Le coeur à la maison

Publié le par Edmée De Xhavée

J’ai souvent la nostalgie de ces chansons – toujours si belles – qui mettaient la vadrouille de l’époux en mots et musique. Il était parti. Il allait revenir, mais quand ? L’épouse continuait sa vie, gardait la maison et son cœur au chaud. Parfois elle se languissait tant que sa plainte faisait peine : Dis, reviens-moi avant que l’hiver ne ressemble à d’autres hivers où j’ai froid (Marie Laforêt, Lettre de France). Ou elle laissait entrevoir l’ombre d’une menace : elle aussi avait envie des merveilles du monde et n’avait pas l’âme d’une femme de marin. Mais bien vite elle adoucissait le ton et reprenait un lancinant Dis quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ? avec ce frôlement d’ailes qu’était la voix de la divine Barbara. L’homme aussi, ce vagabond aimé, commençait à se lasser de cette liberté et à entrevoir dans son futur proche la tiédeur de son logis dont la femme gardait l’âme éveillée pour son retour. Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous. S’il fait du soleil à Paris il en fait partout. (Jean Pierre Ferland).


On s’attendait, "dans ce temps-là". L'absence était une autre présence. On avait de la patience, on freinait le temps, on le passait dans la confiance et la loyauté.


Il semble qu’alors l’attente n’était pas comme aujourd’hui une perte de temps, l’anéantissement des meilleures années de la vie d’une femme, années dont il faut absolument profiter sans retenue. Attendre un homme est devenu un risque qu’on ne peut prendre. La pendule biologique, le droit à ci et ça. Comme si la vie était à la carte, qu’on pouvait forcer le destin, que le bonheur n’était pas concevable sans une longue liste de choses. Je me marierai avec un grand brun aux yeux verts, et j’aurai cinq enfants, ai-je entendu dire. Ou Je ne saurai me marier qu’avec un homme qui a un beau torse. (C’est une Américaine, celle-là !)


Tiens, pourquoi ne pas choisir son mari en ligne ? 1,85 mètre clic, nez droit clic, très bon amant clic, mais très fidèle clic, ne verra que moi clic, aime les enfants clic, s’en occupera quand je serai à la gym clic


Le désir est devenu le baromètre, et il bascule vite sur « pluie » pour y rester. En bons élèves d’un cours qui ne sert à rien, on s’épuise à savoir comment rester sexy et désirable, et sauvegarder le mystère dans la vie conjugale. On devient le couple dans la vitrine, qui a le contrôle de ses rides, ses biceps, le rebondi des lèvres. Qui ne fait que des vacances étonnantes. Et dont on suppose que les nuits sont remplies d’étincelles.


Vieillir est vu comme un honteux abandon de l’amour-propre et du sex appeal.


C’est un jogging vers la solitude, cette idée-là du mariage !


L’amour conjugal pourtant, c’est le visage triste de mon grand-père penché sur le chemin du jardin, là où son épouse chérie avait laissé l’empreinte de son talon dans le ciment frais jointoyant les dalles d’ardoise, un peu avant sa mort ; c’est mon vieil oncle Roland, tout chiffonné par les ans mais ayant encore cette gaillarde allure de dandy, dont les yeux et la voix se brouillaient à chaque fois qu’il parlait de sa défunte Ninette ; ce sont ces vieilles dames, coquettes avec le respect pour leur âge argenté et la classe qu’elles savent s’y trouver et qui disent J’ai été heureuse avec mon mari ; cette douce octogénaire chère à mon cœur qui m’écrit qu’il est bien vrai qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé, parce que son mari lui manque tant.


Vieillir est une procession de souvenirs merveilleux, une explosion de ce qu’on a de plus vrai en soi. Et si les corps se fanent, ralentissent, s’effacent un peu, les cœurs se sont déployés autour de l’amour, l’amour quotidien qui s’est écoulé lentement dans le sablier de la vie. Et dans ces cœurs-là, les grosses, les chauves, les fripées et les de-plus-en-plus-distraits ont leur place, parce que même en vadrouille, ils ne l’ont jamais quitté.

Publié dans C'est tout moi - ça

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valy christine oceany 19/09/2009 08:17

Edmée, j'ai reçu le livre hier, il est là sur la table,à droite de mon ordi, bisous et bon week-end, Valentina

Edmée De Xhavée 19/09/2009 13:29


Ciel ciel! J'espère que tu vas aimer!

N'est ce pas drôle comme on craint toujours que le livre ne soit "pas du genre" de l'autre. Et ça arrive, hein!!! Bon ... bonne lecture!


zabou 18/09/2009 20:37

hello merci vraiment, je vais être occupée quelques jours puis je reviens, bisous!!!

Mimi du Sud 18/09/2009 15:59

Désolé,de passer que maintenant,mais nous avons eu
un gros orage,avec éclairs et tonnerre,vraiment
la cata,et dut fermer le pc..Revenu un peu plus calme pour poser mes coms chez mes amis.
De rien ma belle pour la carte,cela m'a fait plaisir de te l'envoyer.J'ai adoré mon petit séjour,où j'ai pas arrété de voir et de photographier des endroits magnifiques,surtout Notre Dame de Paris,et Montmartre,que je mettrais bientot sur mon blog :-) bonne aprem
à toi,ma belle,bisous de Mimi.

André PEETERS 18/09/2009 12:17

Bonjour Edmée,

Je vous fais un petit coucou, en passant, early morning,aux States....
Je serais absent des blogs et de tout le reste, je décolle demain pour la Belgique où je dois régler quelques soucis, je serais de retour le 11 octobre.
A bientôt

Micheline et Louis 17/09/2009 22:16

Pourquoi ne pas dire comme Brel :
"Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas..." ?

Ou mieux encore, les offrir ces perles de pluie !

Edmée De Xhavée 17/09/2009 23:42


J'aime cette chanson, mais il s'agit d'une sorte d'amour qui me fait peur. J'ai toujours fui les hommes qui voulaient me faire croire que sans moi, la vie... etc...