidiens anodins. Un couple de buses à queue rousse referme son vol circulaire sur un écureuil gris, ou deux jeunes rats jouent sur les galets caressés par l’eau millénaire. Et moi, aussi libre que les nuages, je peux dire que tout ça, c’est chez moi !

 

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                                                        Cette image vient de ce site...

_________

 

 

 

Et puis, toujours pour la même revue – feue la revue – j’ai écrit sur ce fait divers tout à fait ridicule.

 

 

Marqués à vie … par les médias

 

Tout avait bien commencé pourtant : c’est sans doute en chantant et chahutant un peu qu’un groupe d’enfants noirs et latinos s’est rendu à la piscine d’un club de natation non loin de Philadelphie. Un club fréquenté par des blancs. Mais le jardin d’enfants avait obtenu cette permission spéciale pour l’été.

 

Que s’est-il passé exactement, on ne le saura jamais, mais « quelqu’un » à la peau ivoire aurait demandé à « quelqu’un d’autre » ce que faisaient tous ces petits noirs dans l’eau. Surprise, racisme, curiosité, inquiétude pour ses propres enfants, on ne sait pas, puisque le « quelqu’un » est resté anonyme et ses propos impossibles à prouver.

 

Toujours est-il qu’au lieu de mettre une sourdine à ce commentaire malencontreux, on lui a mis un haut-parleur. Les TV locales sont arrivées comme un essaim de guêpes, et camionnettes, antennes, spots, techniciens, reporters ont rapidement entouré les victimes. « Tu as des larmes aux yeux, pourquoi ? » demanda perfidement une reporter à un petit noir boudeur et mal à l’aise qui racontait ce qui s’était passé, le front plissé. Bien drillé, il a alors imité de son mieux un désespoir infini et a dit « parce que je croyais que c’était fini, moi, ces histoires de racisme… »

 

De télévision en télévision, le volume montait, ne laissant aucune chance aux enfants d’ignorer que, peut-être, quelqu’un avait eu une remarque blessante. L’incident faisait plus de bruit qu’une attaque d’escadrille d’avions. Les médias se délectaient, le visage du petit garçon en larmes passait et repassait sur les écrans. Les parents, interrogés, avaient la fumée qui leur sortait des naseaux. Le manager du club a été renvoyé : il fallait une tête en sacrifice. Et c’est avec des excuses emballées dans du papier d’argent que l’on a demandé aux chères têtes brunes de revenir s’amuser dans la piscine.  Mais la réponse fut que non, ils étaient désormais marqués à vie. Les bien pensants soupirent d’aise. L’honneur des petits noirs est sauf. Et le germe de la haine a été planté en fanfare.

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : USA
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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 10:51

Achat-du-tireur-a-l-arc.jpgMon père a 91 ans. 91 ans ou presque de souvenirs. Lui seul peut encore me donner un timide écho de qui fut son grand-père maternel, Henri, qui adorait écouter Les pêcheurs de perles, achetait des tableaux et sculptures des grands artistes de son temps, fit enseigner le piano à sa fille. Lui seul connaît encore les mauvais tours joués par mon arrière-grand-oncle Charles, cet élégant dandy aux cheveux roux qui avait épousé une jolie et célèbre violoniste. Mon père est le lien vivant entre ces gens – qu’il a connus – et moi. Il a entendu leurs voix, mangé avec eux, connu les dernières danses de charleston et les traversées de l’océan où on emportait du bétail à bord.

 

Ma mère n’est plus, mais elle, elle se souvenait que jeune fille elle n’avait jamais osé dire à sa mère qu’elle avait – enfin ! – besoin d’un soutien-gorge car… on ne parlait pas de ces choses-là ! Elle en avait donc cousu un dans le secret de sa chambre. Je ne veux pas savoir à quoi il ressemblait, quoique ce serait comique malgré tout. Elle était dans un pensionnat où elle devait prendre son bain revêtue d’une longue tunique… elle ne pouvait pas savoir à quoi elle ressemblait.

 

Ma vieille tante Louise est morte à 104 ans, et j’ai encore ses vœux de Noêl écrits à 101 ans où elle s’excuse de ne plus écrire droit mais m’explique que le Bon Dieu ne veut pas encore la reprendre…

 

Comment pouvons-nous nous passer des vieux, de leurs mémoires lointaines qui sont le pont entre nous et un passé que nous ne concevons pas s’ils ne nous le font pas toucher du doigt ? Comment notre société se retrouve-t-elle à les parquer tous ensemble, entre vieux, dans un environnement où leur statut est… vieux. Pas grand père ou grand-mère, pas monsieur untel ou madame untel, pas cette ancienne ravissante modèle d’un peintre ou ce talentueux mime, cet ouvrier si consciencieux, cette enseignante à la pétulance inoubliable, cet ancien flirteur invétéré… non : vieux.

 

J'ai lu avec délectation dans ma jeunesse la série des Jalna de Mazo de la Roche. Si je me souviens bien l’héroïne de départ était une certaine Adeline, personnage un peu semblable à l’insupportable Scarlett O’Hara, à laquelle on s’attachait tant que j’étais ravie qu’on la garde dans le manoir toute sa vie, même quand elle devient vieille et puis très vieille. On en profite encore. On la garde. Elle continue d’exister, de faire partie du monde et de sa famille. Elle a encore son mot à dire. Et le dit, si mes souvenirs sont bons. Elle vieillit sous le regard quotidien de sa descendance. Si elle tremble un peu en mangeant et radote, c’est sans y prendre garde qu’on s’y est habitués, et les petits-enfants et arrière-petits-enfants n’y trouvent rien de bien étrange. Bonne maman tremble. Bon papa ne se souvient pas de ce qu’on lui dit et s'endort après son verre de vin.

 

Bien sûr, on n’a pas des manoirs, et rarement des maisons assez grandes pour toujours avoir la place pour ce vieux ou vieille que nous aimons encore. Et parfois cet être aimé n’est plus vraiment lui-même, ou a besoin de beaucoup de soins. Mais … où sont passés les vieux d’antan et leurs contes aux enfants, leur amour patient et réconfortant, leur sentiment de préparer la jeune génération et de lui donner leur passé ?

 

On nous vole nos vieux et nos racines….

 

Et ce n’est pas seulement pour le passage de mémoires, oh non ! Mon père ce frêle vieillard, je me souviens encore de quand il me prenait dans ses bras pour danser le tango. J’avais trois ans et il me soulevait comme si j’étais un chaton. Assise sur son avant-bras, tendrement cheek-to-cheek, je vivais mon premier amour avec un homme. Comment pourrais-je, alors qu’il s’appuie maintenant sur mon bras lorsque nous sortons, ne plus le voir que comme… un vieux ? Sans lui et ses lectures destinées à m’endormir, je ne saurais sans doute rien du « Vagabond des étoiles » de Jack London ou de l’Iliade et l’Odyssée. Or… il s’agit sans doute des deux écrits qui m’ont le plus influencée.

 

Sans lui, qui passe de plus en plus de temps dans une grande salle de cinéma privée où il se projette le film de sa jeunesse et m’en fait voir des extraits, je ne pourrais rien savoir de la personnalité quotidienne de ses parents à lui, et ce sapin dans lequel il grimpait jusqu’en haut ne serait qu’un vieux sapin comme un autre. Et je serais un maillon isolé, perdu, sans passé ni avenir.

 

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                         Ces très vieux d'aujourd'hui sont aussi ces jeunes d'hier. Eux seuls peuvent nous expliquer ce qu'étaient ces randonnées en temps de guerre, où on emportait ses tartines et sa bonne humeur pour ... être heureux, en dépit de tout!

 

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Hommages
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 08:47

Danse-Renoir.jpgOn peut toucher bien des mains, embrasser bien des joues ou lèvres, danser dans bien des bras… il y a ceux qui étaient faits pour entourer une certaine taille et aucune autre. Le souvenir de la chaleur courant sous la paume appuyée contre un dos qui se creuse pour irradier chaque vaisseau jusque dans le cœur ne s’évanouira jamais. Tout comme cette évidence qui n’a pas de sens : la marque de cette paume, à cet endroit exact, a toujours été là, prête pour cette précise longueur des doigts, pour leur écartement uniquement. Pour que les deux chairs se lovent enfin l’une dans l’autre, l’aveugle et inconsciente attente ayant pris fin.


Les autres croient qu’ils dansent, alors qu’ils se marient. Qu’ils flirtent alors qu’ils se reconnaissent sans jamais s’être vraiment vus avant. Qu’ils ont trop bu alors qu’ils s’enivrent l’un de l’autre, dans le silence d’un monde qui vient de disparaître autour d’eux.


Rien, désormais, ne sera plus pareil.


Le destin, chef d’orchestre parfait d’une symphonie qui lance ses premières notes,  a œuvré à la naissance de ce moment depuis des temps que l’on ne compte ni en générations ni en années ou siècles.

 

Sans la moindre erreur il a mesuré et guidé les pas de chacun vers ce lieu, et uni leurs regards parmi tous les autres regards qu’ils n’ont pas vus.


Jamais ils ne perdront cette vertigineuse certitude. C’est bien eux. Que leurs routes s’unissent ou se séparent, ce qu’ils sont  ensemble ne se dissoudra pas dans l’oubli ou le rien. Ce qu’ils sont ensemble en cet instant est ce qu’ils sont à jamais.

 

 

 

 


 

 

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Love is in the air
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 08:49

Ma tante X était une femme charmante et bonne comme le pain. Toujours affolée comme une poule – d’ailleurs mère poule étouffante pour ses enfants – elle veillait au bien de tous avec une telle vigueur qu’il ne restait rien pour elle. Elle avait oublié qu’elle existait. Son corps avait perdu toute forme, le maquillage avait perdu le chemin de ses traits, sa chevelure avait perdu grâce et liberté. Ses enfants étaient un peu mal à l’aise de ce manque de féminité, à côté des autres mamans et tantes sanglées dans de beaux tailleurs cintrés, vestes de fourrure, permanentes audacieuses et la mine heureuse des femmes qui existent.


Non, elle, ma tante X, elle n’était qu’empressement anxieux à prendre soin, prendre soin et prendre soin des autres. On n’aurait même pas pu l’imaginer jeune et jolie, coquette, flirteuse, espiègle, légère de corps et d’esprit.


Pourtant, ma mère me disait que durant la guerre, déjà veuve, ma tante X était retournée habiter chez sa mère et sortait le soir par la fenêtre pour aller aux bals de la croix rouge avec les Américains. Qu’elle adorait danser et était belle et pétillante. Ma cousine et moi riions, incrédules, à cette évocation cocasse.


Comment X la primesautière d’autrefois avait-elle pu devenir ma tante X, le devoir avec le sourire incarné ?


X était une jolie petite fille en chapeau cloche et au visage pensif, aux belles pommettes pâles, aux cheveux blonds. Elle avait grandi sans père, parce qu’il était mort en 14-18, lui laissant une fierté guerrière qui lui faisait expliquer à mon père, son jeune cousin, que son papa était mort au  champ de bataille. Mon père était alors bien petit et se demandait pensivement si le champ de bataille était entouré de barrières, haies ou barbelés… Toujours la plus grande de sa classe, ce qui fait qu’on la repère facilement sur toutes les photos. C’est la grande du fond. Avec ce visage à l’expression rêveuse, une Cate Blanchet un peu féérique.


L’amour de sa vie vint durant la seconde guerre mondiale sous la forme d’un jeune homme de bonne famille mais un peu voyou, hors-la-loi, canaille. Ses photos montrent quelqu’un qui sait plaire aux femmes, que l’on ne floue pas facilement, dont le charme fait scintiller regards et sourires. La jeune X rayonnait de tout son bonheur, de tout son amour. Et il est mort tragiquement après six mois de tête à tête émerveillé, dans des circonstances particulièrement traumatisantes. Les guerres ne furent pas généreuses avec X.


Nous ne savons rien de sa douleur car elle n’en a jamais parlé. Et au bout d’un moment, elle trompa son chagrin en enjambant la fenêtre de la maison maternelle pour aller se griser d'un peu de vie, de cocktails et d’insouciance avec les Américains aux bals de la Croix rouge.


Et puis la société d’alors n’aimait pas les veuves. Elles étaient mieux respectées que les divorcées, mais enfin… elles avaient connu l’homme, n’est-ce pas, et ne pouvaient donc que représenter une menace effroyable pour les hommes des autres. Plus vite elle en aurait un pour elle, et plus vite les autres pourraient baisser la garde et l’inviter à nouveau dans les maisons convenables. Et c’est ainsi qu’avec la complicité de relations dont l’apostolat était le maintien de la société telle qu’elles la connaissaient, on lui présenta un veuf plus âgé qui avait deux enfants, et n’avait pas plus envie qu’elle de se remarier. Mais la campagne publicitaire fut apparemment bien menée : jolie jeune femme veuve très tôt, pas d’enfant, bonne famille, parfaite maîtresse de maison….


Et ils se sont mariés. Elle qui certainement ne pouvait oublier sa canaille de jeune mari, et lui, veuf d’une part, mais qui surtout n’avait jamais oublié une fiancée qui l’avait - et c’est assez rare pour qu’on le signale – pratiquement abandonné sur les marches de l’église juste avant le mariage.


Chacun a épousé le remplacement d’un rêve. Chacun a fait de son mieux, loyalement. Chacun a été triste et amer, sans rien pouvoir reprocher à l’autre si ce n’était de ne pas en être un autre encore. Elle a abandonné tout ce qui avait fait partie de cette courte mais heureuse romance d’autrefois avec un aimable coquin, et s’est dissimulée dans un corps épaissi et sans formes, prenant les poussières de manière obsessive, prévenant le moindre désir au point de faire craindre de désirer quoi que ce soit. Son second mari est mort assez vite et c’est alors que je l’ai connue, éperdue de vouloir bien faire et faisant trop, agaçant enfants et famille.


La jolie grande blonde au visage intense et au rire qui montait si facilement n’a pas pu survivre.


Ma cousine et moi regardons ses photos de jeune fille, de petite fille, et rencontrons enfin cette femme qui a combattu – mal mais sans jamais se décourager – et qui sans doute, quelque part, a surtout joué de malchance.


Je t’aimais bien, tante X, et je t’aime encore mieux maintenant !

 

Tante-Suzanne-et-Cie.jpg

Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Hommages
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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 09:19

Chateau-des-Mazures-copie-1.JPGQuand j’étais petite, prendre le train était toute une excitation. Nous allions avec ma mère soit à Bruxelles voir notre tante Micheline « pour manger une feuille de papier de soie avec des concombres» disait ma mère, car tante Micheline ne cuisinait pas et le lunch était un grignotage du bout des dents. Une tranche de roast beef de l’épaisseur du fameux papier de soie et une salade de concombres, que je détestais.


 

 

Vue-du-train-1-copie-1.JPGEt d’autres fois on allait voir ma marraine à Liège, bien moins loin. Mon frère et moi adorions abaisser les vitres du compartiment et respirer à pleins poumons la saine fumée noire de la locomotive dans les tunnels – ils ne manquaient pas puisque notre belle vallée est aussi vallonnée. On sentait la fraicheur humide des pierres du tunnel, et aspirait l’arôme de charbon et de métal que nous offrait généreusement la cheminée de la locomotive.


 

 

Vue-du-train-2.JPGJ’ai fait ce trajet maintes et maintes fois, et c’est bien entre Liège et Verviers que je me sens chez moi, que mes racines frétillent, que l’enchantement de la vallée de la Vesdre me prend. Hier, le printemps à peine né nous offrait du soleil et une température estivale. Les bourgeons n’étaient encore que de timides protubérances brunâtres sans le friselis de teintes fragiles se déployant à la vie en forçant leur sortie. Les branches sont encore nues. L’herbe par contre est enfin libérée de son morne repos hivernal, de la boue, des pousses Vue-du-train-3.JPGbrûlées par le gel, et court au sol comme un velours d’émeraude, prête à accueillir marguerites et pissenlits, renoncules et chardons et tout ce qui viendra chanter sa ritournelle durant les mois qui viennent. Le soleil poudrait le tout avec éclat.


 

 

 

 

 

 

 

Vue-du-train-4.JPGDe ma place près de la fenêtre je n’ai pu m’empêcher de reconnaître le paysage cent fois vu déjà mais tant aimé de ce magnifique petit coin du monde et de sentir que le monde entier y était contenu…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vue-du-train-5.JPG

 

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Belle-maison-2.JPG

 

Ferme.JPG

 

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Par Edmée De Xhavée - Publié dans : Verviers
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2010: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Les lunes bleues de Pocahontas. Thème: Ceci n'est pas un crime.

 

2009: 3ème prix ex-aequo pour le Prix Pierre Nothomb avec Vous souvenez-vous? Thème: Sous le feuillage de mes chênes, je vous écris

2009: Retenue pour le Prix de la Police de Liège avec Tremblement de coeur. Thème: Canicule (Publié sous le nom de Patricia Van Praet-Lonhienne)

2008: 1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine avec Tchoupy et les stiloboutchgo dgies. Thème: Par monts et par vaux


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